> Le livre :Samedi 14, de Jean-Bernard Pouy, Editions La Branche, 176 pages, 15 €.
> Présentation: Maurice Lenoir est un retraité bien paisible qui s’est retiré loin de tout dans une petite maison de la Creuse. Il vit du RSA et des légumes qu’il fait pousser dans le jardin. Tout irait pour le mieux donc si la flicaille n’était pas venue le réveiller en ce samedi 14. C’est que les petits vieux d’à-côté, les Kowa, ont un fils. Un fils qui vient de devenir ministre de l’intérieur. Maurice l’ignorait et voit débouler dans son environnement paisible une armée de policiers de tout poil. Mais ce que les flics ignorent encore, c’est que Maurice s’appelle en fait Maxime et s’avère être un dangereux terroriste recherché depuis longtemps. Aussi, Maxime prend la fuite et est bien décidé à pourrir la vie de ce ministre qui lui a foutu en l’air les jours tranquilles du reste de sa vie !
[Cette critique a été rédigée par Choco, auteur du blog Le grenier à Livres que nous vous invitons à découvrir.]
> Les Editions La Branche lancent une nouvelle collection, dirigée par Patrick Raynal, intitulée Vendredi 13. Basée sur le superstitieux thème du vendredi 13, elle sera constituée de 13 romans tournant autour de cette date un peu particulière. Les 3 premiers titres sont le fait de trois auteurs français variés : J.B. Pouy, Pierre Bordage et Michel Quint. On notera également la grande réussite au niveau de la couverture : fendue en son milieu d’un trou, elle laisse apparaître l’œil inquisiteur de l’auteur.
Chez Pouy, le vendredi 13 s’avère finalement le jour funeste où le nouveau ministre de l’intérieur est nommé, un jour funeste pour ce dernier même s’il l’ignore encore ! Notre Maurice / Maxime a pris la poudre d’escampette et déjoue les dispositifs policiers, quitte même à les narguer parfois. C’est qu’il a été finalement identifié par la police comme LE terroriste recherché activement par la DCRI… L’agent Dormeaux de la DCRI, qui s’est ridiculisé en ne reconnaissant pas l’homme sur l’affaire duquel il travaille de nombreuses années, est pressurisé par son incommodante patronne, Yvonne Berthier qui oscille entre le foutre au placard et l’utiliser pour son enquête et son éventuelle promotion. C’est que la tension monte au cœur de l’Etat : les flics passent pour des incapables et Maxime semble bien décidé à tous les faire c…., le ministre en premier.
Personnage totalement sympathique qui cache derrière sa bonhomie des ressources bien étonnantes, Maxime entraîne son lecteur à sa suite, de cache en cache, de voyages en train improvisés en France à un séjour au pied du volcan Stromboli, muni de fausses identités de secours préparées au cas où. Sa cavale se pimentera même d’une aventure avec la jolie Béatrice qui recèlera en son sein bien des surprises et prouvera ô combien les capacités et l’ironie de notre fuyard ! Et pendant que Maxime fait la nique à ses poursuivants, des fuites opportunes commencent à révéler quelques casseroles que le ministre se traînait discrètement. Bref, Maxime fout le bordel et la rancœur de Dormeaux envers Berthier est loin d’arranger les choses…
Vous l’aurez compris, il s’agit ici de l’aventure assez rocambolesque d’un terroriste assagi qui a décidé de rendre la monnaie de sa pièce à ceux qui l’ont impunément dérangé. Maxime s’avère un personnage extrêmement sympathique dont les réparties fumasses ou ironiques sont un vrai festival ! Et de fait, Pouy construit un personnage haut en couleurs qu’il affuble d’un franc-parler populaire et imagé qui s’épanouit dans un luxe d’argot et de synonymes. Les ficelles et l’imagination dont il fait preuve dans ses diverses machinations sont de haut vol et il réussit à les distiller au fil du récit et à surprendre son lecteur. Un héros atypique qui n’hésite pas d’ailleurs à citer Queneau dont on retrouve de nombreux extraits dans le récit.
De leur côté, les flics passent pour des branquignoles, pas foutus de tenir en cage (dont ils ont oubliés de fermer le verrou !) un vieux papy inoffensif ou de reconnaître l’ennemi public n°1.L’ambiance au sein de la police n’est pas forcément très rose. Chacun cherche à tirer la couverture à soi et la vengeance peut parfois amener à retourner sa veste. L’appareil d’Etat en prend aussi pour son grade. Le nouveau ministre, qui veut tout contrôler, impose une politique répressive démesurée mais se garde bien de nettoyer dans son pré. Entre malversations et infidélité, les hommes politiques sont loin d’être des enfants de cœur.
