« Les marques de la récidive », de Sandrine Conti

Les marques de la récidive

> Le livre : Les Marques de la récidive suivi de Nouvelles sulfureuses et de Correspondance, de Sandrine Conti, Publibook, 212 pages, 25 €.

> Le pitch : Les Marques de la récidive est un témoignage, une histoire vraie – ou presque – écrit sur le tranchant du vif de la maladie. Nouvelles sulfureuses est une tentative de transposition d’un réel trop lourd à supporter. Une échappée dans l’imaginaire. Correspondance met en évidence la difficulté à revenir à un monde réel et normal, à exprimer des sentiments, quand on a été violé par la maladie.

[Cette critique a été rédigée par Calypso, auteur du blog Aperto libro que nous vous invitons à découvrir]

 

> « Il est très difficile de parler de ce livre… »  Je crois bien que tous mes billets portant sur des récits autobiographiques pourraient commencer ainsi. Et je le dis assez souvent (d’ailleurs je me répète peut-être), je trouve plus délicat de commenter un écrit autobiographique qu’un roman fictionnel. Peut-être pas quand l’écrit en question nous laisse une très bonne impression, mais sans aucun doute quand notre avis est plus mitigé.

Hasard de calendrier, j’ai lu Les Marques de la récidive très peu de temps après Mon fils, sans cancer et moi. Le thème abordé est le même (le cancer) et, bien que celui-ci soit traité de manière complètement différente, il est évident que l’enchaînement de ces deux textes a joué sur ma lecture du second.

« Quand le monde se dérobe à soi, il faut le réinventer » (p.11). C’est par ces quelques mots que Sandrine Conti ouvre son récit, avant même de proposer au lecteur le sommaire très détaillé de son œuvre. Choix intéressant qui prouve que l’agencement de son récit participe à la reconstruction nécessaire après la maladie. De même, les titres sont réfléchis : l’auteure s’interroge dans son préambule sur leur pertinence et avoue qu’elle aurait aimé emprunter ceux d’auteurs célèbres dont elle reconnait toutefois ne pas avoir le talent. Une marque d’humilité plutôt appréciable. Sandrine Conti, si elle n’est pas le pendant féminin de Victor Hugo a en tout cas une belle plume. C’est une vraie littéraire, elle enseigne le français et son boulot la passionne. Le lecteur ne peut pas passer à côté de cette information car, c’est là le premier point négatif, elle le répète souvent.

Si j’ai trouvé la première partie du livre, à savoir Les Marques de la récidive, intéressante, je n’ai pu m’empêcher de trouver l’ensemble assez décousu. Ce n’est pas systématiquement un point négatif puisqu’après tout, l’écriture autobiographique se matérialise souvent par le besoin de coucher sur le papier ses sentiments, ses doutes, ses espoirs, sans nécessairement que cela s’accompagne d’un agencement précis. Le texte de Sandrine Conti suit le fil de sa pensée (d’où les répétitions) et elle perd parfois le lecteur en route. J’ai été perturbée également par les fréquents changements narratifs : certains passages sont écrits à la 3ème personne, ils évoquent celle que l’auteure a été. Sur le moment, je n’ai pas trouvé ce choix judicieux car il participe à la confusion générale. Puis, j’ai lu cette phrase : « Je ne me suis pas encore retrouvée » (p.104) et il m’a semblé que c’était une belle manière de justifier ce choix narratif.

Au-delà de la forme, ce qui est raconté dans Les Marques de la récidive est particulièrement poignant : la douleur physique et morale liée au cancer et en particulier à l’ablation du sein, est décortiquée, analysée, partagée. Cette femme se livre, corps et âme, et il y a tout à parier que ce genre de témoignage doit aider les femmes qui, comme elle, ont vécu la terrible épreuve du cancer. N’allez pas croire toutefois que ce premier texte est tout noir. Il est aussi question des « petits bonheurs » – un chapitre y est d’ailleurs consacré : l’amitié, les sourires, le soutien sans faille des proches…

Je vais avoir beaucoup plus de mal à vous parler de Nouvelles sulfureuses et de Correspondance, les deux textes suivants. Pourquoi ? Eh bien, simplement parce que je n’ai pas réussi à intégrer leur univers et, si j’ai bien vu le lien avec Les Marques de la récidive, je n’ai en tout cas pas vraiment compris la démarche. Pour le coup, on est vraiment dans quelque chose de très personnel, presque hermétique, je ne sais pas si c’est volontaire… Cette tentative de transformer en fiction l’histoire vécue est, à mon sens, un échec. Mais c’est un sentiment très personnel et je ne voudrais pas que mon avis vous détourne de cette lecture, si elle vous tente.

