> Le livre:Les merveilleux nuages de Françoise Sagan, lu par Sophie Chauveau (2 CD MP3), éditions Thélème, 24 €.
> Présentation : Josée a épousé Alan, un peintre américain, qu elle croyait « bien tranquille ». Mais l’oisiveté cède le pas à la manipulation mentale, quand Alan laisse dériver ses fantasmes jusqu’à l’aveuglement, et que la jalousie devient le filtre de son amour. Épuisée et amère, Josée fuit la Floride pour retrouver Paris et son ancienne liberté. Elle est en proie à des sentiments contraires, où l’attachement et la lassitude tiennent la première place.
[Cette critique a été rédigée par Cynthia, auteur du blog contesdefaits que nous vous invitons à découvrir]
> Comme souvent chez Sagan, le titre de ce roman est emprunté à un homme de lettres qui fait l’objet de son admiration.Les merveilleux nuages sont ainsi tirés du poème L’étranger de Baudelaire :
« Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ? – Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère. – Tes amis ? – Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu. – Ta patrie ? – J’ignore sous quelle latitude elle est située. – La beauté ? – Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle. – L’or ? – Je le hais comme vous haïssez Dieu. – Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »
« Les merveilleux nuages » évoquent un amour dévorant, inépuisable, dans lequel s’enlisent mari et femme. Alan est prisonnier de son amour maladif, absolu pour Josée à qui il ne laisse pas le moindre répit. Josée souffre de la situation mais ne se décide pas pour autant à le quitter, refusant d’être un prétexte tout trouvé à la décrépitude de son mari. Elle voudrait tant qu’il puisse exister sans elle.
Il ne semble guère exister d’amour heureux chez Sagan. Les romans que j’ai pu lire jusqu’à présent font état de couples dont l’amour ne tient qu’à un fil tant il se veut bien souvent dicté par des motifs futiles. Les personnages de Sagan ont a priori tout pour être heureux : oisiveté, soleil, beauté, insouciance et assez de temps pour ne penser qu’à eux-mêmes. Et pourtant, les couples se font rapidement posséder par l’ennui, se déchirent et ne prennent fin que lorsque l’un des deux partenaires est définitivement à bout. Les ruptures ne sont jamais faciles, même lorsqu’elles sont l’évidence même.
Pas de préambule, le couple présenté au départ de chaque roman est pour ainsi dire condamné dès la première ligne, emprisonné dans ce huis-clos que l’auteure affectionne tant. Le reste du roman visera à déterminer qui se lassera le premier et de quelle façon il quittera l’autre (et pour qui). Le soleil, les fréquentations et distractions de la vie parisienne ne sont qu’illusions destinées à mettre en relief cette longue agonie qu’est le couple chez Sagan.
J’ai été happée (effrayée aussi !) par ce récit lancinant, à l’ambiance toujours tendue, qui laisse une large place aux dialogues acerbes échangés entre Alan et Josée. Chacune des phrases d’Alan semble être un piège destiné à confondre Josée. De son côté, Josée pêche par désespoir, s’échappant dans les bras d’autres hommes, se raccrochant en vain à cet amour qui l’exténue de plus en plus, en attendant l’impulsion qui la fera définitivement partir.
J’ai beaucoup aimé le timbre et le rythme vif choisi par Sophie Chauveau pour coller au phrasé fugitif de Françoise Sagan ! En faisant quelques recherches, j’ai appris que le personnage de Josée était déjà présent dans le roman » Dans un mois, dans un an« . N’ayant pas encore découvert ce titre, je n’ai toutefois pas eu l’impression de lire ici une suite.
> Et s’il fallait mettre une notre, ce serait : (mais suis-je vraiment objective concernant Sagan ?)
> A découvrir : une vidéo dans laquelle Sagan évoque son roman
> Les éditions Thélème proposent un vaste choix de livres audio, parmi lesquels Thomas Drimm de Didier van Cauwelaert, La cité de verre de Paul Auster et Misery de Stephen King, déjà chroniqués sur ce site.