Il s’agit donc une intrigue où la critique, sociale ou politique, n’est pas loin et on ne s’en étonnera pas de la part de Jean-Bernard Pouy, écrivain gauchiste bien connu. On ne s’étonnera donc pas non plus de la sensation toute particulière de déjà-vu qui transpire de ce texte et de sa portée bien contemporaine. Pour ma part, le ministre m’a quelque peu fait penser à Sarkozy et je crois que l’inspiration n’est pas totalement à exclure !
Au final, Samedi 14 s’avère être un roman particulièrement jouissif qui manie l’humour noir avec brio et tacle avec plaisir les travers de l’appareil politique, tout comme l’attrait du pouvoir à tout prix et de l’argent. Les personnages sont savoureux et l’intrigue surprenante à de multiples égards. Cette histoire écrite par un vieux briscard du roman noir et social est bien évidement à lire ! Personnellement, je ne suis pas loin du coup de cœur (la toute fin ne m’a juste pas complètement convaincue).
Voilà donc qui augure d’une collection de qualité ! Les 3 premiers titres sont sortis ce jeudi 13 octobre (hélas, ce ne sera pas un vendredi !), alors n’hésitez pas !
> Extrait :
« J’ai aussi eu le temps de me renseigner sur notre nouveau ministre de l’Intérieur, Stanislas Favard, le fiston de Roman et Monique. Qui avait pris, pour fomenter son ambition, le nom de sa mère. De nos jours, il vaut mieux passer pour un creusois qu’un Polack, le chabichou est plus rassurant, dans nos isoloirs, que le bortsch. Ce type était apparemment un genre de requin aux dents longues et à l’haleine de hyène. Grimpette accélérée dans les sphères du pouvoir. Populiste à cran, extrémiste droitier parfois, chrétien de gauche de temps en temps. Réactionnaire se faisant toujours passer pour progressiste. Cinquième maroquin. Sans parler du nombre de marocains qu’il avait déjà faits raccompagner dans leur beau pays. Pour l’instant, une grande partie de notre population de veaux en douce stabulation ne le voyait pas encore comme le grand taureau en chef. »
J’avais déjà prévu de lire ce livre (et les autres de la collection aussi d’ailleurs). Cette critique me presse d’autant plus ! J’aime beaucoup la ligne éditoriale de La Branche !
j’ai commandé en utilisant l’icône AMAZON figurant en-dessous du commentaire.
Soyez sympa: pour vos commandes, pensez à l’animation de ce site gratuit !
Commandez via « Les agents littéraires »; ça ne coûte pas plus cher et vous faites une bonne action: un peu moins de flouze pour le méchant AMAZON, un peu pour « Les agents littéraires ».
je suis sûr que Jean-Bernard POUY serait le premier à approuver cet acte citoyen mûrement réfléchi…
@ Saint-Luc : merci pour ce soutien ! Je profite en effet de l’occasion pour préciser qu’Amazon nous reverse 5 % en moyenne sur les ventes réalisées via un lien figurant sur notre site ce qui aide au bon fonctionnement du site.
Bonne lecture de « Samedi 14″ !
Je l’ai aussi reçu, lu et beaucoup aimé. Mais je ne lis pas ta note de lecture pour l’instant car je n’ai pas encore écrit la mienne au propre et je ne veux pas être influencée Et, comme pour Saint-Luc, je n’avais jamais lu cet auteur avant et ce fut une belle découverte.
Quelle belle collection : j’ai lu les trois premiers avec le même bonheur. Précipitez-vous dessus, ils valent le détour !
J’avais déjà prévu de lire ce livre (et les autres de la collection aussi d’ailleurs). Cette critique me presse d’autant plus ! J’aime beaucoup la ligne éditoriale de La Branche !
Honte à moi, je n’ai jamais lu un seul des bouquins de ce romancier reconnu.
je commande !
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Bonne lecture de « Samedi 14″ !
Je l’ai aussi reçu, lu et beaucoup aimé. Mais je ne lis pas ta note de lecture pour l’instant car je n’ai pas encore écrit la mienne au propre et je ne veux pas être influencée
Et, comme pour Saint-Luc, je n’avais jamais lu cet auteur avant et ce fut une belle découverte.