 

> Extraits :

« J’écris mon histoire sans autre but que celui de donner une consistance de papier à ma tristesse. » (p.15)

« Ce livre est une petite étincelle de mon âme, une petite étincelle de ma vie intime. Une toute petite étincelle de vie. Une lumière d’espoir.

Je commence à rêver à nouveau, à imaginer et à reconstruire ma vie en inventant, et en écrivant. » (p.108)

 

> Et s’il fallait mette une note, ce serait :

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de lire ce livre ?


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7 Responses to « Les marques de la récidive », de Sandrine Conti

  1. pyrausta dit :

    Pour avoir tenter à un certain moment de ma vie de mettre sur papier mon désarroi,voire plus (pas de maladie mais la vie ne réserve pas que ce genre d’épreuves) je peux comprendre le manque de cohésion.ça relèverait peut etre plus du journal intime mais comme l’auteur a voulu en faire une œuvre littéraire elle s’est sans doute perdue dans les méandres de l’écriture.
    En tout cas il est courageux de sa part de se dévoiler ainsi même si c’est fait maladroitement.Et peut etre ce livre aidera t il des femmes dans son cas qui se retrouveront dans ce maelström de sentiments.

  2. Miletto dit :

    J’ai lu le livre et je connais l’auteur. Je cautionne ce qui a été dit précedemment mais je me permettrai d’y ajouter quelques points dont le premier et le plus important c’est que l’auteur est en vie et pleine d’énergie et d’envie, comme celle de vivre, de rêver, de sortir, de nager…Ce temoignage est « brut de décoffrage », l’émotion monte crescendo et le lecteur mêle ses larmes à l’encre du livre. Voilà donc un beau mélange concret de sentiments et de lecture. Enfin, un roman qui n’épargne personne, oubliez les atmosphères aseptisées et les commentaires encourageants, mensongers, et les fuites en avant…la réalité est celle-ci et comment y faire face? Sandrine propose sa « recette », celle d’une femme qui n’a rien à envier à la dame de fer et tant mieux; si ce n’est sa volonté!

  3. Il est très intéressant d’avoir un point de vue extérieur sur mon livre et je vous remercie pour votre critique objective à laquelle je réponds, encouragée par Vincent Beghin.

    Le titre donné à votre critique « écrire pour guérir » est tout à fait exact.
    Je trouve très drôle de parler aujourd’hui de mon livre : ma démarche à publier et à divulguer ce récit a été hésitante : je n’ai écrit « Les Marques de la récidive » que dans l’urgence la plus absolue en commençant par rédiger le chapitre des petits bonheurs, pour mes enfants et mon mari, la veille d’une opération qui pouvait m’apporter la vie ou la mort.
    J’ai continué à écrire et j’ai publié, en moins de 6 mois, pour laisser une trace de moi à mes proches dans une sorte d’élan impulsif et vital. J’ai accepté d’aller plus loin dans mes démarches quand j’ai réalisé que ce récit pouvait aider les gens à comprendre la maladie.

    Ce livre était un testament et, aujourd’hui, je suis encore surprise d’être présente pour en parler et pour témoigner.

    J’ai écrit, obnubilée et fascinée par le livre de Primo Lévi, « Si c’est un homme ». Les douleurs se confondent…
    C’est ce qui explique la structure de mon premier récit à la fois roman autobiographique et journal intime écrit par « ordre d’urgence » pour une « libération intérieure » dans « la violence d’une impulsion immédiate » d’où les répétitions. Celles sur mon métier sont compréhensibles : mon monde social a été remplacé par un univers de recluse (volontaire).
    La chose la plus difficile était de faire comprendre la perte de soi : c’est effectivement pour cela, que j’ai voulu marquer l’éloignement « de l’être que j’appelle moi », (Marguerite Yourcenar, « Souvenirs pieux »). Le « elle » au lieu du « je » est une façon de souligner le rejet nécessaire d’un souvenir traumatisant pour pouvoir entrer en résilience.

