> Présentation : Il y a 40 ans, l’historien de l’architecture Yvan Christ publiait Paris des utopies, espèce d’inventaire à la Prévert des « grands projets » recalés à l’examen de sortie. C’était les années Pompidou ; Paris pleurait ses halles centrales et Malraux lui-même refusait tout sursis à l’architecture d’Hector Guimard. L’idée d’un pont Napoléon sommé d’une effigie impériale façon colosse de Rhodes passait alors pour une bimbeloterie pittoresque, la démesure corbuséenne la reléguant ad aeternam au placard des nains de jardin. Seulement, les modernes ont passé et, après eux, les postmodernes. Autoproclamé « grand », Paris s’interroge… Il nous a semblé opportun et jouissif de rééditer ce catalogue d’extravagances séculaires.
[Cette critique a été rédigée par Lili Galipette, auteure du blog Des galipettes entre les lignes que nous vous invitons à découvrir]
> Cet ouvrage tombe à pic. Alors que je m’apprête à m’installer en région parisienne, je sais que j’ai tout à découvrir de notre si belle capitale. Même si cet album est trop volumineux pour jouer le rôle d’un Guide du Routard utopiste, il me donne des envies de découvertes, surtout sur la Rive gauche. Ne vous fiez pas à la couverture rose fluo et argent miroir : cet écrin bling-bling cache un vrai trésor. Et, comme le dit l’auteur, « Quand l’âge d’or sera revenu, Paris aura le droit d’être moins modeste. » (p. 35)
Car il semble que Paris a vécu ses belles heures et que certains de ses plus beaux instants s’empoussièrent dans des cartons marqués d’un sceau de refus. Yvan Christ a rassemblé les projets parisiens d’urbanisation et d’architecture qui n’ont jamais vu le jour. Ils ont été refusés parce que trop chers, trop loufoques, trop grandioses, trop mégalomanes, trop fous, etc. Parfois émanation d’un puissant voulant marquer la capitale de son empreinte, parfois rêverie d’un artiste à l’imagination sans frontière, ces projets bâtissent en creux un Paris non-construit et s’inscrivent dans la veine de l’urbanisme-fiction.
Cette compilation fabuleuse présente des tableaux, des croquis, des vues parisiennes, des plans, des photos aériennes en couleur et N&B et bien des illustrations dont certains auteurs de science-fiction pourraient s’inspirer sans rougir pour créer leurs villes extraordinaires. Du XVI° à nos jours, il semble que Paris, ville de pierres et ville de lumières, reste à construire.
Tous les hauts lieux parisiens ont connu des projets d’aménagement ou de modernisation. En voici quelques-uns en vrac : le Pont-Neuf, Notre-Dame de Paris, l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet ou l’église Sainte-Geneviève, le Théâtre de l’Odéon, la Gare d’Orsay, le Palais-Bourbon, l’Hôtel-Dieu, le carrefour de la Défense, la Porte Maillot, la Place de la Concorde et de la Bastille, le Louvre, les Halles ou encore les boulevards de Montmartre, Strasbourg ou de Sébastopol. Et quid d’une autoroute sous la Seine ou d’un aéroport en plein Paris sur l’île aux Cygnes ? Ces deux derniers projets sont restés lettres mortes, mais qu’en pensez-vous ?
Avec des explications claires et courtes, Yvan Christ exhume ces projets refusés et tente de montrer tous les visages qu’aurait pu avoir Paris. La superposition donne le vertige et la capitale prend des airs de ville cubiste. Toutes ces utopies non concrétisées voulaient rendre Paris plus belle, plus fonctionnelle, plus moderne ou plus ouverte. « Les utopies des passéistes rejoignent naïvement celles des progressistes. Le Paris des utopies aurait pu être celui d’un conservatisme total. Il aurait pu être également celui d’un vandalisme implacable. La première fable n’a jamais été écrite parce qu’il est écrit qu’elle ne peut pas l’être. La seconde fable peut l’être encore parce qu’elle nous est toujours insidieusement chuchotée. J’oublierais que je suis Français, et qui plus est, Parisien, si je me laissais bercer par les illusions infécondes de la première et si je ne tenais pas compte de celles de la seconde dont la fécondité maligne est inépuisable. Face au Paris des réalités, je ne rêve plus, je dois finir mon rêve. » (p. 23)
Avons-nous échappé au pire ou au meilleur ? Nous pouvons nous interroger sur la légitimité du Paris d’aujourd’hui. Est-ce une légitimité acquise à la force des années ou une légitimité à consolider ? Certains projets non retenus n’étaient-ils pas plus parisiens que certains bâtiments et constructions qui s’élèvent aujourd’hui ? Pouvons-nous parler d’une architecture parisienne ? Autant de questions auxquelles l’ouvrage ne donne pas nécessairement de réponses, mais qui s’évanouissent devant la grandeur, la beauté et la folie de ces utopies architecturales.
