« Pluie d’été », de S. Miruku

Pluie d'été

> Le livre : Pluie d’été de S. Miruku, éditions Le Téètras Magic, Collection Belle Lurette, 36 pages, 9 euros, en vente directement sur le site de l’éditeur.
> Présentation : « Etranges gouttes Larmes, rosée, pluie d’été? De quoi méditer! »

[Cette critique a été rédigée par Asphodèle du blog Les lectures d'Asphodèle que nous vous invitons à découvrir]

 

> Recueil de haïkus modernes, joliment illustrés dont les mots résonnent encore en moi. Un petit recueil que l’on aime à garder près de soi afin de les relire encore et, ici, d’y trouver un écho dans l’illustration symbolique et recherchée.

Haïkus « modernes » , donc il faut que je vous parle d’abord de ce qu’est le haïku classique, brièvement,mes études de chinois sont loin… En japonais, le haïku s’écrit sur une seule ligne verticale, d’un seul jet de pinceau. Il est composé de 17 « more », l’équivalent (en plus subtil) de nos syllabes. En français, il fait trois lignes et dix-sept syllabes découpées en 5-7-5. Il doit comporter une référence à la saison, au lieu et enfin l’émotion, la pensée qui s’élève. La saisonnalité est très importante dans le haïku classique. Le « kigo », littéralement « mot de saison » est la marque de réussite d’un haïku maîtrisé. Était. Car tout évolue, en poésie aussi. Je vous fais grâce des sous-classifications pour ceux qui ne comportent pas telle ou telle référence…

Dans ce recueil, je dirai que nous avons affaire plus à des « mojai » (sans référence de saison) mais l’exercice de style sur la musicalité syllabique est respecté et réussi. Ces fragments détachés d’un tout nous ramènent à ce tout, la poésie s’infiltre en nous, comme cette goutte lancinante qui s’élève ou retombe, où le regard se perd.

Car ici, le « fil rouge » est la goutte d’eau déclinée en rouge, en vert, en bleu et en gris qui se suffit à elle-même dans l’image pour évoquer la saisonnalité, la spécificité d’un temps particulier : « Folles ardoises Calligraphie de mon coeur Souvenirs heureux ». Celui-ci m’évoque d’emblée la rentrée des classes et l’automne ou le début de l’hiver, les saisons étant légèrement décalées au Japon. Que la goutte soit rouge, verte, ou encore bleue ou grise pour évoquer la pâleur de la lune et son influence, il faut être « dedans » pour en apprécier toute la puissance évocatrice. Ce sont des instantanés, des éclairs, des fulgurances qui nous parlent de la difficulté de vivre, d’aimer souvent. Dans l’attente, l’espoir et les doutes sont reliés à l’eau de la pluie, à la cascade, au sel des larmes ou aux ombres qui voilent nos secrets et qui demeurent en nous, lancinants parfois…

Il n’y en a que seize dans ce recueil, seize haïkus et seize photographies pour illustrer chacun d’eux. Je ne peux vous les dévoiler tous… Je peux vous dire que les débuts nostalgiques, désenchantés s’étirent vers l’espoir du printemps et finissent avec un rayon de soleil qui finit par glisser lui aussi au-dessus de l’eau, rayon salvateur et éternel. L’atmosphère est sombre ou plus légère, chaque haïku ayant sa vie propre, son commencement et sa finitude,  bien que reliés les uns aux autres par la pluie qui les recouvre de transparence légère. La trace d’une empreinte sans cesse effacée et recommencée…

Belle idée de cadeau pour Noël qui approche ! Je remercie Les Agents Littéraires et Les Editions Le Téètras Magic pour cette superbe découverte.

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Présentation vidéo :

> Pluie d’été est en vente directement sur le site de l’éditeur.

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