« Wagner m’a tué ! Les enjeux de la musique en 25 citations », sous la direction d’Elisabeth Brisson

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>Le livre : « Wagner m’a tué ! » Les enjeux de la musique en 25 citations, sous la direction d’Elisabeth Brisson (ouvrage collectif), éditions Ellipses,  316 pages,  19,50 €.

> Présentation: Qu’est-ce que la musique ? Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ? Comment et dans quelles conditions est-elle composée ? Pourquoi le langage et l’écriture de la musique ne cessent-ils d’évoluer ?  Toutes ces questions sont abordées dans cet ouvrage grâce à l’étude de 25 citations de compositeurs, écrivains ou critiques. Une douzaine d’auteurs, professionnels ou amateurs éclairés, se sont livrés au petit jeu consistant à analyser l’origine, le sens et la portée de ces citations pour inciter le lecteur, qu’il soit mélomane ou néophyte, à s’interroger sur les enjeux de la musique.

 

[Cette critique a été rédigée par Pascale, auteur du blog Mot à Mot que nous vous invitons à découvrir]

 

> Wagner m’a tué ! est un voyage musical, composé par plusieurs auteurs nous proposant diverses destinations pour comprendre ou aborder le mot « musique ». Le livre se décline en variations différentes, toujours amorcées par une citation, comme une clé d’un cheminement vers une idée aux connotations philosophiques ou vers l’historique d’un compositeur, d’un mouvement musical afin de comprendre ce phénomène qui est la musique.

Ce côté « étude » autour d’une citation est riche et intéressante pour tout lecteur qui apprécie soit  la philosophie soit  la musicologie ou carrément les deux. Pour ma part, je ne suis ni musicienne ni philosophe, mais uniquement mélomane, et pourtant, j’ai savouré ce livre pour la richesse des idées, des anecdotes, ou l’histoire des compositeurs présentés. J’aimerais souligner l’émotion que j’ai ressentie face au cas des compositeurs déportés qui ont su surmonter la cruauté humaine en s’investissant dans leur art.

Ce livre serait très utile à tout musicien en herbe, étudiant en musicologie et, pourquoi pas, aux jeunes et moins jeunes de toute catégorie qui souhaiteraient enrichir leurs connaissances.

Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié la partie sur Ravel car, comme beaucoup, je connaissais le fameux Boléro mais j’étais, au-delà, bien ignorante du parcours de ce compositeur. Avec ce livre, on ne se contente plus de faire le tour du lac comme chaque promeneur, mais on s’immerge dans les profondeurs des eaux, on nage, on apprécie ce bain de musique, de connaissance, ces détours où  jamais on oserait s’aventurer seul.

Un  point négatif qui n’engage que moi. L’ouvrage est collectif, et j’ai déploré ici un souci récurrent dans ce type de livre : il manque un fil rouge dans la lecture. Par exemple, on revient sur un même compositeur quelques chapitres plus loin. D’où un sentiment de « déjà lu », malgré l’intérêt de se confronter une approche autre, et un manque d’homogénéité entre les époques, les compositeurs. Je conseillerais donc au lecteur de ne pas lire le livre dans l’ordre des chapitres mais plutôt de choisir une citation au hasard et de s’y plonger avec délectation.

A noter que l’introduction et la conclusion sont excellentes et, qu’en les lisant, on est déjà bien mis au diapason.

En résumé, cette lecture montre la grandeur de la musique, sa force et la magie qu’elle exerce sur l’être humain, la différence fondamentale qu’elle a avec les autres arts pour son côté « mystique » et une certaine capacité à élever l’âme humaine. Mais aussi, la difficulté de lui apposer une étiquette unique par une définition basique en raison de son côté irrationnel. Une lecture enchanteresse, qui nous révèle bien des inconnus.

 

> Extraits :

Les extraits que j’ai pu notés sont nombreux et hélas, je ne peux pas les reproduire dans leur totalité.  Je vais donc me contenter du début de l’ouvrage car il aborde un domaine qui est mon royaume : la poésie. Je vous rassure, ce n’est qu’une partie infime de cet ouvrage, ne fuyez pas avant d’avoir pénétrer un peu plus au cœur de  la lecture car chacun y puisera la source de sa jouissance. La première page, déjà, m’a fait dessiner un sourire, voyant le nom de Baudelaire et son poème Musique, j’ai sorti mon paquet de post-it, c’était parti pour un  paquet voire deux !

Qui mieux que Baudelaire a su nous émouvoir par ce texte si ressemblant aux sensations que procure la musique quand elle  nous possède :

Page 3 : « La musique souvent me prend comme une mer ! », Baudelaire pose une comparaison entre la musique et la mer – la mer, l’océan, jouant le rôle de métaphore pour signifier l’immensité infinie, « insondable », surprenante, imprévisible, tout autant que la liquidité, le balancement ou l’éloignement ; mais, ce terme « la mer » quand il est entendu et non lu, est immédiatement associé à la « mère ».

Plus loin page 5 : Par ce poème Baudelaire fait ressentir, physiquement et émotionnellement, la force et l’ambiguïté de la musique capable d’apaiser (le bercement) et de susciter aussi bien l’imagination créatrice que le désespoir et la mélancolie. Et il met en évidence l’impossibilité de parler de la musique : elle ne peut qu’être éprouvée, ressentie et seuls ses effets peuvent être décrits par des métaphores, des images, des métonymies, c’est-à-dire par des figures de rhétoriques constitutives d’une nouvelle œuvre d’art.

Page 18 : La musique fait partie du royaume de la poésie. Malgré le contexte de ce débat esthétique, Heine ne se place pourtant pas du côté des idéalistes, car il défend une esthétique qui associe la musique à la poésie ; la définition qu’il donne de la musique, juste avant d’associer « essence » et « révélation », est à cet égard, très explicite : « C’est une étrange chose que la musique ; je dirais volontiers qu’elle est un miracle. Elle est entre la pensée et le phénomène ; comme une médiatrice crépusculaire, elle plane entre l’esprit et la matière, apparentée à tous deux, et pourtant différent de tous deux ; elle est esprit, mais esprit qui a besoin de la mesure du temps ; elle est matière, mais matière qui peut se passer de l’espace.

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :



 

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