> Présentation : La barbarie serait-elle inscrite dans les gênes ? La question hante Mathilde depuis son trentième anniversaire, le jour où elle apprend qu’elle est la petite-fille de Pierre Paoli, commis de perception à Aubigny-sur-Nère devenu en 1943 le féroce tortionnaire de la Gestapo de Bourges. Le soir de cette révélation, ses parents lui confient les cahiers manuscrits dans lesquels son grand-père racontait, jour après jour, sa vie et son œuvre : l’itinéraire d’une ambition SS au service de l’Europe nouvelle. Ces archives familiales sont de bon augure pour alimenter sa thèse en histoire contemporaine. Mais elles troublent sa conscience. Comment renier cette hérédité ? Pourquoi bafouer la vérité ? Et à quoi bon vouloir assumer un legs aussi lourd ? Cadeau maudit, par ailleurs : entre elle et son grand-père, trop de coïncidences viennent mettre à mal sa sérénité.
[Cette critique a été rédigée par Zazy, auteure du blog zazymut que nous vous invitons à découvrir.]
> En premier lieu, je tiens à remercier les agents littéraires et les éditions Qui Lit Vit qui m’ont permis de découvrir un très bon livre. Lorsque j’ai reçu ce livre, j’ai eu une réaction de peur. Qu’allais-je y découvrir ? Alors que la couverture nous montre pourtant un bel homme jeune au regard doux ! Mais assez de préambule, passons au livre !Mathilde, le jour de ses trente ans, reçoit, de façon très solennelle, de son père une étrange boîte à chaussures. Une vraie boîte de Pandore qui bouleversera à la fois sa vie de thésarde et sa vie privée. Que contient donc cette fameuse boîte ? Rien de moins que les cahiers de Pierre Paoli qui, comme l’indique le titre de ce livre, était un agent français de la Gestapo.
Pierre Paoli, ce jeune homme, germanophile et anti-communiste primaire, s’ennuie dans sa petite ville du Cher où il entretient une liaison avec une femme mariée, Alsacienne et germanophile elle aussi. A-t-elle été son mauvais ange ? Petit à petit, grâce à ces écrits, nous suivons le lent processus qui le mènera jusqu’à torturer son propre cousin, et plus. A partir de 1941, Paoli travaille véritablement pour l’armée occupante puisqu’il devient « messager cycliste pour l’Amirauté Allemande ». Puis, il rencontrera le capitaine Brunner qui le confortera dans ses idées collaborationnistes.
En novembre 1943, Pierre Paoli revêt, avec une grande fierté l’uniforme allemand. Sous le commandement de Hasse, il participe puis conduit les interrogatoires avec tortures et…. il y prend goût. Il utilise généreusement « le protocole d’actions », autrement dit la torture. Il est payé pour faire ce boulot, chaque aveu, chaque PV de déportation lui apporte des points qui se transforment en primes.
En contre-point de ces cahiers, nous avons le journal de sa petite-fille Mathilde tient, de 2002 à 20007, qui nous parle de cette filiation. Au début, il y a toutes ces affinités entre elle et lui « une posture austère, froide, raide parfois, dissimulant une ambition, rivée sur l’obsession de la réussite sociale. Oui je me reconnais en lui. » S’installe alors, un climat un peu morbide où ses fautes, des dérapages (très légers) trouvent, pour elle, une explication et, sans doute, une justification : l’héritage génétique.
Le seul courage que je reconnais à Paoli est d’avoir tout assumé, de n’avoir pas cherché à fuir. Certains n’auront pas son courage et deviendront des résistants de la dernière heure. D’autres, des fuyards. L’Espagne, entre autres pays, a su les accueillir…. Ce livre pose la question de l’histoire de cette époque que, souvent, l’on ne perçoit qu’en noir et blanc alors que tant de zones grises existent. Mathilde également nous donne à réfléchir sur la filiation et sur l’héritage génétique. Questions que l’on peut se poser lorsque nos ascendants sont sortis des rails ou ne correspondent pas aux « parents idéaux ».
