« Lorraines », de Gabriel Eugène Kopp

lorraines

> Le livre : Lorraines, de Gabriel Eugène Kopp, éditions Flammes Vives, 118 pages, 15 €, en vente sur le site de l’éditeur.

> Présentation : Recueil de poésie. L’auteur nous transporte à travers les lieux, mais aussi dans les méandres du temps. Vous serez happés par une force étrange qui vous conduira au cœur d’une substance parfois tendre, parfois brutale, glaciale même. Un long moment auréolé d’impressions étranges, parfois contradictoires sur la vie, les souvenirs, sur une région environnée d’une grisaille de façade.

[Cette critique a été rédigée par Amélie du blog leslecturesdamelie que nous vous invitons à découvrir]

 

Les Agents littéraires m’ont envoyé ce petit livre il y a quelques jours. Ils étaient à la recherche d’un(e) lecteur(trice) qui accepterait de lire et de parler de ce recueil de poèmes un peu particulier. Je ne lis que très peu de poésie (je dois en avoir deux ou trois recueils seulement chez moi, c’est dire !), mais je suis toujours ouverte à ce qui m’est étranger. Et là, c’était l’occasion, parce qu’en général, je suis tentée, mais le livre est susceptible de terminer au fin fond d’un carton et de n’être jamais lu. Il me fallait donc une motivation sérieuse, et elle était toute trouvée ici, grâce à ce partenariat.

Eh bien, je n’ai pas été déçue.

 

> Sur la forme tout d’abord, il s’agit d’un recueil de poèmes en trois parties, dont le thème central est la Lorraine (comme son titre l’indique), et plus particulièrement les mines (comme la photo de couverture l’indique également). Les poèmes sont visuellement assez classiques, avec des strophes plus ou moins longues et des vers variés en termes de nombre de pieds et de structure. On est donc loin ici des alexandrins ou des formes classiques, et j’avoue que ce point au départ m’a quelque peu perturbée. Déjà que je lis très peu de poésie, alors si, en plus, on me brouille mes repères…

Mais là, j’ai été séduite. Les poèmes sont courts, souvent sur une page, et certains d’entre eux semblent être construits en deux temps, ou pouvoir se lire de deux façons différentes, soit linéairement, soit verticalement. C’est assez étrange, mais j’ai lu des deux manières, et dans les deux cas, on découvre le texte sous un jour nouveau, avec une atmosphère et un sens différents en fonction du sens de lecture. C’était comme un de ces jeux d’énigmes où les mots changent de signification en fonction du contexte ou de la forme qu’ils prennent sur le papier… Je me suis prise au jeu, et avoue avoir été presque déçue de ne pas en trouver plus avec cette construction. Et puis, dans ce recueil, il y a aussi des petites surprises, notamment dans la deuxième partie, où le dernier texte donne enfin son sens à tout ce qui précède…

Sur le fond, maintenant… J’ai dû lire à haute voix les textes pour pouvoir y entrer. Parce que pour moi, la poésie est un art oral, tout autant que la chanson. Je me suis rendu compte que ce qui me « barbait » dans la poésie en général, c’est que souvent, je n’y comprends rien. Certaines figures de style sont trop abstraites pour moi. Mais (et peut-être est-ce dû au fait que cela fait longtemps que je ne m’y étais pas remise), ici, c’est tout différent. J‘ai eu une impression bizarre en lisant ces poèmes, où la musique des mots m’emportait bien plus que les mots eux-mêmes. Et j’ai alors savouré ces textes avec beaucoup de bonheur.

Alors, bien sûr, je n’ai pas tout compris à la première lecture. Mais j’en ai relu certains, deux fois, trois fois, en me laissant porter par la musique et par les mots, et des images sont nées, allant bien au-delà des mots eux-mêmes. Tout un univers est apparu devant mes yeux, à l’évocation de ces gueules cassées, de ces trous, de cette noirceur, mais aussi des saisons, des jeux d’enfants… Le ton est assez noir, voire pessimiste, sans se départir pour autant d’une petite lumière qui éclaire la scène… Est-ce pareil pour tout poème ? Je ne suis pas assez familière de ce genre pour l’affirmer.

En tout cas, la magie des mots et leur musique ont opéré en moi. J’ai pour le savoir un indicateur imparable : un livre m’ennuie si je compte les pages qui me restent avant la fin, si je veux savoir la fin avant d’y être arrivée… Alors bien sûr, avec un recueil de poèmes, c’est un peu différent, mais si j’ai vu défiler les pages, ce fut en me disant qu’il était bien dommage d’arriver si vite à la dernière…

 

> Extrait : Écologies

 

Homme

Te souviendras-tu ?

Que la haine

Est plus qu’un sentiment ?

Mais art très consommé à créer le tourment

Pour l’âme écartelée et le coeur sur le gril,

Et les délicieux chants

Désaccordés

D’un long nerf sur un fil

 

Te souviendras-tu

Homme

De plumer le rossignol qui chante

D’arracher à son sol la fleur encore naissante

De détourner le fleuve d’entre toutes ses rives

De placer aux nuages la joie radioactive

De construire chaque jour une ville de plus ?

 

Dans tes usines mortes de produire pour la mort

Vingt mille

Chars d’assaut

Et cent mille machines encore

Automobiles

De plus ?

T’en souviendras-tu ?

 

Des végétaux suicides ?

Des insectes de guerre ?

Et des virus canons ?

Pour tout foutre par terre

Et pour tout enterrer

Si ce n’est déjà fait

 

Oui, elle t’aidera,

La haine

Homme de grande foi

Souviens-toi donc

Encore un effort

Oui, voilà !

De la haine de toi.

 

>Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Lorraines, de Gabriel Eugène Kopp est en vente directement sur le site de l’éditeur.

 

> Qu’avez-vous pensé de cette critique et de l’extrait proposé ? Vous ont-ils donné l’envie de découvrir ce livre ?

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