> Les livres : Péchés d’orgueil de Lukas Perrotin, Penn Ar Park, en téléchargement pour 2,50 € ou sous format CD-Rom pour 5 € et Hommage aux poules de Lomig et Lukas Perrotin, Penn Ar Park, 28 pages, 7 €. Disponibles sur commande auprès de l’éditeur.
> Le pitch : Recueil de nouvelles, Péchés d’orgueil interroge. L’orgueil, vice ou vertu ? Pour Guillaume Lebreton et les trois autres personnages, c’est d’abord un moteur qui les entraîne dans une recherche effrénée de liberté et de pouvoir. Cependant, l’orgueil peut conduire parfois au bord du précipice. Hommage aux poules est une série de photographies en noir et blanc de Lomig Perrotin illustrée par un texte de Thomas Perrotin.
[Cette critique a été rédigée par Horline, dont vous pouvez retrouver l'ensemble des comptes-rendus de lecture sur Babelio]
>Recueil de nouvelles où des petits riens déstabilisent des personnages longtemps aveuglés, où ces petits riens font tout, Péchés d’orgueil intrigue par sa singularité.
Sous la lumière crépusculaire d’un port inconnu, dans les bas-fonds de la ville, ou dans les toilettes sordides d’une brasserie, les personnages se voient confrontés à la réalité de leur reflet dans le miroir tendu par ceux auxquels ils n’affichaient que condescendance et mépris. Ils découvrent ainsi que derrière la volonté de s’affranchir de toute contrainte et se débarrasser de tout passé encombrant, ils oublient de vivre l’essentiel, derrière la volonté de transgresser les interdits sociaux et assouvir certains vices en toute liberté, ils se retrouvent esclaves de leurs pulsions et des faux-semblants… Derrière la morgue revendiquée et tous les attributs de puissance et de liberté dont ils se sont évertués à se parer, ils découvrent l’illusion de leur condition. Une découverte d’autant plus cruelle qu’elle apparaît aux personnages de manière anecdotique.
L’univers de ce recueil est bien sombre et ne ressemble à aucun autre que j’ai pu lire jusqu’à présent. L’atmosphère est floue, les lieux inconnus, les personnages (du moins pour la plupart) n’ont pas de nom… Comme si tout cela était superflu, dérisoire. Seule compte la radicalité des sentiments et des personnages. Des personnages qui se sont barricadés dans leur désinvolture et leur arrogance, dans leur désir de liberté absolue, eux qui sont parvenus à dissimuler leurs sentiments de toute nature jusqu’où jour où tombent les masques. Et là, les faiblesses sont criantes de vérité, elles éclaboussent l’égo de ces hommes en écorchant quelque peu l’image qu’ils se sont efforcés de construire. Certains tentent bien d’opposer une lutte contre la vérité. Mais cette lutte est vaine : une fois ces hommes mis à nu, leur sentiment de puissance se révèle bien aléatoire et fragile…
Ce sentiment de radicalité est séduisant en ce qu’il fait écho au cynisme non feint des situations, à la revendication d’une certaine sincérité dans l’écriture de Lukas Perrotin ; les sentiments les plus sombres ne sont pas voilés par un style mielleux, doucereux. C’est une écriture réaliste, dénuée de chair et de sensualité.
Toutefois, l’auteur n’épargne pas le lecteur de certains tics que l’on rencontre dans beaucoup d’œuvres modernes en s’ingéniant à marquer au burin les états d’âme, voire les obsessions qui habitent ses personnages. Il veut tout dire, tout expliquer. Et une fois qu’il a tout dit, tout expliqué, le recueil a un côté fade, on a du mal à se laisser embarquer.
>Péchés d’orgueil m’a été expédié accompagné d’un portfolio Hommage aux poules où photographe et écrivain exposent un monde post-apocalyptique, vidé ou de tous les excès de l’humanité ou presque, et dans lequel la nature tente de se réapproprier les espaces surexploités par les hommes.
Ainsi on découvre des photos en noir et blanc où le contraste poussé a un fort impact : pas de vie humaine, pas de mouvement, pas de plan net, ce qui ressemblait jadis à un poulailler industriel fait l’objet d’un clair-obscur dense. La forte luminosité du jour tente de percer un espace clos souligné par un noir opaque renforçant l’atmosphère étrange et inquiétante de ces clichés. Pas de doute, c’est le chaos… La lumière presque aveuglante baigne un espace déserté par les hommes où les objets ont été abandonnés à la hâte. Le récit accompagnant les photos et décrivant la survie de deux rescapés apparait désincarné, même les émotions humaines semblent avoir été anéanties par la catastrophe. Ce travail à deux mains déconcertant au premier abord est une agréable surprise : il y a une réelle unité entre les photos et un texte parfaitement maîtrisé. Les photos expriment tout ce que le texte maintient au silence. Dommage que ce soit si court !
> Extrait :
« Tout m’était étranger et j’étais étranger à tout. Observateur sans être acteur, je n’étais que de passage. Toujours à la lisière de la société qui s’étalait devant moi, je n’ai jamais eu le sentiment d’en faire partie. Je n’ai d’ailleurs jamais eu l’intention de m’y intégrer. Je voulais rester en dehors pour demeurer libre et ne pas subir les contraintes que toute ville exerce sur ses habitants.
J’avais tellement désiré m’affranchir de mon passé, qu’il m’était primordial de préserver cette liberté acquise. »
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> Péchés d’orgueil et Hommage aux poules sont disponibles sur commande auprès de l’éditeur.
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? A-t-elle éveillé votre intérêt pour la production de Penn Ar Park ?
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