« Simon de Montauban », de Luc Corlouër

Simon de Montauban

> Le livre : Simon de Montauban de Luc Corlouër, éditions Le Cormoran, 224 pages, 15 €, en vente sur le site de l’auteur.

> Le pitch : Simon Gourdon passe sa jeunesse dans le Tarn et Garonne entre Monclar de Quercy et Montauban. Apprenti journaliste à l’Indépendant de Montauban, il suivra au début du siècle dernier les faits divers du département avant d’être mobilisé en 1914. La guerre terminée, il se rendra en Bretagne suite à un serment avant de rejoindre sa ferme des Lials. Avec Simon de Montauban, l’auteur emprunte les routes du sud-ouest et nous fait partager les lieux qu’il connaît bien.

[Cette critique a été rédigée par Evilys, auteur du blog Le petit paradis d'Evilys que nous vous invitons à découvrir]

 

> Un roman du terroir mâtiné d’Histoire.

Tout au long de ce récit, Luc Corlouër nous raconte son « pays » comme on dit. Au travers de son personnage, Simon Gourdon, il dépeint aussi bien la société que les faits divers, tout comme les faits historiques. On découvre donc Montauban et sa région au travers des yeux de Simon qui, du surnom de « P’tit Simon » pendant l’enfance à celui de « Simonnot » pendant sa vie de journaliste, va nous entraîner à travers toute la France en définitive…

Le roman se découpe plus ou moins en trois parties, qui se chevauchent et s’enchevêtrent, portant plus ou moins successivement sur l’enfance, la guerre et le métier de journaliste… Jusqu’à une conclusion où l’on suit le personnage apaisé d’avoir trouvé une juste cause à laquelle se consacrer…

Les vacances à la ferme chez son oncle et sa tante sont sujets à de jolis moments de campagne auprès des petites gens et leurs histoires du quotidien… Les longues marches pour se rendre chez les uns et chez les autres qui sont toujours propices à des découvertes pour un enfant de la ville… Les échanges et les amitiés qui se créent avec les autres enfants du village… Les facéties de certains, les joies simples que l’on n’oublie pas une fois devenu grand…

La mobilisation générale de 1914 et la vie dans les tranchées sont une belle évocation du front, de la souffrance et de l’horreur de la guerre, mais aussi de la camaraderie et des liens si forts qui ont pu s’y nouer. Ces liens vont d’ailleurs amener Simon à découvrir Paris et les luttes nationalistes avec l’Action Française, alors à son apogée dans l’après-guerre, notamment…. Découvrir également de nombreux quartiers parisiens qui, de cossus et fringuants passent à misérables et insalubres en un seul coin de rue.

Les amitiés nouées sur le front sont de celles qui durent toutes une vie, comme celle que notre héros entretiendra avec un Breton, hélas tombé au combat. Mais, promesse ayant été faite d’aller rendre visite à la famille restée au pays, Simon va découvrir aussi la Bretagne et sa convivialité…

De retour au pays, il va poursuivre sa carrière de pigiste à L’Indépendant de Montauban sous la houlette de Caussade, un personnage haut en couleurs au sein de la rédaction et fort apprécié des petites gens qui lui rapportent volontiers tous les faits divers et les potins qui alimenteront sa chronique journalistique. Au contact de cet homme, Simon apprend non seulement son métier, mais également toute l’Histoire de sa région…

Tout au long de cette vie que l’on suit pas à pas, le récit de l’auteur est émaillé de faits divers et d’informations sur les bâtiments, les rues et les événements qui se produisent à Montauban et dans d’autres villes. Anodins ou historiques, tous ces faits nous montrent le visage d’une ville, d’une région, de notre pays même, tels d’innombrables instantanés de la vie quotidienne et de ses aléas…

Dans ces mots, dans ces faits relatés, on sent tout l’amour de l’auteur pour sa ville natale et ces petites gens aux vies simples et laborieuses. Mon seul regret est qu’il ait laissé son personnage célibataire. C’est sûrement mon côté romantique qui parle là, mais je l’ai trouvé bien esseulé dans la vie ce cher Simon Gourdon. Enfant unique, ayant perdu ses parents relativement tôt, j’aurais bien aimé qu’il se trouve compagne et transmette ses histoires de la vie de tous les jours qu’il avait pu glaner tout au long de sa vie de journaliste.

Même si l’évolution du personnage est parfois lente, du fait de tous ces petits bouts de « récits de vie » qui entrecoupent celui de la sienne, j’ai beaucoup aimé ce roman aux tonalités campagnardes et vivantes. De la compassion et des moments terribles avec les passages dans les tranchées, mais aussi beaucoup d’humour et d’histoires cocasses.

A noter, en fin d’ouvrage, la présence d’un texte extrait des pages de La République de Lettres, revue mensuelle de 1875, et intitulé « Une Exécution Capitale – Récit d’un Paysan » par Léon Cladel. Ce texte nous conte, en termes particulièrement truculents, un fait divers mettant en scène un éleveur de porc qui, fou de jalousie, a « homicidé » sa femme adultère et son amant et fait disparaître son méfait de façon assez originale : un morceau de choix, si je puis dire, pour terminer cette excellente lecture…

> Un joli moment de lecture donc, qui n’a pas manqué de faire remonter mes souvenirs d’enfance auprès de mes grands-parents, agriculteurs dans l’Allier, lorsque j’y allais en vacances l’été, et qui m’incite fortement à rechercher d’autres titres de cet auteur !

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait

> Simon de Montauban est en vente directement sur le site de l’auteur.

 

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Etes-vous sensible aux romans d’inspiration régionaliste ?


 

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