Je vous recommande vraiment la lecture de Trompe-la-mort. Jacques Gimard en a fait un livre prenant, fort, dur dans la description presque clinique des « interrogatoires », mais facile à lire. Il donne, j’ose l’écrire, de l’humanité au personnage bien réel de Pierre Paoli. Les conclusions tirées par Jacques Gimard en fin de livre me paraissent très justes, ironiquement justes.
> Extraits :
« Cet uniforme est un honneur. Je veux en être digne. Maintenant que je suis promu au grade de Scharfürher SS – sergent-chef -, je veille à garder un maintien impeccable ».
« j’aime le jeu subtil de l’interrogatoire. J’éprouve une jouissance indicible à dompter ma proie, à lui faire prononcer les mots que je veux entendre. Interpréter les expressions que trahit un visage effrayé, deviner le moment où le suspect va flancher, user de la ruse pour mieux le confondre : cet exercice se résume à la confrontation de deux volontés inflexibles, celle qui s’obstine à dissimuler contre celle qui s’acharne à débusquer. L’aveu, la reine des preuves, c’est la seule victoire qui vaille ».« j’ai marché à fond avec les Allemands parce que Pétain était avec les Allemands. J’ai cru travailler pour la vraie France »
« Je suis la petite-fille d’un gestapiste, d’un traitre à sa patrie, d’un expert en supplices chinois ».
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir Trompe-la-mort ?
Le choix de ce titre résulte d’un concours de circonstances émaillant la vie de Paoli :
— Trompe-la-mort était le sobriquet de Pierre Paoli lorsqu’il était enfant. À l’âge de dix mois, il survécut à une grave maladie infantile
— Les aléas de sa vie allaient justifier ce surnom :
Le 14 août 1943, il sort indemne d’un attentat
Le 15 mai 1944, lors de l’assaut en gare de Veaugues, un maquisard pointe son arme sur lui. Mais le revolver ne fonctionne pas… Paoli échappe encore de peu à
la mort
En janvier 1946, au cours de sa détention à Lille, il tente de se suicider,
mais les médecins militaires le sauvent…
En mai 1946, lors du procès devant la Cour d’assises de Nancy, une femme s’approche de Paoli, dans le box des accusés, elle essaie de le poignarder mais elle s’avère trop faible pour assouvir sa vengeance…
Balzacien ? Ce serait trop faire honneur à ce anti-héros.
Plutôt Zweiguien ?! Stefan Zweig aimait tant s’attacher aux losers sombres et antipathiques…
Voilà un sujet qui m’intéresse vraiment. Allez zou ! Dans ma liste !
MERCI Lydia pour cet élan d’enthousiasme…
Tellement réconfortant pour un auteur !
Courtoises salutations
JG
Question à l’auteur: pourquoi avoir choisi pour titre le surnom balzacien de Vautrin ?
Bonjour,
Le choix de ce titre résulte d’un concours de circonstances émaillant la vie de Paoli :
— Trompe-la-mort était le sobriquet de Pierre Paoli lorsqu’il était enfant. À l’âge de dix mois, il survécut à une grave maladie infantile
— Les aléas de sa vie allaient justifier ce surnom :
Le 14 août 1943, il sort indemne d’un attentat
Le 15 mai 1944, lors de l’assaut en gare de Veaugues, un maquisard pointe son arme sur lui. Mais le revolver ne fonctionne pas… Paoli échappe encore de peu à
la mort
En janvier 1946, au cours de sa détention à Lille, il tente de se suicider,
mais les médecins militaires le sauvent…
En mai 1946, lors du procès devant la Cour d’assises de Nancy, une femme s’approche de Paoli, dans le box des accusés, elle essaie de le poignarder mais elle s’avère trop faible pour assouvir sa vengeance…
Balzacien ? Ce serait trop faire honneur à ce anti-héros.
Plutôt Zweiguien ?! Stefan Zweig aimait tant s’attacher aux losers sombres et antipathiques…
MERCI pour votre contribution.
Cordialement
JG