> Présentation : En pleine expansion coloniale, en pleine rivalité franco-anglaise, en plein XIXe siècle, un tout jeune peintre, Louis Dumoulin, claque la porte de l’atelier de son Maître, Benoît Chancel. C’en est fini pour lui des angelots et de ce style accadémique dépassé. Cet ami de Verlaine veut peindre librement. Avide de voyages, il accepte des commandes officielles qui l’amèneront à découvrir l’Egypte, le Japon, la Cochinchine. Michel Loirette nous emmène sur les traces de ce garçon talentueux.
[Cette critique a été rédigée par Lodi, auteur de Die Kuhzeitung que nous vous invitons à découvrir.]
> Qui connaît Louis Dumoulin ? Sans doute pas grand monde. Cet intime de Verlaine, ami de Van Gogh et de Jules Verne, « peintre des colonies » a à peu près disparu des livres d’Histoire de l’Art. Personne ne s’intéresse plus à l’orientalisme un peu suspect du XIXe. Suspect, parce qu’il y règne un colonialisme non dissimulé, et que le colonialisme, tout le monde le sait, c’est le mal.
Pour ma part, j’ai été ravie de retrouver parmi les personnages principaux de ce récit l’une des mes récentes découvertes littéraires, Pierre Loti, cet auteur de « roman à l’eau de rose qui a eu ses heures de succès auprès des vieilles dames » (dixit le libraire de la librairie française du coin, lorsque je suis venue lui demander il y a un an s’il avait du Pierre Loti en stock). J’aime les retrouvailles fortuites au gré des lectures et, même si le style un peu précieux de Pierre Loti m’avait alors peu convaincue, j’ai été heureuse de mieux apprendre à connaître cet auteur fantasque, et suivre ses pérégrinations dans le désert egyptien m’a donné envie de lire à nouveau quelque chose de lui. Cette lecture prendra un tout nouvel éclairage.
J’ai dit que j’aimais les retrouvailles fortuites. J’aime aussi joindre l’utile à l’agréable. De ce point de vue, je ne pouvais qu’être amplement contentée par cette « biographie romancée ». L’auteur, Michel Loirette, après de nombreuses recherches, s’est trouvé en possession de trop peu de matériel pour écrire un ouvrage scientifique ou une biographie dans les règles de l’art. Ne voulant pas pour autant lâcher complètement son sujet, il a choisi ce style romancé, libre et, finalement, très personnel. Tant mieux pour nous.
Ni biographie, donc, ni roman historique, nous suivons Louis Dumoulin de janvier 1886 (le jour où il claqua la porte de l’atelier de son Maître) à l’Exposition Universelle de 1990 (pour laquelle il réalisa une fresque monumentale, le Tour du Monde). Nous revivons ainsi avec lui les débuts et l’apogée de « Monsieur l’Artiste ».
« Je ne me suis jamais considéré comme un génie, tout au plus comme un artiste compétent. » Ces mots que Michel Loirette place dans la bouche de Louis Dumoulin, il semble les avoir fait siens. Sans se lancer dans la grande littérature, il nous livre un roman bien ficelé, agréable à lire et très documenté. Lui aussi est sans nulle doute un « artiste compétent ».
> Extrait
« - C’est affreux ce que vous me dites là ! Si j’ai bien compris, vous avez volontairement tiré un trait sur votre génie pour de l’argent ! Pour de simples toiles de fond destinées à des expositions mercantiles !
- D’abord, je ne me suis jamais considéré comme un génie, tout au plus comme un simple artiste compétent qui connaissait toutes les ficelles de son métier. Mais ces commandes de grande envergure me donnent de l’aisance, de la liberté pour peindre comme je l’entends, sans me soucier des contingences matérielles. N’est-ce pas le plus important ?
- Peut-être pour vous, mais cela manque cruellement de romantisme. Ce n’est pas la vie de bohème des artistes, si étrange et fascinante que je me plaisais à imaginer.
- Le romantisme, la bohème, je m’en contrefiche. J’ai trop bien connu ces peintres, ces poètes qui tiraient le diable par la queue, vivaient dans des soupentes ou dans d’infâmes garnies. La misère n’est jamais fascinante. Elle est sordide, malsaine, ignoble. Je pense à Paul Verlaine qui malgré son génie mourut dans une pauvreté que l’on a du mal à croire, et à Van Gogh que j’aimais tant et qui mis fin à ses jours à Auvers-sur-Oise, sans qu’un marchand de tableaux daigne s’intéresser à lui. »
C’est toujours avec un sentiment mêlé d’inquiétude et de plaisir que l’auteur prend connaissance du jugement porté sur son travail.La publication d’un roman est souvent le résultat d’un parcours complexe, difficile (choix de l’éditeur,refus, acceptation, correction du manuscrit, diffusion etc.)Ce que l’écrivain ignore la plupart du temps, c’est le devenir de son ouvrage. Connaîtra-t-il un certain succès ? Sera-t-il apprécié par ses lecteurs ? Une analyse par une personne extérieure est un élément fondamental pour l’écrivain, car elle fournit un éclairage original sur son oeuvre.
Je remercie vivement la personne qui a bien voulu consacrer son temps à la lecture de mon livre.
C’est toujours avec un sentiment mêlé d’inquiétude et de plaisir que l’auteur prend connaissance du jugement porté sur son travail.La publication d’un roman est souvent le résultat d’un parcours complexe, difficile (choix de l’éditeur,refus, acceptation, correction du manuscrit, diffusion etc.)Ce que l’écrivain ignore la plupart du temps, c’est le devenir de son ouvrage. Connaîtra-t-il un certain succès ? Sera-t-il apprécié par ses lecteurs ? Une analyse par une personne extérieure est un élément fondamental pour l’écrivain, car elle fournit un éclairage original sur son oeuvre.
Je remercie vivement la personne qui a bien voulu consacrer son temps à la lecture de mon livre.