> Le livre :Tiroir, tiroir, de Dominique Drouin, Scriptosum, 214 pages, 15 €, en vente sur le site de l’auteur.
> Le pitch : Dans sa course à l’éditeur, un narrateur s’essouffle. Malgré la foi en son œuvre, il se résigne à ne la voir point publiée. Sur cette courbe déclinante, que viennent rebrousser localement des résistances, où viennent se poser des rencontres de bon conseil, se reposer des amitiés anciennes et bien ancrées, l’ambition littéraire elle-même semble se tarir. Toute proportion gardée, le parcours apparent serait donc à rebours de celui du narrateur proustien : écriture abandonnée, sereine résignation à la vie, en quoi, là encore, narrateur n’est pas auteur ?
[Cette critique a été rédigée par Argali, auteur du blog de Argali, que nous vous invitons à découvrir]
> Ce résumé rédigé par l’auteur donne le ton de ce livre.
Un narrateur dont on ne sait vraiment s’il est un génie proustien incompris ou un snob imbu de lui-même, voit les refus de son manuscrit croître inexorablement. Son rêve de reconnaissance s’étiole puis s’éteint. Portant un jugement acerbe et pédant sur la vacuité de ses semblables et la banalité mesquine des choses du quotidien, il finit malgré tout par se résoudre à entrer dans le rang. Il accepte un travail rébarbatif mais croit-il roboratif afin de passer à autre chose, tout en nourrissant sa faim d’écrire. Ce n’était que mirager.
Las, il se retirera en Bretagne.
Vous l’aurez compris, le style fait l’essentiel de ce roman. Le thème est classique : la douleur d’écrire, de ne pas être reconnu, le sentiment d’impuissance face à des éditeurs tellement débordés par des manuscrits médiocres qu’ils ne voient même plus scintiller une perle dans la pile à lire ou encore l’incompréhension de l’entourage – des béotiens pétris d’impéritie…
Ce qui fait l’intérêt de ce roman est donc le style léché où subjonctif imparfait et vocabulaire rigoureux voire suranné rivalisent. Les exigences stylistiques de l’auteur sont manifestes : pas d’expressions obvies, de formules convenues, rien n’est laissé au hasard. Au point de nous livrer un texte très (trop) travaillé.
J’avoue avoir trouvé le début pédant et m’être forcée un peu à dépasser les cinq premières pages où le narrateur se montre d’une insupportable suffisance. Mais plutôt que de m’en offenser, j’ai pris le parti d’y goûter sans arrière pensée et j’ai fini par trouver le texte jubilatoire.
Je ne lirais pas ce genre de roman à satiété : il faut retenue garder pour mieux jouir des plaisirs ; mais à l’occasion, cela savoure telle une madeleine. Hélas, je crains que ce roman ne devienne jamais best-seller. La construction grammaticale de l’œuvre et son style d’outre-siècle ne séduiront pas les foules. Mais cela n’est certes pas l’ambition de l’auteur chez qui je reconnais un vrai travail de linguiste érudit.
Je remercie Dominique Drouin de m’avoir envoyé son roman accompagné d’une missive manuscrite. C’est exceptionnel.
> Extrait :
Où le narrateur se résout à trouver du travail :
« J’aurais voulu tirer ma révérence. Mais il fallait être, animer dans la durée cette concrétion de particules ontologiques dont « je » tentait l’unité. Et comme écrire m’était aussi nécessaire que respirer, je ne signais qu’à regret, et dans l’idée de maintenir l’écriture, fut-ce en ce mince filet de râle moribond. » (p33)
d’après ce commentaire alléchant : un must read pour tous les aspirants écrivants…
Un commentaire aussi linguistiquement superbe que le livre présenté. J’applaudis.
Ce n’est pas le style de livre que j’apprécie mais j’aime beaucoup la critique. J’espère qu’elle servira à faire connaitre ce roman.
Bonjour, j’y suis allée moi aussi d’une note de lecture de « Tiroir, tiroir » sur mon blog :
http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2011/08/lu-tiroir-tiroir-roman-de-dominique-drouin.html
Merci encore à Argali