> Le livre : Minimus – Tome 1
, La saison des coquelicots et Tome 2 – Le blues des perce-neige, de Didier Vigor, éditions du Clos Morin, 572 pages et 568 pages, 23€ pour chaque tome, en vente sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Dieu, épuisé, désemparé devant les menaces que l’espèce humaine fait peser sur elle-même, décide de réduire à la taille d’insectes tous les habitants de notre planète. Pendant les vacances d’été, dans un petit village au sud de Paris, des individus doivent s’organiser en fonction de leur mutation imprévue. Ils se regroupent en communautés ; celles-ci choisissent différents chemins de vie. Puis Dieu, en accord avec d’autres puissances suprahumaines, testera à nouveau le sens moral d’Homo Minimus, désormais successeur d’Homo Sapiens, en lui faisant affronter des mantes religieuses d’origine extra-terrestre.
[Cette critique a été rédigée par Paul Sunderland, auteur du blog Sous le ciel de Sunderland]
> Ce n’est certes pas la première fois que la littérature et la bande dessinée proposent des récits d’aventures, ou à caractère philosophique, basés sur l’adaptation de l’Homme à une taille réduite artificiellement. Nous avons tous en tête Les voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, L’homme qui rétrécit (Richard Matheson), ou les exploits de The Atom, super-héros de l’écurie DC Comics (auteurs multiples !)… Nous nous souvenons aussi de récits de survie tels que Robinson Crusoe (Daniel Defoe) ou Les Robinsons du cosmos (Francis Carsac). Malheureusement, avec Minimus, nous serions plus près des Minimoys ou de Koh Lanta que des classiques mentionnés précédemment.
L’oeuvre de Didier Vigor, dès les premières pages, donne la pénible impression d’assister à un jeu de plateau, c’est-à-dire à une situation dans laquelle le lecteur connaît tous les tenants et aboutissants. Aucun mystère ne vient insuffler un tant soit peu de suspense dans une histoire cousue de fil blanc. Nous apprenons d’entrée de jeu le pourquoi de cette mutation (mais Didier Vigor, peut-être par manque d’imagination, n’explique pas au juste comment Dieu réduit en quelques heures la taille des humains).
L’auteur, dans une interview, déclare avoir écrit une saga « humaniste » basée sur des souvenirs d’enfance : dans sa jeunesse, il aimait en effet observer son environnement naturel depuis le niveau du sol, ce qui lui a permis de mieux connaître le monde végétal et animal. Pourquoi pas. Si l’idée en tant que telle n’est pas dénuée d’intérêt, le traitement « humaniste », « philosophique » de l’intrigue ne donne pourtant qu’un récit fort bavard.
Des communautés s’organisent çà et là dans cette petite commune située à une trentaine de kilomètres de Paris (devenu le bout du monde), certaines s’en sortent mieux que d’autres. Sans surprise, nous voyons que les conflits humains n’ont pas disparu suite au Grand Bouleversment : violence, convoitise. D’autres personnages vont jouer la carte de l’entraide, notamment par le truchement de personnages venus du Japon, experts en différents arts martiaux. Mais tout est téléphoné. Nous ne tardons pas à découvrir des méchants vraiment méchants : une de leurs marques de reconnaissance est qu’ils s’expriment dans une espèce d’argot venu droit des années cinquante, ce qui n’est pas très crédible. D’autres, méchants au début de l’histoire, prendront conscience de leurs nouvelles responsabilités de chefs de clan et évolueront vers une attitude plus humaine. Le problème est que, ce faisant, Vigor leur retire ce qui faisait leur charme !
Sur ces deux volumes de plus de mille pages au total, nous suivons tous les détails de la vie de ces communautés, jusque dans les plus pénibles des scènes intimes, servies par des dialogues qui sonnent faux, ne sont pas fluides et ne font qu’exprimer, le plus souvent, une niaiserie sentimentale. « Emotion » semble être un maître-mot de l’auteur, j’ai renoncé à compter le nombre de ses occurrences dans le texte. Bon sentiments à la pelle (« les amis » apparaît aussi très souvent), violence stéréotypée.
Didier Vigor semble être pressé de créer son univers : en quelques semaines, tous les personnages se sont mis à vivre comme si leur vie d’antan n’avait jamais compté ; dans une communauté « rurbaine » où les gens étaient susceptibles d’interagir assez souvent entre eux, est-ce bien crédible ? Les anciennes interactions, si je puis dire, n’ont plus court, ce qui, présentement, aurait pu fournir un intéressant ressort dramatique.
