> Le livre : Un parfum de figuier d’Annie Murat, éditions du taillepage, collection Taillepage, 238 pages, 22 €, en vente sur le site de l’éditeur.
> Le pitch : Entre la désertification des montagnes des Cévennes et leur repeuplement d’aujourd’hui, un homme choisit de vivre seul dans sa vallée déserte. Il y est très heureux, jusqu’à ce que… Alors son paradis devient enfer. Un livre hommage à Jean Giono. Les livres de la collection Taillepage sont non-coupés. Les passionnés de vieilles éditions retrouveront le fin plaisir de s’installer avec un coupe-papier à portée de main pour découvrir des manuscrits inédits. Les lecteurs qui ne connaissent pas cette manière de présenter la littérature feront l’expérience précieuse d’un livre que personne n’a feuilleté avant eux, qui vit par eux, par leur main.
[Cette critique a été rédigée par Madame du B, auteur du blog Madame du B.com que nous vous invitons à découvrir]
> Cet ouvrage est dur et grave, chaque ligne est pleine de la dureté de la solitude, de la vie, de la nature. Abel Besson, dont on ignore l’âge exact, vit totalement seul dans une vallée cévenole. Il a eu un malheur dans sa vie, on l’apprend tardivement, et puis tous les siens sont morts et il se sent responsable de ce coin de terre où ils vécurent jadis, peuplé à présent uniquement de mas abandonnés et de souvenirs.
C’est le choix d’Abel, cette vie rude et solitaire. Et puis un jour,un bulldozer vient tracer un début de piste sur le versant d’en face, vient abimer la nature et ouvrir une attente. Mais les travaux s ‘arrêtent et la piste en restera inachevée. Les conséquences seront lourdes dans la vie d’Abel désormais troublée, lui qui ne craignait pas la solitude se met à attendre que quelque chose se passe ; il se surprend à cesser un geste pour tendre l’oreille, lui qui connaissait chaque silence de la vallée ne peut supporter ce silence là, celui qui a suivi le départ de la machine, « un silence d’absence ». Il espère… et pense que « la solitude, c’est espérer ».
L’écriture est serrée et riche faisant naître des images comme celle de la pierre du seuil de la maison, façonnée par » le passage répété de la vie », sur laquelle aujourd hui Abel sanglote, comme celle de la nature où « l’on s’y dévore, on s’y étrangle mais seulement dans l’ordre de la vie ». On a envie de recopier des passages car on ne peut les commenter : « ces crêtes où il est tant de fois monté pour exorciser face au ciel la tentation de la fuite et chercher dans le vent des murmures et des sanglots, et crier pour n’en pas suffoquer son besoin d’un corps, son besoin de caresses, de peau. »
Nous assistons à l’écoulement de ses jours où l’attente vient de faire irruption. Certain jour, épuisé et souffrant, il est en manque de vie et son « tourment est celuid’un fumeur amnésique qui aurait oublié jusqu’à l’existence du tabac. » On a envie d’attendre avec lui mais, trop, c’est un peu trop : de nos jours, peut-on adhérer à un personnage si rude et si austère ? On se croirait à l’époque de Giono, et justement, le livre lui est dédicacé, et justement, l’écriture ressemble à la sienne, ce qui est une performance mais une ressemblance tout de même.
On se croirait donc aux temps anciens, mais voilà qu’arrivent de nouveaux personnages dans la vallée, tout à fait modernes eux, une jeune homme androgyne maquillé au mascara, une jeune femme en moto, des adolescents en difficulté. On est catapulté d’un monde à l’autre, on avait oublié ! Et pourtant, ces deux mondes sont contemporains l’un de l’autre dans l’histoire ; les nouveaux arrivants viennent s’installer dans la vallée pour abriter des jeunes en difficulté, on suit ce difficile parcours.
Deux histoires qui ne paraissent pas avoir de rapport mais qui en ont un, Abel fait partie du passé des nouveaux venus. Vont- ils se retrouver? ce sera le suspense final… Une belle écriture mais pour une histoire, sans vraiment d’histoire, qu’on ne sent pas vraiment adaptée à nos jours. Mais on n’est pas obligé de trouver que ce soit un défaut !
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> Un parfum de figuier est en vente directement sur le site des éditions du taillepage.
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