« Ne pleurez pas mes fils… », d’Eva Golgevit

Ne pleurez pas mes fils

> Le livre : Ne pleurez pas, mes fils…, d’Eva Golgevit,  Manuscrit.com, 240 pages, 21.90 €. A découvrir également sur ce site : Ecris, papa, écris, le livre de souvenirs de Elie Rozencwajg, le père d’Eva Golgevit.

> Présentation : Eva Golgevit est une jeune femme polonaise juive vivant à Paris quand la deuxième guerre mondiale éclate. Elle s’engage dans la Résistance juive avec sa famille et son mari. Elle est arrêtée puis déportée à Auschwitz en 1943, au Block 10 où les nazis pratiquent des « expériences médicales. ». Après dix mois, elle est transférée à Birkenau puis dans une ferme agricole dans un camp annexe d’Auschwitz, Rajsko. En janvier 1945, elle est évacuée et connaît trois « marches de la mort ».

[Cette critique a été rédigée par La Grotte des livres, auteur du blogue de La grotte des livres que nous vous invitons à découvrir.]

 

> J’ai lu de très nombreux livres concernant la deuxième guerre mondiale mais je ne pensais pas faire une aussi belle rencontre avec Ne pleurez pas mes fils…. Il ne s’agit pas d’un livre dans lequel on raconte la montée au pouvoir du Reich, ni la liberté restreinte des Juifs. Non, il s’agit d’un témoignage poignant, magnifique et très humble d’une femme engagée qui a connu les horreurs indescriptibles de la barbarie humaine.

Eva Golgevit commence son récit en présentant sa famille, les difficultés de ses parents à les nourrir, la promiscuité des logements, la rudesse des hivers polonais, les départs en Belgique et en France. Mais ses souffrances sont enveloppées par l’amour et par la solidarité. Le yiddish berce les premières pages de cette autobiographie, et malgré la dureté des souvenirs, j’ai ressenti beaucoup de bonheur à l’évocation des anecdotes que raconte l’auteur.

Très tôt, l’auteur s’engage dans des « révoltes » qui lui semblent justes. Aussi, quand Paris tombe sous le joug de l’occupation allemande, Eva n’hésite pas à rejoindre la MOI (section juive du mouvement de résistance communiste). Elle nous raconte comment ce réseau a sauvé la vie de nombreux enfants juifs, comment il a pu aider des familles dans le besoin, au risque de la propre vie des Résistants. Elle crée des amitiés très fortes avec des femmes du mouvement. Et quand elle est arrêtée en 1943, une réelle solidarité se met en place pour cacher son fils Jean.

A Auschwitz, elle est entourée de ses camarades. Elles sont sa force, sa volonté. Ce sont les pages qui m’ont le plus émue et le plus fascinée. Elles sont extrêmement dures et elles m’ont bouleversée car elles respirent l’envie de vivre. Vivre pour son combat, pour sa croyance. A aucun moment, Eva et ses amies ne se laissent dominer ni abattre par l’emprise nazie. La souffrance est encore palpable à certaines pages. Les souvenirs sont difficiles à évoquer, à revivre. Mais elles mènent leur combat jusqu’au bout. C’est un témoignage absolument exceptionnel d’amitié, de solidarité, de foi et de justice que j’ai eu le privilège de lire. Sans jamais remettre en cause ce pour quoi Eva s’est engagée, elle résiste mentalement et physiquement à la barbarie. Quand l’une lâche prise, les autres sont là pour la soutenir ; quand l’une se fait maltraiter par une garde, l’autre se lève et la défend… Un rayon de bonheur de voir que l’humanité n’a pas totalement disparu dans ces camps de la mort et surtout de comprendre que c’est cette humanité qui est le moteur de l’espoir.

L’auteur raconte également la Libération et ses retrouvailles avec les gens qu’elle a aimés. Malgré toutes les souffrances qu’elle a connues, le malheur d’avoir perdu deux frères, elle reconnaît son bonheur d’être auprès de son mari, de son fils, de ses parents… Une belle leçon de modestie.

Enfin, le livre est illustré de nombreux documents personnels d’Eva : des photos de familles, des cartes postales échangées, de très beaux poèmes qu’elle a écrits et de documents officiels, de photos soviétiques… En somme, cette lecture restera gravée dans mon esprit. Elle est un chant d’espoir et de combat pour la vie. Un remarquable récit qui ne demande qu’à être savouré.

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> A découvrir également sur ce site : Ecris, papa, écris, le livre de souvenirs de Elie Rozencwajg, le père d’Eva Golgevit.


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