> Le livre : Tous crocs dehors
, de Lunatik, éditions Quadrature, 134 pages, 16 €, en vente directement sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Recueil de nouvelles. Des lèvres qui embrassent aux crocs qui déchirent, il n’y a souvent qu’un faux-pas, inattendu comme la force d’un réflexe ou d’un besoin irrépressible. Ainsi sont nées une vingtaine de nouvelles aux chutes soumises à la gravité et, parfois, à l’écrabouillement. Le destin ne serait-il qu’un Petit Poucet ricanant, rongé par ses névroses ? Pourtant, à l’occasion, l’amour s’invite, cheminant et badin…
[Cette critique a été rédigée par Horline, dont vous pouvez retrouver l'ensemble des comptes-rendus de lecture sur Babelio]
> Entre la folie douce et l’implacable tragédie, ce recueil de nouvelles peut tout aussi bien se savourer avec délice qu’être dévoré à pleines dents. Il y a un rythme narratif magistralement orchestré qui saisit le lecteur, le bouscule puisqu’imperceptiblement on se laisse captiver par des thèmes aussi sombres que l’inceste, la maltraitance, le meurtre, le sordide… C’est déroutant. Oui, c’est déroutant d’accepter une certaine banalité du mal qui émerge de petits riens.
Entre le meurtre du Père Noël, le conte du Petit Chaperon Rouge revisité ou la colère d’une jeune fille abusée qui mène à l’irréparable, Lunatik nous offre toute une galerie de personnages qui, confrontés à des évènements qui leur échappent, cèdent à leurs instincts immédiats, sans fausse pudeur, sans remord. C’est une projection de tous les vices sans artifice, servie par une sincérité dans l’écriture qui nous épargne le superflu trop souvent présent dans la littérature contemporaine : pas d’épanchements excessifs de sentiments ni d’intériorités envahissantes pour exprimer le désarroi.
Avec une plume trempée dans l’acide, la fantaisie de l’auteur est véritablement cynique, incisive, percutante. C’est sombre, inquiétant sans pour autant verser dans le macabre : il y a un jeu de subtilités qui assène l’essentiel et suggère ce qui apparaît en conséquence effroyablement dérisoire. Avec talent, l’auteur use de l’ambiguïté, fait basculer le récit de l’ignominie à la plus innocente des naïvetés pour que le lecteur puisse digérer l’inacceptable.
Ainsi, les récits oscillent entre tendresse cruelle et candeur imprévisible, ce sont de doux personnages qui basculent à un moment donné dans la folie. Comme si de rien n’était. Il y a une apparente tranquillité jusqu’au moment où le couperet de cette folie, de cet aveuglement tombe, tranche net et aboutit à l’irrémédiable.
La mécanique est efficace.
Une grande liberté de ton qui pourrait paraître désinvolte, une réelle impertinence… Lunatik est, je pense, un auteur à suivre. Belle découverte !
> Extrait :
« Mais ce n’est qu’en apercevant entre ses mains crispées la grenouillère jaune et bleue, celle avec le Babar sur la poitrine, qu’il réalise. Le môme. Le foutu môme. Voilà ce qu’il a manqué de ramener en allant sauver le chaton des flammes. Faut dire à son crédit que le marmot était tout neuf, c’est même pour arroser la naissance qu’il a tant picolé. Il n’avait pas eu le temps de s’habituer, de se faire à l’idée. Pour ça qu’il a oublié.
Alors que le chaton, il était à la maison depuis déjà à la maison depuis déjà deux mois. Au moins. »
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> Tous crocs dehors
est en vente directement sur le site de l’éditeur.
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Je pense que je vais me laisser tenter…
C’est un bouquin que je conseille vivement : il y a une réelle maturité dans la maîtrise du récit et dans la psychologie des personnages, c’est plutôt rare pour un premier recueil !
PS : aie je viens de m’apercevoir d’une mauvaise retranscription de la citation, il faut lire « Alors que le chaton, il était à la maison depuis déjà deux mois. Au moins ».
Mon impertinence m’a valu bien des déboires quand j’usais mes fonds de culotte sur les bancs d’école. Qu’aujourd’hui elle me vaille une critique si enthousiaste et bien troussée me met du baume au cœur.