« Les villes englouties », de Raphaël Baroni

Les Villes englouties

> Le livre Les Villes englouties, de Raphaël Baroni,  éditions Antipodes, 195 pages, 20 €.

> Présentation : Serions-nous encore un être moral si nous possédions un pouvoir consistant à nous faire oublier des autres et de nous-mêmes ? Si nos aspirations contradictoires trouvaient leur satisfaction, serions-nous encore capables de discerner le rêve de la réalité ? La lecture est-elle une contagion et partageons-nous les crimes que nous lisons? A quoi ressemblerait la mort si nous pouvions lui serrer la main ? La perte du langage serait-elle un retour au Paradis, une Chute ou autre chose par-delà le bien et le mal ? Oscillant entre essais et contes, ces récits explorent des régions inaccessibles à la raison, comme une pensée itinérante faisant glisser ses concepts, les faisant déborder le temps d’un voyage dans des villes englouties.

[Cette critique a été réalisée par Mathylde, auteur du blog La ballade de Mathylde, que nous vous invitons à découvrir.]

 

>Premier ouvrage fictionnel de cet universitaire suisse, professeur associé à l’Ecole de Français langue étrangère à Lausanne,  Les Villes englouties est un recueil de huit récits somme toute assez hybrides, entre les contes, les nouvelles et les essais qui soulèvent des questions théoriques à propos de la littérature notamment sur le rôle du lecteur. Raphaël Baroni place chacun de ses récits sous l’égide de différents auteurs, très hétéroclites tels que Héraclite, Wittgenstein ou encore Houellebecq,  grâce à des citations placées en exergue des textes.

Ces textes dessinent la carte d’un voyage, celui du lecteur, dans différentes villes du monde comme Bangkok, Genève, Paris ou encore Païlin. Ce périple évoque l’étranger, l’étrangeté même, l’inconnu même si certaines nouvelles se passent en Suisse romande. Le lecteur a l’impression que les villes font naître la fiction, qu’elles en sont à l’origine. Genève est ainsi la ville qui évoque la culpabilité (Calvin y est bien sûr pour beaucoup)

Narratologue, Baroni a évidemment réfléchi sur toutes les composantes du récit et sur les pouvoirs de l’imagination. Il redéfinit la fiction et en fait ce qui peut arriver voire ce qui pourrait arriver dans un futur plus ou moins proche. L’une de ses nouvelles, Paris (projections) est d’ailleurs rédigée au futur.

Le récit que j’ai préféré est incontestablement Milan-Rome (bilocation) qui réfléchit sur l’ambivalence, sur la dualité qui habite un personnage, à la fois bibliothécaire au Vatican et designer industriel, tout en étant marié et célibataire. Il se demande donc tout au long de la « nouvelle » quelle est l’existence réelle et quelle forme prend l’existence rêvée. Cela n’est bien sûr pas sans évoquer le célèbre « Je est un autre » rimbaldien.

Si je devais trouver une métaphore pour désigner cet ouvrage, j’évoquerais l’idée du labyrinthe… De nombreuses fois, le lecteur se perd, croit retrouver son chemin et est nouveau perdu dans les méandres du sens recherché. Entre solitude, dualité, présence de la mort, des génocides, le récit explore cette fameuse « inquiétante étrangeté » qu’est l’altérité.

Il est évident que cet ouvrage est très bien écrit, qu’il est organisé de façon intelligente et qu’il est probablement l’aboutissement de longues recherches littéraires, mais qu’il est également destiné à des lecteurs avertis et rompus à se confronter avec des questions théoriques… Les références sont nombreuses mais, il faut le reconnaître, un peu élitistes… L’auteur en a conscience d’ailleurs et donne parfois la référence de façon explicite. La nouvelle Milan-Rome (bilocation) peut être lue comme une réécriture de La Modification de Michel Butor.  Loin d’être un simple divertissement, il propose plutôt des pistes de réflexions sur l’être, le monde, le langage, la lecture…

 

> Un site à visiter, celui crée spécialement pour la publication de l’ouvrage : http://www.lesvillesenglouties.com/

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait: .


 

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