Yvan Christ s’est fait chasseur de rêves pour mon plus grand plaisir et même, si je ne connais presqu’aucun des architectes ici mentionnés, j’ai déambulé avec plaisir entre les pages de ce très bel ouvrage et sur les traces d’un Paris en chantier. Il semble que les architectes, les artistes et les grands hommes ne se contenteront jamais de la ville telle qu’elle est. Revenons dans cent ans et parions que nous pourrons éditer un autre ouvrage sur les projets perdus d’un Paris sans cesse imaginé.
Merci Asphodèle. Plus qu’un livre, c’est une somme ! Outre le plaisir de la lecture, la crampe aux bras est un des effets que cet ouvrage peut produire.
Ha ha ! Je n’avais pas vu ces aspect là dans ton billet et je dois dire que certains pavés m’obligent à des positions de lecture plus ou moins « loufoques »… Je pense que les liseuses se réjouissent d’avance quand elles croisent des handicapés du dos comme moi… Mais je résiste et je pose le livre (tant pis) pour mieux le savourer ! J’avoue cependant que certaines lectures ne sont pas avantagées au départ mais quand le contenu est bon, tout passe !
Pour ceux que le livre intéresse et qui habitent Paris sachez que le livre sera présenté au Bon Marché le samedi 10 décembre de 16 heures à 18 heures par l’éditeur, Monsieur Chaudun.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce billet et je m’en vais ajouter ce livre à ma liste d’envies… Je trouve que le sujet est passionnant, rien qu’en te lisant, alors je n’ose imaginer avec les illustrations !
Ravie de t’avoir donné envie de découvrir ce bel ouvrage.
J’espère que le Père Noël est passé par là et qu’il a pris note de ta demande !
Bonnes fêtes de fin d’année.
Lili parle très bien de ce livre que j’ai déjà repéré et noté dans mes tablettes…
Merci Asphodèle. Plus qu’un livre, c’est une somme ! Outre le plaisir de la lecture, la crampe aux bras est un des effets que cet ouvrage peut produire.
Ha ha !
Je n’avais pas vu ces aspect là dans ton billet et je dois dire que certains pavés m’obligent à des positions de lecture plus ou moins « loufoques »… Je pense que les liseuses se réjouissent d’avance quand elles croisent des handicapés du dos comme moi… Mais je résiste et je pose le livre (tant pis) pour mieux le savourer ! J’avoue cependant que certaines lectures ne sont pas avantagées au départ mais quand le contenu est bon, tout passe !
Bonjour,
Pour ceux que le livre intéresse et qui habitent Paris sachez que le livre sera présenté au Bon Marché le samedi 10 décembre de 16 heures à 18 heures par l’éditeur, Monsieur Chaudun.
D’ici là bonne lecture!
Agathe Boudjema
Merci pour l’info. Si j’ai le temps, c’est avec plaisir que je viendrai !:)
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce billet et je m’en vais ajouter ce livre à ma liste d’envies… Je trouve que le sujet est passionnant, rien qu’en te lisant, alors je n’ose imaginer avec les illustrations !
Merci pour la découverte ^^
Ravie de t’avoir donné envie de découvrir ce bel ouvrage.
J’espère que le Père Noël est passé par là et qu’il a pris note de ta demande !
Bonnes fêtes de fin d’année.