Mais l’auteur a opéré un autre choix : lecteurs omniscients, nous découvrons que Dieu n’existe pas en exemplaire unique, mais se morfond, réduit par Didier Vigor à l’état de vieillard impuissant, au sein d’une espèce de parlement d’êtres vaguement extra-terrestres. C’est à hurler de ridicule. Jésus fait également partie du casting mais, figurez-vous qu’il n’est pas le fils de Dieu (Dieu fait homme, selon la théologie, je n’ose même pas en parler), mais simplement son « prophète ».
D’ailleurs, sur terre, sur cette nouvelle planète de l’humanisme à ras de pâquerettes, il y a de gentils curés qui officient dans une « maison de prière », car, bien entendu, il n’est pas question de construire une ou des églises, et tout ce qui s’apparente à la foi vécue à l’ancienne manière, celle d’avant le Grand Bouleversement, s’apparente bien évidemment à l’intégrisme le plus abominable (« Des fous fanatiques (…) C’est un curé qui est à leur tête ! » , « (…) le père Jouxte et (…) la sœur Marie-Félicité avaient sacrifié leur pudeur sacerdotale au rite païen »). L’oecuménisme du bas est comme l’oecuménisme du haut, à tel point que c’est une espèce d’avatar de Till l’espiègle qui emporte un arbitrage démocratico-culcul-la-praline mâtiné de darwinisme bon teint, là-haut (« Nous n’agissons que pour observer et analyser le processus qui conduit les espèces que nous créons vers la ‘sagesse »), et fait en sorte que de redoutables mantes religieuses soient dépêchées sur Terre afin de tester davantage la capacité de Minimus à accomplir le bien.
Dieu, la mort dans l’âme, accepte puisque le scrutin, c’est le scrutin. Nous aurons d’ailleurs la chance d’assister à la vie communautaire de ces bestioles, y compris les rites de reproduction. Fascinant. Mais aucun mystère, ces Empouses Belliqueuses ne différant pas tellement, au fond, des humains qu’elles traquent. Mais Dieu, c’est Dieu, et nous pouvons tout de même être rassurés : dès le tout début de la saga, l’auteur nous explique que le Père a tout de même décidé d’aider le genre humain en ne rapetissant pas tout, et en fournissant aux protagonistes des armes, des matériaux utilisables. A ce tarif-là, je n’attendais qu’une chose : de bons gros massacres, du gore, des méchants fascinants parce qu’ils sont méchants, de bons gros enfoirés qui allaient mettre leur pâtée aux gentils.
Mais c’est sans compter sur le triomphe inexorable des bons sentiments et de l’esprit jeu de rôle, jeu de plateau. C’était sans compter sur le civisme. Nous savons dès l’incipit que tout finira bien, que tout s’arrangera pour les gentils. Il ne nous restera plus qu’à parcourir plus d’un millier de pages (et encore, Didier Vigor nous annonce encore deux tomes à venir…) jonchées de «les amis », « mon amour », « ma chérie », « émotion », de prouesses stylistiques (« Pour en revenir à la venue de Lajos, tu crois qu’il sera accompagné de sa compagne ? »), d’un suspense domestique insoutenable (« -Tu n’es pas allé aux toilettes, Geoffrey ! remarqua Natsumi. – Ne t’inquiète pas, ma chérie. J’ai pris mes précautions après avoir quitté Guillain. Allons-y ! ») , d’un Dieu qui se demande si l’être humain accédera un jour à la sagesse, mais n’en part pas moins en sucette (« pour Dieu, le joyau à préserver n’avait jamais été l’être humain », « Rien, mon fils. Nous ne pouvons rien faire »), sans oublier certaines prouesses orthographiques (« il va être tant de rentrer » ; à propos d’un cépage : « il était beaucoup trop jeune et il grattait quelque peu le palet »).
Je peux très bien comprendre que Didier Vigor s’inquiète du devenir de notre planète ; l’actualité quotidienne nous donne de bonnes raisons à cela. Je peux tout autant admettre qu’il éprouve le désir de développer ce qui, au départ, est un souvenir d’enfance : cette période de notre vie est très souvent une malle aux trésors, obscurs ou lumineux. Mais il aurait dû se limiter à la première version de son texte, ramassée en un seul volume. Cela m’aurait épargné l’impression de touiller, page après page, un indigeste brouet bien-pensant. Néanmoins, j’encourage l’auteur à poursuivre son travail d’écriture : il en sortira toujours quelque chose de bon pour les inconditionnels de « l’émotion » et du JT de Jean-Pierre Pernaut.
