Vous claquemurer entre quatre murs ? Vous reconvertir dans l’animation de séminaires ? Faire une cure d’anxiolytiques ? Réfléchissez-y à deux fois, parce qu’il y a peut-être mieux à faire ! Comme, par exemple, vous autoriser, puisque de toute façon vous foncez droit dans le mur, à vivre un amour déraisonnable avec un jeune premier de 20 ans de moins que vous. C’est cette option, désespérée, certes, mais libératoire, qu’explore Odile Menant dans Petite loutre, un roman décalé et incisif.
> Extrait :« Elle est comédienne… Plutôt un modèle de ratage, sa carrière pour être « ébouriffante ». Elle a joué des beaux rôles dans des pièces que personnes ne venait voir dans des banlieues oubliées des décentralisations culturelles. Elle a été, dans de cossus théâtres des boulevards, un nombre ahurissant de sémillantes soubrettes… ouvrant des portes… Et les refermant… Si vite… Que le public n’avait même pas le temps de remarquer « QUI » avait pu ouvrir cette putain de porte… »
> Pourquoi ai-je eu envie de lire ce livre ?
Parce que qu’Internet, décidément, est bien cruel. Je m’explique : Odile Menant se présente, dans sa biographie, comme une « comédienne, auteur de nombreux one woman show ». Or, quand on cherche son nom dans Google, on tombe sur… absolument rien, nada, un océan d’indifférence. En vrac : un profil facebook, un blog intitulé Mes promenades dont on n’est pas sûr qu’il soit le sien, une page sur le Mont Saint-Odile (!) et un unique commentaire sur ses performances d’actrice, ainsi formulé : « Odile Menant, et son one man show où elle a bien dû se ridiculiser » (sic). Alors, je ne sais pas si Petite Loutre est, à proprement parler, une autobiographie – Odile Menant elle-même entretient l’ambiguïté à ce sujet, en refusant de trancher clairement entre « mémoires » et « fiction » (cf. la présentation du livre sur Amazon). Mais quelque chose me dit, en tout cas, que son personnage de comédienne sur le retour, laissée pour compte, affolée par la « ménopause », la « vieillesse », le « renoncement », elle le connaît d’assez près. Et de deux choses l’une : d’une part, cela m’intéresse d’entendre ce qu’elle a à exprimer sur le sujet (c’est quoi, une vie, quand on sait qu’on l’a ratée ?) et, d’autre part, tout simplement, Odile Menant m’inspire un élan spontané de sympathie.
> Pourquoi ce livre m’a-t-il séduit ?
Soyons franc, au premier abord, Petite loutre produit un effet déroutant. En effet, Odile Menant triture la syntaxe, oralise, abuse des points de suspension, des retours à la ligne et des mots en majuscule… L’objectif, semble-t-il, est de reproduire à l’écrit, par des artifices de style, le jeu d’un acteur, avec son intonation, son emportement et ses respirations. Alors, c’est certain, le résultat flirte occasionnellement avec le ridicule. Il y a des phrases qui font rire, là où elles se voulaient tragiques : « Elle a écrit des spectacles drôles et attachants où elle ne mettait à nu que son coeur… JAMAIS SON CUL » nous assène-t-on ainsi, au détour d’une page, afin, j’imagine, que nous ne permettions pas d’en douter. Toutefois, de manière générale, Odile Menant réussit incroyablement bien à maintenir le cap et à faire monter la sauce. On y croit, à son personnage de « dépressive chronique » qui « bovarise comme une monomaniaque abrutie ». On s’y intéresse, à sa liaison sans espoir avec un « cowboy civilisé » dont la voix « inocule en [elle] une infinité de petits dégâts des eaux ». On rit, même, parfois, de la voir « rouler des pelles à déboussoler un derviche tourneur pourtant bien réglé ». Au final, l’intérêt de ce roman, c’est qu’Odile Menant ne triche pas. Elle va au fond d’elle-même, sans se censurer. Elle laisse son pathos remonter à la surface, sans faire de tri. Et on ressort de ce grand déballage avec l’impression de s’être pris une claque, certes, mais une claque salutaire, du genre de celles qui remettent les idées bien en place.
> Achetez ce livre si vous aimez :
- les histoires d’amour qui finissent mal (je ne dévoile rien, Odile Menant annonce elle-même la couleur dès l’intro),
- être happé par un livre, par la force de son élan et ne pas pouvoir le reposer avant la dernière page,
- vous embarquer dans une série de romans : Petite loutre se décline déjà en deux tomes et il n’y a, a priori, pas de raison pour qu’une suite ne voie pas le jour.
> Faites un autre choix si :
- vous être à cheval sur le bon usage de la langue française. Vous risquez d’être rebuté par les acrobaties syntaxiques d’Odile Menant et, il faut bien le dire, par des fautes d’orthographe qui témoignent d’un travail de relecture aléatoire.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> 128 pages, APARIS/Edlivire, 14 €
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a -t-elle semblé utile ? Et le livre, avez-vous envie de le lire ?
Pas sûre que j’aimerais le style, mais le thème est amusant.
Oui, effectivement, le style est un peu à l’emporte-pièce ! lol
L’avantage, c’est que qu’on ne se perd pas en descriptions !
Je crains d’être vite agacé par un français approximatif et bourré de fautes qui me gâcherait mon plaisir de lecture et prendrait le pas sur le reste