« Variations Poétiques », de Jacques Bec

Variations Poétiques

> Le livre : Variations poétiques, de Jacques Bec, Publibook, 109 pages, 16 €.

> Présentation : S’il est un sens qui préside à l’écriture des poèmes de Jacques Bec, c’est la vue. Fruits de la contemplation, de ces yeux qui s’attardent sur les espaces et les ailleurs parcourus, jaillissant aussi de ce regard jeté par-derrière soi, en soi, ces « Variations poétiques », tout autant géographiques que mnésiques, disent et chantent au travers des mots cette infinie stupéfaction d’un poète qui touche à son être-au-monde, son être-au-temps…

[Cette « critique » a été rédigée par Révérence Sateenkaari, auteur du blog page-en-plume que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Lire de la poésie n’est jamais simple. Et rédiger un avis sur de la poésie l’est encore moins, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une œuvre contemporaine qui n’est pas mon domaine de prédilection. D’ailleurs lire de la poésie… Pourquoi lit-on de la poésie ? Cela me rappelle un certain passage d’un certain film….

« on lit et on écrit de la poésie non pas parce que c’est joli, mais parce qu’on fait partie de l’humanité. On écrit et on lit de la poésie parce que les Hommes sont des êtres de passion. »

Bingo, le cercle des poètes disparus.

Bref parenthèse culturelle fermée mais très bon film que je vous conseille, d’autant plus si vous aimez la poésie… Ah la poésie…. Une grande, une très grande partie de ma vie. Mon amour, bel et terrible amour…

La poésie… j’aime la poésie. J’aimerais que ma vie soit un poème… ou plutôt, non, rectification, je ne veux surtout pas que ma vie soit un poème… C’est beau, certes, mais il s’agit très, trop souvent d’histoires qui se finissent ou se sont mal finies… Mais l’image est là et vous la saisissez.

Alors quand j’ai vu qu’un recueil de poème était présenté chez les agents littéraires, je me suis doublement dit pourquoi pas… Après tout, j’aime la poésie et je n’avais encore jamais rédigé d’avis sur la poésie… Honnêtement, pour ce dernier point, je ne sais pas si je retenterais l’expérience. C‘est un genre tellement plus subjectif que le roman, du moins pour moi, tellement plus personnel, plus intime que je sais pertinemment que mon avis sera mon avis et ne sera en rien objectif, car pardonnez moi, mais le décorticage de poème est pour moi un crime, un blasphème. Je refusais déjà de m’y plier du temps de ma scolarité, alors je me vois mal le faire comme cela par plaisir.

Le titre, Variations poétiques, est certes classique mais induit un sentiment de diversité. Le champ de lavande en couverture nous donne un ton, la Provence, thème que l’on retrouve un peu de partout dans le recueil, quelle que soit la partie parmi les huit présentes dans l’ouvrage. La ligne d’horizon invite, elle, au voyage ce qui tend à une position un peu entre deux eaux qui  reste jusqu’à la fin.

Les huit parties sont inégales, mais cela est bien sans importance. Je dois bien dire que certaines ne m’ont pas du tout séduites. En fait je suis assez mitigée sur ce recueil. En effet, si j’aime indéniablement la poésie, si certains poèmes m’ont réellement transportée, je dois avouer que la majorité m’a laissée de marbre. Est-ce un simple constat face à la poésie contemporaine ? Oui, je pense, car rare sont les auteurs contemporains à me toucher pleinement…

Ceci dit, l’écriture reste délicieuse, un auteur qui maitrise et sait maitriser la langue française et ses beautés, malgré quelques anicroches ( répétitions et formulation un peu lourdes). Et il est agréable de voir que l’art de l’écriture n’est pas mort.

Au niveau des thèmes, eh bien, je suis sans appel. Si événementiel, la famille, les femme et les souvenirs ne m’ont vraiment pas transcendée, si la nature et les saisons m’ont paru mi figue- mi raisin, je dois bien dire que j’ai été admirablement touchée par l’existentiel et les voyages. Sans doute est-ce ma sensibilité qui s’exprime ainsi mais je trouve que l’auteur ne transfigure les mots pour en faire de l’Art que lorsqu’il touche à des sujets vagues, des sujets flous ou lointains.

Bien sur, les sentiments du grand-père face aux naissances de ces petits enfants sont mignons, bien sur cela prête à sourire mais cela ne me provoque rien de plus. Les saveurs d’Alexandrie me parlent plus. On sent bien d’ailleurs les moments où sa plume s’est très certainement laissée aller, où elle se met d’elle même à divaguer, loin de la raison qui pousse à écrire…. Et ce sont ces instants-ci qui m’ont délicieusement plu. Entre deux est un magnifique exemple, de même que Spleen, Les couleurs de la mer.

Effectivement, le sens qui domine son œuvre est la vue… Peut être un peu trop justement. Le lecteur ne peut se forger ses propres images, ce qui est bien dommage car les rares fois où l’auteur nous laisse un peu de liberté, nos esprits se libèrent et s’envolent en des endroits vraiment superbes.

L’auteur utilise majoritairement la versification et bien que la rythmique ne soit pas régulière (des alexandrins mêlés d’hendécasyllabes avec quelque vers à 13 pieds !), cela n’est pas un gros problème, étant donné qu’aujourd’hui bien peu son ceux qui lisent (et même écrivent) la poésie en connaissance des règles classiques. Dommage pour moi qui aime tant cela mais, en soit ,comme les décalages entre chaque vers ne sont pas si énormes (un pied souvent), cela passe. Il nous livre également quelques poèmes versifiés sans rimes, ce qui rend cet entre-deux, entre prose et rime, déstabilisant. Je sais bien qu’il faut vivre avec son temps, mais cela ne m’empêche pas de préférer soit la prose claire et nette, soit la versification rimée. En dehors de cela, toujours pour rester dans la forme, l’usage du quatrain, majoritaire, est très confortable car il aère bien le texte.

Dernier point tout à fait appréciable : les très nombreuses références poétiques présentes dans l’ouvrage, Dante, Baudelaire….

Pour conclure, je dirais que malgré les nombreux points soulevés, cela reste un bon ouvrage de poésie contemporaine. Je ne suis pas certaine qu’il restera dans les annales, mais il présente tout de même quelques beautés qui rendent grâce au talent certain, mais mal exprimé je pense, de cet auteur.

 

> Extraits :

«  Les deux chemins de Dante qu’on emprunte au hasard.
L’Enfer, le Paradis qui jouent à cache-cache. »

Vingtième siècle.

«  Hélas, les rêves durent ce que durent les rêves »
Camargue.

« Les souvenirs s’estompent
Emportés par les flots
Effaçant le passé…
J’ai cru voir le Styx,
Et c’était le Léthé… »
L’Asse, rivière d’enfance…
«  C’est l’âme dupoète qui envahit nos sens »

Au Cimetière Saint Paul

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Partagez-vous le point de vue de Révérence Sateenkaari sur Variations poétiques et sur la poésie en général ?




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One Response to « Variations Poétiques », de Jacques Bec

  1. verobleue dit :

    Quel bonheur de lire cette critique! pour moi aussi, lire de la poésie n’est pas simple.
    Tellement plus subjectif que le roman, tout à fait d’accord. Le » décorticage », joliment dit, entre nous, enlève une bonne partie du plaisir, c’est vrai.
    Je ne m’aventure pas plus loin…mais j’apprécie.

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