« La tentation du pont », de Véronique Sels – 2

La tentation du pont

> Le livre : La tentation du pont de Véronique Sels, Genèse Edition, 232 pages, 22,5 €.

> Le pitch : Perséphone décide un jour de quitter la maison de ses parents pour « habiter » telle une clocharde sous les ponts de Paris. La jeune femme se lie d’amitié avec des personnages aussi pittoresques qu’attachants : Porphyre, le chauffeur de taxi africain qui rêve de sauver son village ; Simone, un pauvre hère malmené par la vie ; Chang, un coiffeur-moine chinois et maître Kung Fu ; Janòs, balayeur de rue, hongrois et ivrogne. Sans qu’il n’y paraisse, Perséphone va les mettre en rapport les uns avec les autres et leur vie à tous va s’en trouver bouleversée.

[Cette critique a été rédigée par Anne, auteur du blog Des mots et des notes que nous vous invitons à découvrir. A noter que La tentation du pont a déjà été critiquée par Caro sur ce post. N'hésitez pas à le découvrir pour confronter les points de vue !]

 

>« Je m’appelle Perséphone. Je sais, ce n’est pas très moderne. Mais le moderne est éphémère alors que moi, je voudrais durer. Pour ceux qui ne parlent pas couramment le grec antique, Perséphone est un prénom féminin, ce qui vous permet déjà de coller deux seins du tonnerre sur mon anonymat.

Mon âge est sans importance, mais il vous aidera à mettre un visage sur mon nom : j’ai dans les quatre mille trois cent deux ans et des poussières.

Déesse des mondes souterrains, je suis celle qui cogite dans l’ombre et négocie à votre insu. Je prépare en hiver ce qui surgira en été. Je suis ce que personne n’a encore vu et ce que tout le monde demande à voir. Je vis cachée et quand je sors, je crée surprise et confusion. J’ai toujours une saison d’avance. Un peu comme Andy Warhol. »

 

> Voilà comment débute La tentation du pont, un roman de Véronique Sels, le premier publié. Et quand on a refermé le livre et que l’on revient à cette première page, on se rend que la pirouette finale avait déjà pris tout son sens ici !

Perséphone a d’abord été une petite fille un peu spéciale, son rapport au langage et à l’écriture était si particulier qu’à six ans elle a décidé de fuir l’école et s’est réfugiée pendant trois mois sous le pont Louis Blanc, au canal Saint-Martin (vous savez, celui d’Amélie Poulain). Néné l’a prise sous son aile ; avant de mourir, il l’a encouragée à retourner chez ses parents. Alors elle a passé le cap de l’école en se réfugiant dans ses rêves avec Snoopy et elle a quand même décidé de retourner dans la rue, sous son pont. C’est là qu’elle est devenue Perséphone. Elle s’est sentie investie d’une mission, résumée dans Les dix commandements de Perséphone :

« 1. Tu parleras ton propre langage.

2. Tu créeras un monde à ton image.

3. Tu t’inventeras une vie par jour.

4. Tu n’auras pas d’amis, car les amis sont les ennemis de la création.

5. Tu chériras tes ennemis, car ils seront ta source inépuisable d’inspiration.

6. Tu ne tueras point les êtres issus de ton imagination.

7. Tu mentiras souvent, car le mensonge est la vérité de tes désirs et de tes manques.

8. Tes mensonges seront beaux et grands. Tu les chériras comme tes propres enfants.

9. Tu voleras à la vie chacun de ses secrets pour les mettre à ta sauce.

10. Tu aimeras les gredins comme toi-même, car sans eux, tu ne pourrais te targuer de ne pas en être un. » (p. 36)

Le ton est donné : nous voilà embarqués avec Perséphone dans une sorte de conte qui flirte avec le fantastique, la mythologie (très intéressant d’aller relire le mythe grec), le rêve éveillé, la folie douce, tout en jonglant avec les références aussi éclatées que Snoopy ou Andy Warhol. Mais s’il s’agit d’un conte moderne, Perséphone n’en a pas pour autant chaussé des lunettes tout à fait roses : ce sont des petits, des paumés de la vie, des symboles des grands drames contemporains avec qui elle va nouer des amitiés. Dans le monde de Perséphone, on rencontre Porphyre, le chauffeur de taxi africain qui a quitté son village ravagé par la misère, Janos, venu de Hongrie, balayeur de rue à Paris et ivrogne, Chang, un coiffeur chinois clandestin, maître de kung-fu, Simone, une jeune femme battue. Perséphone n’est pas la dernière, qui s’accroche à son abri sous le pont et entretient son odeur de fauve pour ne pas être agressée.

Et pourtant ces cinq-là vont se croiser, se lier, et décider de vivre ensemble dans « l’atelier ». Vont-ils réaliser leurs rêves, vont-ils combler leurs manques ? Perséphone s’y attellera de tout son coeur.

Avec humour, avec tendresse, l’auteur nous invite à laisser tomber notre besoin de rationnel pour nous glisser dans les frusques de l’héroïne, et vivre une aventure à la fois singulière (une insurrection singulière ?) et plurielle car Perséphone semble avoir le don de se glisser dans les désirs de ses compagnons et de tout savoir de leurs propres aventures.

Un livre léger, sympathique, pour lequel j’exprime quand même un petit bémol envers l’éditeur : j’ai été gênée plusieurs fois par quelques fautes d’orthographe, quelques erreurs de mise en page, de signes de ponctuation qui se baladaient en début de ligne alors qu’ils n’avaient rien à y faire. J’avoue que, comme je traque ce genre de fautes dans les copies de mes élèves, cela me hérisse un peu de les retrouver dans un livre imprimé…

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de lire La Tentation du pont ?

 


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One Response to « La tentation du pont », de Véronique Sels – 2

  1. argali dit :

    Agréable commentaire qui donne envie de découvrir le livre.

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