> Minimus – Tome 1
, La saison des coquelicots et Tome 2 – Le blues des perce-neige sont en vente directement sur le site de l’éditeur.
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Pourriez-vous porter sur Minimus un regard différent de celui de Paul Sunderland ?
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Paul Sunderland a la dent dure, c’est le moins qu’on puisse avancer: le terme « critique » retrouve par sa plume le sens qui lui est généralement attribué.
Critique complète d’ailleurs, mais qui indique que les mille pages lui ont été dures à avaler.
Mille pages! Je reste en admiration devant ces bêtes de sommes capables de noircir mille pages…
D’accord, je comprends que Paul Sunderland n’a pas aimé et je prends acte de cette « critique », mais :
1 – le ton utilisé est inapproprié (je reste poli) alors qu’il s’agit d’un 1er roman. Un « jeune » auteur attend des propos plus constructifs. Savoir critiquer est difficile.
2 – sortir des phrases de leur contexte pour les ridiculiser est malhonnète.
3 – se gausser des « prouesses orthographiques » d’un auteur qui se bat seul pour tenter d’éditer ses livres est mesquin. Oui, malgré toute l’attention que j’y porte, il reste des coquilles dans le texte. Tiens, je vous invite à lire le roman qui est sur ma table de chevet actuellement (« Dôme » de Stephen King paru aux Editions Albin Michel) et vous comprendrez que je ne fais pas de complexes à ce sujet.
4 – certains commentaires de Paul Sunderland me laissent perplexe. Sait-il, par exemple, que, pour les musulmans, Jésus est un Prophète et non le fils de Dieu ? J’aurai préféré de sa part qu’il me dise si le message de tolérance entre les religions que je fais passer dans mon roman est compréhensible du lecteur. Avoir une critique constructive, quoi…
5 – je voudrais comprendre l’allusion au JT de JP Pernaut ?
D’accord, je comprends que Paul Sunderland n’a pas aimé et je prends acte de cette « critique », mais :
1 – le ton utilisé est inapproprié (je reste poli) alors qu’il s’agit d’un 1er roman. Un « jeune » auteur attend des propos plus constructifs. Savoir critiquer est difficile.
Curieux raisonnement : le ton soi-disant « inapproprié » que j’emploie ne le serait plus dès lors qu’il ne s’agirait pas d’une première œuvre. Par ailleurs, si un « jeune » auteur comme Didier Vigor n’est pas en mesure de déceler tout ce qu’il y a de constructif dans ce que je pense de son texte, je n’y puis rien. Il paraît, selon lui, que savoir critiquer est difficile. Je l’encourage donc à se fixer, pour l’instant, des objectifs plus modestes : raconter des histoires moins lourdes, moins bavardes.
2 – sortir des phrases de leur contexte pour les ridiculiser est malhonnète.
« Malhonnête ». Didier Vigor ne semble pas pratiquer le fameux test de la page 99. Mais que voulez-vous, je suis un collectionneur de perles et lorsque je trouve un filon, je ne me prive pas de l’exploiter.
3 – se gausser des « prouesses orthographiques » d’un auteur qui se bat seul pour tenter d’éditer ses livres est mesquin. Oui, malgré toute l’attention que j’y porte, il reste des coquilles dans le texte. Tiens, je vous invite à lire le roman qui est sur ma table de chevet actuellement (« Dôme » de Stephen King paru aux Editions Albin Michel) et vous comprendrez que je ne fais pas de complexes à ce sujet.
Non merci, cher Vigor, gardez votre Stephen King. J’ai déjà suffisamment de lectures. Il est tout à fait exact que de plus en plus de « coquilles » ne sont pas filtrées à la relecture, ce qui est une honte pour les maisons d’édition (quelle qu’en soit la taille) et montre par ailleurs un aspect du déclin intellectuel de ce pays. Mais je ne comprends pas bien votre déclaration mélodramatique : vous vous battez « seul » ? Que deviennent toutes ces personnes à qui vous exprimez votre gratitude pour leur aide dans la rédaction de votre pavé ? Vous me pardonnerez ma réponse mesquine, ha ha. De grâce, cessez de botter en touche avec vos vendeurs de best-sellers, nous ne sommes pas ici pour parler d’eux. Autre chose : je suis le premier à commettre des erreurs de français, même si moi aussi je fais attention. Des gens me montrent ces erreurs, je les en remercie publiquement lorsque cela arrive. Manifestement, votre ego se froisse plus vite que le mien, mais peu importe.
