« L’île des valeureux & autres nouvelles » de Barbara Busquet, Pierre-Olivier Caussarieu, Armandine Chasle, Cyrille Cléran, Arnaud Génois, Nicolas Maier et Michèle Souchet-Gavel

L’île des valeureux & autres nouvelles

> Le livre : L’île des valeureux & autres nouvelles de  Barbara Busquet, Pierre-Olivier Caussarieu, Armandine Chasle, Cyrille Cléran, Arnaud Génois, Nicolas Maier, et Michèle Souchet-Gavel,  éditions de la rue nantaise, 130 pages, 15 €, en vente sur le site de l’éditeur.

> Présentation: Barbara Busquet, Pierre-Olivier Caussarieu, Armandine Chasle, Cyrille Cléran, Arnaud Génois, Nicolas Maier et Michèle Souchet-Gavel sont ici réunis dans une anthologie de nouvelles très éloignées des thématiques à la mode, telles que le taux de croissance, le prix des matières premières, l’insécurité des banlieues, la xénophobie rampante, les frontières de l’Europe ou l’élection d’une énième nouvelle star. Dans ce recueil, il sera plutôt question de la mort, du deuil, de l’espoir, des temps passés et à venir, de la tristesse et de le métaphysique des libellules.

[Cette critique a été rédigée par Verobleue, dont vous pouvez retrouver l'ensemble des critique sur Babelio]

 

> Je suis sur la plage, ciel couvert mais température estivale. Encore ce format cahier d’écolier que j’affectionne. Cette fois-ci, le livre est ouvert par hasard, lecture aléatoire.

Je commence par « Voilà la maison que j’ai trouvé pour toi » de Michèle Souchet-Gavel. Triste, mais j’ai adoré ! A peine une page et demie, une vraie nouvelle, courte, qui exprime en si peu de mots tant de sentiments. J’ai été scotchée par la justesse des termes et  par la véracité des perceptions.

Dans cette nouvelle, la vieillesse est vécue de l’intérieur, quitter la maison pour le home. « Son corps s’était tassé de plus en plus lourdement dans le creux de son lit, ce corps si gourd maintenant et qui lui obéissait chaque jour un peu moins. Une tasse qui vous échappe…le café qui tache la nappe et qu’on peine à essuyer…ces marches de semaines en semaines plus hautes…l’univers qui peu à peu se rétrécit. De la chambre à la cuisine, de la cuisine au lit…la chanson de Brel qu’elle avait si souvent fredonnée, voilà qu’elle l’assaillait et lui renvoyait une réalité qui deviendrait, qui devenait la sienne. » J’adore ce mot « gourd », il exprime si bien la sensation ressentie par la vieille dame.

J’ai eu envie de continuer avec le même auteur : « Momo » est arrivé ! Une page et deux lignes…Phrases courtes, mitraillées, brutes. « On », c’est qui « on », c’est moi, c’est toi, c’est tout le monde… C’est personne. Momo, qui c’est ? C’est personne. C’est tout le monde. « Alors, on passe à côté de Momo et on lui donne un petit quelque chose, mine de rien. On est comme ça dans le quartier, on n’est pas curieux mais on a le cœur sous la main ».

Une autre : « Trio infernal ». Trois meilleures amies  se retrouvent. Amitié vieille de 15 ans. Un hasard ? Tous les sentiments de l’adolescence affleurent à la surface, crèvent la platitude de la vie des adultes devenues. Cela laisse un goût amer en bouche. « A cette époque, notre vraie famille à toutes les trois, c’était donc notre trio. Une famille complètement recomposée parce que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on venait d’univers différents mais comme on ne les évoquait jamais, ça ne posait pas de problèmes entre nous. Avec la simplicité de l’adolescence, nous pensions accorder plus d’importance à l’amitié qu’au prix d’une tenue vestimentaire et de toutes façons, nous portions à l’intérieur  de l’établissement un uniforme qui nous mettait à égalité, du moins apparemment ! »

« Lettre à une ombre » suivie de «  Rendez-vous », encore du même auteur. Ultra courtes. Une touche d’humour comme une pointe de pastel pour illuminer la grisaille de la réalité. « Fond de ruelle », « L’arbre creux », « Le chemin » terminent les huit nouvelles de Michèle Souchet-Gavel que j’ai dévorées avec un plaisir évident.

Bon, à qui le tour ? Cyrille Cléran, une pointe de machisme dans tous ses sentiments. Je commence « Le poids des lustres ».

« Je regardais la mer, assis dans mon fauteuil lorsque ma seconde épouse m’a hélé. [...] Tu peux m’apporter mes lunettes, s’il te plaît, j’ai dû les laisser quelque part sur mon bureau. Ou près de la porte de la salle de bain [...] Tu peux aller me chercher mon papier à lettres ? Il est dans la bibliothèque, dans le tiroir où je range mes cigares. [...]  Elles ne sont pas dans ton tiroir ! entendis-je. Alors c’est qu’elles sont sur la table de la chambre et pendant que tu y es, sers-moi une limonade s’il te plaît, s’il en reste ! »

Hum… Puis, au fur et à mesure de la lecture, la dure réalité de la vie revient vers vous comme un boomerang. « C’est ainsi que la terre prit la forme d’une banane » termine « Avant la terre » de Cyrille Cléran. Bon sang ne saurait mentir, me dis-je en souriant. Moi aussi, j’ai la banane !

Je ne vais pas passer en revue toutes les nouvelles. Je vous laisse le soin de les découvrir.

La couverture est d’un bleu lumineux avec un dessin reprenant plusieurs des thèmes de ces nouvelles. Le bateau de l’Ile des valeureux d’Arnaud Gênois qui  donne son nom au recueil, avec l’enfant de « L’arbre creux » de Michelle Souchet-Gavel, la libellule de Pierre-Olivier Caussarieu et le meuble aux poignées d’or et la banane de Cyrille Cléran.

Véritable coup de cœur pour ce recueil. Je ne vais pas prétendre que j’ai tout aimé. L’existentialisme des libellules m’a laissée un peu froide, mais rien ne m’empêche de reprendre ce petit livre plus tard et de reconsidérer la question.

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> L’île des valeureux & autres nouvelles est en vente sur le site de l’éditeur.

 

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir L’île des valeureux ?


 

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2 Responses to « L’île des valeureux & autres nouvelles » de Barbara Busquet, Pierre-Olivier Caussarieu, Armandine Chasle, Cyrille Cléran, Arnaud Génois, Nicolas Maier et Michèle Souchet-Gavel

  1. Merci pour cette lecture attentive de ce petit recueil (important pour quelques auteurs). Quant aux libellules, dont la portée des pensées échappe aux filets trop peu resserrés, ne vous en faites pas. La prochaine fois : on abordera la métaphysique des scarabées.

  2. Souchet_Gavel Michèle dit :

    Des personnages qui vivent tapis en secret depuis longtemps au bout de ma plume , qui prennent un jour une dimension nouvelle en partant en voyage sur l’Ile des Valeureux … et puis l’émotion intense de découvrir ces mots qui disent qu’une lectrice qui ne me connaît pas a tout compris!
    Un grand merci
    Michèle Souchet_Gavel

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