>Le livre : Mon maître Ulysse, de E. Balt, éditions Persée, 243 pages, 19.50 €.
> Présentation : E. Balt a inventé une façon réjouissante et originale pour rendre les textes homériques accessibles au grand public. À travers le récit d’Eumée, nous rencontrons tous les personnages homériques pour mieux comprendre leur rôle dans l’Iliade et l’Odyssée. Mais surtout, ce livre plein d’éléments autobiographiques offre l’occasion à son auteur, après des années d’étude approfondie des textes homériques, d’avancer ses arguments concernant le vrai temps d’écriture des épopées d’Homère.
[Cette critique a été rédigée par Mathylde, auteur du blog La ballade de Mathylde que nous vous invitons à découvrir.]
> Ce livre à la forme originale oscille entre réécriture des deux épopées homériques et critique universitaire,il constitue la présentation, tantôt littéraire, tantôt théorique des arguments qu’avance Balt concernant le rôle des personnages, le temps des faits relatés et leur(s) auteur(s).
Tout commence par le départ pour l’hôpital de la mère d’un des personnages principaux, Vangélis. Celle-ci, proche de la mort, lui assure qu’elle reviendra avant qu’il ait terminé les deux épopées d’Homère. Les années passent et Vangélis reste fasciné par les récits homériques à tel point qu’on a l’impression qu’il place sa vie sous l’égide des personnages de L’Iliade et L’Odyssée. Son rêve le plus fou est de se rendre à Ithaque. Face aux refus répétés de son père, il décide de s’y rendre seul.
Sur le chemin, un dramatique accident de moto a lieu. Tandis que les médecins essayent de sauver ce qui peut l’être puisque la mort cérébrale a emporté les facultés du personnage, l’esprit de Vangélis rencontre Eumée, « le vieux porcher, envoyé des Dieux de l’Olympe », car les Dieux olympiens n’arrivent pas à trancher : si Vangélis n’est pas assez mauvais pour mériter l’enfer, est-il assez vertueux pour aller au Paradis ? J’ai d’ailleurs apprécié la pointe d’humour du narrateur à ce moment là : ii Vangélis a une seconde chance, c’est bien parce qu’il aime les Belles Lettres ! A bon entendeur…
Le livre fait alors alterner un récit encadrant (Vangélis à l’hôpital) et un récit enchâssé (la réécriture des textes homériques). La majeure partie du récit est consacrée à la réécriture des textes homériques. La fiction est sans cesse relayée par une critique qui se veut plus ou moins universitaire. Les références précises aux textes et les noms des personnages cités en grec ancien alourdissent très souvent le récit puisqu’elles se trouvent dans le corps même du texte de Balt… C’est d’ailleurs regrettable car l’ouvrage a été classé comme « littérature jeunesse »… Il me semble qu’il soit davantage destiné à un public averti, connaissant parfaitement les textes homériques.
En réalité le livre de E. Balt se compose de deux parties : une longue introduction suivie d’une exposition d’autres « arguments » visant à réfuter les thèses habituellement admises à propos des textes homériques. Ce que l’auteur essaie de démontrer, c’est que L’Iliade et L’Odyssée ne relèvent pas d’une tradition orale (il est impossible de retenir un si grand nombre de vers) mais auraient été écrits en même temps que les événements se déroulant en 1200 avant J.-C., par deux femmes que le lecteur retrouve sous les traits de Circé pour L’Iliade et de Calypso pour L’Odyssée. Homère ne serait que l’aède ayant découvert ces textes et les ayant chantés puis fait découvrir à ses contemporains.
Balt explique que L’Iliade serait une compilation de chants écrits par différentes prêtrises qui ignoraient à l’époque ce que faisaient les autres d’où les contradictions. C’est ce que l’auteur appelle la « transgression du temps ». Les incohérences des deux textes sont mises en lumière. Le rôle de Briséis serait à revoir notamment. L’auteur part également du principe qu’il est impossible que les dieux aient demandé à Agamemnon de sacrifier Iphigénie car des divinités n’exigeraient pas d’un père qu’il tue sa fille…
Pénélope est aussi présentée comme une femme infidèle, ne résistant pas aux demandes de ses nombreux prétendants. Mais Ulysse lui-même aurait insisté pour que figure plusieurs fois dans les textes la référence à la constance et à la fidélité de son épouse… Il me semble regrettable que l’on ait une telle confusion entre la vérité et la fonction d’un mythe dans cet ouvrage. Balt en donne sa version mais le rôle des mythes n’est-il pas de permettre aux hommes d’avancer dans leurs questionnements, dans leurs quêtes à travers un récit fictionnel et donc faux ? Les arguments avancés par l’auteur n’ont pas su me convaincre… Peut-être parleraient-ils davantage aux spécialistes hellénistes ?
> Extraits :
« Quand on lit un tel livre, il faut pouvoir discerner la réalité du mythe ; ces deux notions sont très importantes. La réalité, c’est la vérité. (…) Et le mythe, c’est ce qui pourrait être vrai, mais qui ne l’est pas. »
« L’Iliade et L’Odyssée furent le flambeau qui ralluma la flamme de l’hellénisme pour éclairer le monde entier. Jusqu’à présent il en reste quelques braises qui brûlent encore. »
Allez hop, dans ma PAL !