4 – certains commentaires de Paul Sunderland me laissent perplexe. Sait-il, par exemple, que, pour les musulmans, Jésus est un Prophète et non le fils de Dieu ? J’aurai préféré de sa part qu’il me dise si le message de tolérance entre les religions que je fais passer dans mon roman est compréhensible du lecteur. Avoir une critique constructive, quoi…
« J’aurais préféré ». Ah, cette quatrième réflexion, Didier Vigor… remarquable. Mais nullement surprenante. J’ignorais que la vallée de la Juine était suffisamment islamisée, malgré quatorze siècle et quelques de royauté catholique, pour que Jésus y fasse figure de « prophète ». Heureusement que Didier Vigor, instituteur de la tolérance entre religions (n’oublions pas : dans Minimus, on y est tellement tolérant à ce sujet qu’il n’y a plus d’églises mais des «maisons de prière »), vient nous rappeler les préceptes fondamentaux du statut de dhimmi. Nul doute que par ses soins, on peut se prendre à rêver d’un doucereux progrès citoyen et « ouvert sur le monde », à dynamique sagittale (et à roulettes). Oui, votre « message » est tellement compréhensible qu’il reflète le didactisme collabo le plus répugnant, sans parler du ridicule le plus abyssal qu’il faut péniblement sonder dans ces fameuses « conversations éthérées ». A la limite, c’est tellement mauvais que ce n’est même plus une question d’islam. C’est du pseudo-Olympe pour Pokémon, du « parlement des religions » bon à nourrir la mentalité femelle des agitateurs de drapeau blanc. A la rigueur, de telles scènes peuvent contenter quelques Californiennes échouées, qui en seraient restées au Culculyoga, un cristal dans chaque main.
5 – je voudrais comprendre l’allusion au JT de JP Pernaut ?
Ah non, très cher. Sur celle-là, vous allez réfléchir encore un peu et puis, de mon côté, on m’attend, j’ai un dîner avec des amis légitimistes, monarchistes de droit divin, vous voyez…
@Didier Vigor
Cher Didier Vigor,
petite réflexion, d’auteur à auteur: quand on se prend une critique en pleine gueule, on évite d’attiser le feu, surtout s’il ne s’agit pas d’un feu de broussaille mais d’un incendie.
sentiment perso: Paul Sunderland a la dent assassine, mais il croque bien. Visiblement, vous ne faites pas le poids, mon cher… Quand je pense que vous ne comprenez pas l’allusion au JT de J.P Pernaut, j’en tremble.
conclusion: abstenez-vous de lui répondre, vous ne pourriez qu’y perdre.
@ Paul Sunderland
Vous possédez un redoutable talent de polémiste, mais, sachant qu’il s’agissait pour cet auteur d’un premier roman, vous auriez pu lui enrober votre sentiment dans du papier bonbon… Vous vous êtes fait plaisir, vous m’avez fort diverti, mais avez-vous pensé à la peine que vous lui causiez?
Bonjour Saint-Luc
Merci de vos commentaires. Rassurez-vous, j’ai parfaitement compris l’allusion aux inconditionnels du JT de JP Pernaut ! Celle sur la région parisienne qui devient le centre du monde aussi ! MDR !
Je n’aurais pas dû réagir, mais je voulais qu’il comprenne que blesser psychologiquement quelqu’un ne le grandit pas.
C’est peine perdue, bien évidemment… C’est même pour lui de plus en plus jubilatoire ! Ah ! l’anonymat du clavier…
Je suis votre conseil et l’abandonne à son plaisir.
Bien cordialement
Quand on se pique d’apprécier la culture japonaise et les arts martiaux, ce qui, manifestement, est le cas de Didier Vigor, on sait gérer ce genre de balafres. Ce n’est qu’une affaire de transposition.
La région parisienne qui devient « le centre du monde »?? Mais où ai-je parlé de cela? Et, de surcroît, ce serait là une « allusion »? A quoi donc? J’ai juste évoqué la ville de Paris devenue, compte tenu de la nouvelle taille des humains, « le bout du monde ». Ce n’est pas vraiment la même chose et on ne voit pas bien, par ailleurs, ce que cela aurait d’allusif.