> Le livre : Une Ïle au coeur du monde de Michaël D. O’Brien, Editions Salvator, 828 pages, 24,50 €.
> Présentation : Josip Lasta naît en 1933 dans les Balkans. En pleine Seconde Guerre mondiale, les montagnes yougoslaves sont le théâtre d’affrontements terribles impliquant les armées allemandes et italiennes d’occupation et les forces rebelles (oustachis, tchetniks, partisans communistes). Comment garder son identité et son humanité dans des conditions déshumanisantes ? Josip qui mourra dans la première décennie du XXIe siècle verra son monde s’effondrer, traversera des épreuves cruelles et trouvera le chemin d une véritable résurrection.
[Cette critique a été rédigée par Aaliz, auteur du blog Cherry Livres que nous vous invitons à découvrir.]
> C’est un gros pavé de 828 pages que voilà et j’avoue que j’en appréhendais fortement la lecture, surtout après avoir lu certaines critiques plutôt acerbes. Mais mes craintes se sont peu à peu volatilisées.
La première concernait le style. Mais j’ai été rapidement rassurée. Michaël O’Brien fait de belles phrases bien construites. La qualité de la traduction doit y être pour beaucoup, mais voilà, j’ai trouvé que c’était écrit dans une belle langue à la syntaxe rigoureuse. Ici, pas d’effets de style pour en mettre plein la vue. Non. Simplement un beau texte.
Sur le fond, l’histoire est passionnante et émouvante. On suit Josip de son enfance à sa mort. On l’accompagne tout au long de sa pénible vie, victime des guerres entre les différentes factions où il perd sa famille, puis victime du régime de Tito, où il connaît la torture, la prison et enfin l’exil. Mais autant vous prévenir, ceux qui s’attendent à un récit témoignage ou à une sorte de documentaire romancé seront déçus. Bien qu’on ait à travers ce roman un aperçu des crimes et horreurs qu’a connus la Yougoslavie et bien que j’aie appris pas mal de choses, je ne crois pas que le contexte fasse l’essentiel de ce roman.
Selon moi, Une île au cœur du monde est un roman philosophique et un roman d’apprentissage. La notion d’identité est au cœur de ce récit. L’importance des origines est rappelée à travers de nombreuses évocations de L’Odyssée d’Homère. Ainsi, tel Ulysse, Josip cherche tout au long de sa vie à rentrer « chez lui », non pas uniquement au sens matériel du terme, mais plutôt au sens spirituel. Bien d’autres thèmes comme l’art, la culture , les souvenirs, la perception que l’on a du monde, sont portés à la réflexion du lecteur à travers de nombreux dialogues d’ordre philosophique. J’avoue même avoir été un peu perdue par endroits. L’omniprésence du cadre religieux m’a un peu gênée, même s’il est indispensable car participant pleinement du processus de découverte du Moi de Josip, de sa lutte contre sa volonté de vengeance et de sa lente reconstruction après tant de souffrances.
Certains passages sont vraiment poignants, j’ai adoré celui où Josip est interrogé par la police et où il leur répond avec philosophie les faisant ainsi passer pour des idiots. J’ai également été marquée par son incarcération sur l’ile de Goli Otok, ses échanges avec ses compagnons de cellule, la cruauté des gardiens (desquels il voudra se venger plus tard), le récit de son évasion. J’ai pleuré à d’autres moments sur sa vie riches en émotions.
Néanmoins, quelques passages semblent tirés par les cheveux, je pense notamment aux étonnantes coïncidences qui parsèment la vie de Josip. C’est un peu gros mais j’ai fini par passer outre et me laisser emporter par la beauté de l’histoire. Je pense également à certaines rencontres que fait Josip, des rencontres de personnes mystérieuses jouant le rôle de guides spirituels.
Les métaphores et les symboles sont également récurrents : les hirondelles, les dauphins, les oranges, le cheval et le cerf blanc, tout ceci me rappelant un peu Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Je n’en ai malheureusement pas toujours saisi le sens et j’ai donc cette désagréable impression de ne pas avoir pu comprendre pleinement la portée de ce livre. J’aurais beaucoup aimé pouvoir discuter avec l’auteur afin d’avoir ses éclaircissements.