    J’aurais aimé n’être qu’un personnage de roman…

    Quant au recueil des « Nouvelles Sulfureuses », je l’ai écrit dans le même temps et publié dans la foulée : je voulais alléger le récit précédent tout en restant fidèle à mon engagement. Beaucoup de personnes m’ont dit avoir apprécié ces nouvelles plus que le premier récit…
    Le recueil s’ouvre sur l’amour, comme vecteur essentiel de vie, et s’interroge sur la condition humaine.
    J’étais entre amour et mort : j’avais besoin de vivre par écrit les sentiments sublimés de l’amour pour trouver l’énergie de combattre la mort.

    C’est ce qui donne au récit épistolaire suivant,
    « correspondance », cette structure baroque : il y a beaucoup d’autodérision dans cet écrit : je me moque des apparences et de l’impossibilité de communiquer à l’heure du tout numérique. Je me suis amusée avec les détours du langage comme avec les détours de la vie. A travers ces mails à moitié vrais et à moitié factices, je voulais montrer qu’il était difficile de dire la maladie mais qu’il fallait accepter le réel pour se reconstruire.
    J’ai accepté de perdre l’amant imaginaire que j’avais crée pour accompagner ma solitude de malade dans mes heures de souffrance. Convalescente, il fallait que je me retrouve pour conserver l’amour de mon mari et ses bras. Je voulais que ma vie de femme reprenne tous ses droits.

    Avoir un cancer tue en silence. Je suis morte deux fois. J’aime la vie.

    J’ai écrit pour rester vivante, tout simplement, sans me poser d’autres questions que celle, très essentielle, de conserver une joie de vivre et de la partager avec les lecteurs qui voudront bien me pardonner -je n’ai pas facilité la lecture- s’ils ont le courage de me lire.
    Sandrine Conti
    http://sandrine-conti.publibook.com

  4. tilly dit :

    Bravo Sandrine.
    Merci Vincent d’avoir encouragé ce beau commentaire éclairant.
    Ce que vous y exprimez mériterait de figurer en avant-propos d’une réédition, ou encore mieux d’être intégré à un prochain travail d’écriture ?

    • Merci à vous tous pour vos commentaires: je n’en attendais pas d’aussi tolérants. Je suis assez critique sur mon écrit…j’y vois les imperfections…
      Pour l’instant, je me consacre avec bonheur à ma vie retrouvée et hyperactive: j’ai beaucoup de projets … dont celui de me servir de cette première expérience pour faire écrire mes futurs élèves sur « les mots du corps » ou du « corps à l’oeuvre » et faire une anthologie de leurs textes.
      Des écrivains et des danseurs connus vont peut-être accompagner cette démarche…si j’arrive à valider ce dossier.

      En vérité, je n’ai pas éprouvé à nouveau l’envie poignante d’écrire même si, il est vrai, j’aimerais renouveler l’expérience dans un autre contexte…avec un autre objectif que celui de témoigner mais toujours avec l’envie de respecter mes engagements.
      Alors,se pose la question de savoir si « Les marques de la récidive » est ma première et dernière oeuvre « ouverte » ou non…il me faudra et il me faudrait un peu de temps…

  5. Cmaing dit :

    Pour ma part, j’ai aussi eu l’occasion de lire ce beau récit, une écriture à la fois pudique et transparente, celui d’une femme faite d’entousiasme, d’énergie et de volonté. Une femme qui crie sa peur, sa douleur mais aussi sa rage de vivre.

  6. calypso dit :

    Quel beau témoignage, merci. Il est vrai que si j’ai eu beaucoup de mal à apprécier l’ensemble de vos textes, Les marques de la récidive m’a fait forte impression.
    Figurez-vous, puisque vous en parlez, que le chapitre concernant les petits bonheurs est celui qui m’a le plus marquée et, lors de la lecture, je me suis même demandé s’il n’avait pas été rédigé « à part »…
    Vous respirez la joie de vivre, cela fait plaisir à voir. J’espère que vos écrits aideront les femmes qui ont à subir la même épreuve. Bonne continuation !

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