Je disais que l’art était un thème important de ce roman. Josip est en effet poète, bien qu’il s’en défende au début. Le roman est donc régulièrement parsemé de poèmes. Les amateurs de poésie se régaleront, je pense. Josip attache également beaucoup d’importance à la mer (rapport à L’Odyssée que son père lui a fait découvrir). La mer est ici symbole de liberté par opposition aux montagnes de Bosnie et de l’île montagneuse de Goli Otok symboles de l’enfermement, des obstacles et de la mort. « Un homme est lui-même et pas un autre, dit Josip. C’est une île dans la mer de l’existence. Et chaque île est différente des autres. Les îles sont reliées car elles viennent de la mer qui coule entre elles. Elle les sépare et pourtant les unit, s’ils apprennent à nager. »
Pour conclure, je dirais que j’ai adoré ce roman, qu’il m’a marquée, émue. Je vais attendre un peu avant de me replonger dans un autre livre. Je n’ai pas envie de quitter Josip maintenant. Alors, certes, la lecture peut sembler ardue mais il vaut vraiment la peine de faire un effort. Et puis, personnellement, je ne conçois pas la lecture comme un simple loisir. Pour moi, la lecture doit m’apprendre à réfléchir sur moi, sur le monde qui m’entoure. C’est pourquoi Une île au cœur du monde restera longtemps une île dans mon cœur à moi. Une merveilleuse découverte et cette belle leçon sur la vie !
> Extrait :
« Creusez assez profond, et nous sommes tous des rois, malgré nos haillons. »
Trés belle critique à laquelle je n’ai pas grand chose à ajouter car mon ressenti est très proche:
étant croyant, les références religieuses ne m’ont pas gêné; par contre je reconnais que cette sensibilité religieuse n’est pas la mienne et qu’il y a des passages que je comprends mal. Mais j’ai entendu…
Le contexte des Balkans n’est que le décor, mais cela m’a donné le désir de me plonger dans cette histoire que je connais très mal, qui s’est passé à notre porte et pendant la construction européenne!
La description de la cruauté humaine, dont j’ai le privilège de n’avoir aucune expérience, m’a fait frissonner, m’a donné la nausée. Elle reste mystérieuse. Le chemin de transcendance, de résilience de Josip est encore plus mystérieux, comme l’amour, quelque part, reste un mystère.
Les coïncidences ne m’ont pas semblées »tirées par les cheveux »: la vraie vie en réserve de plus étonnante encore! Faut-il encore vouloir les rechercher et les reconnaitre!
Le critique Aaliz a retenu la phrase que j’ai également retenu: elle justifie le titre du livre.
Comme Aaliz, j’ai envie de rester quelques jours encore avec Josip…et si j’ai découvert ce site, c’est parce que j’avais besoin de partagé la joie que j’ai éprouvé à cette lecture
Il m’a l’air très intéressant cet ouvrage. Je le note pour une prochaine lecture.
Merci
Trés belle critique à laquelle je n’ai pas grand chose à ajouter car mon ressenti est très proche:
étant croyant, les références religieuses ne m’ont pas gêné; par contre je reconnais que cette sensibilité religieuse n’est pas la mienne et qu’il y a des passages que je comprends mal. Mais j’ai entendu…
Le contexte des Balkans n’est que le décor, mais cela m’a donné le désir de me plonger dans cette histoire que je connais très mal, qui s’est passé à notre porte et pendant la construction européenne!
La description de la cruauté humaine, dont j’ai le privilège de n’avoir aucune expérience, m’a fait frissonner, m’a donné la nausée. Elle reste mystérieuse. Le chemin de transcendance, de résilience de Josip est encore plus mystérieux, comme l’amour, quelque part, reste un mystère.
Les coïncidences ne m’ont pas semblées »tirées par les cheveux »: la vraie vie en réserve de plus étonnante encore! Faut-il encore vouloir les rechercher et les reconnaitre!
Le critique Aaliz a retenu la phrase que j’ai également retenu: elle justifie le titre du livre.
Comme Aaliz, j’ai envie de rester quelques jours encore avec Josip…et si j’ai découvert ce site, c’est parce que j’avais besoin de partagé la joie que j’ai éprouvé à cette lecture