« Le train sous la neige », d’André Gardies

Le train sous la neige

> Le livre : Le train sous la neige, d’André Gadies, édition de la Mouette, 175 pages, 16 € en version papier, 8 € en téléchargement, en vente directement sur le site de l’éditeur.

> Le pitch : Un autorail est bloqué par la neige en montagne. Un homme étrange en descend et s’éloigne dans le brouillard. Il erre longtemps et finit par trouver refuge dans une maison qui semble abandonnée. Ce qu’il va découvrir dans cette demeure va bouleverser sa vie…

[Cette critique a été rédigée par Tilly, du blogue de Tilly dont vous pouvez découvrir le portrait sur ce site.]

 

> Aïeee ça va pas être facile… Pourtant, le roman d’André Gardies démarre bien, j’ai trouvé.

L’image de couverture et le synopsis en quatrième sont fidèles à l’ambiance très cinématographique des premiers chapitres : un film des années 60, en noir et blanc, un fugitif, une ambiance à la Boileau-Narcejac hésitant entre onirisme et réalisme, très prometteuse…

Le style est impeccable, précis et très descriptif, peut-être trop, justement, pour que le mystère et les tourments psychiques du héros, Fernand Maugrain, s’installent durablement, et m’intriguent au-delà de la moitié du roman. Assez vite, je n’ai plus adhéré à la réalité psychologique des personnages, surtout féminins.

Je le reconnais volontiers, je ne suis pas une bonne cliente pour les histoires de possession, de magie noire, ou de vaudou, même quand la fragilité du sujet est motivée, et bien expliquée, comme ici. André Gardies joue un temps sur l’ambiguïté de l’interprétation des situations : son héros fantasme-t-il son aventure, ou bien est-il la victime complaisante de nouvelles Louves ? Mais l’auteur choisit et explicite, trop vite à mon goût, l’une des deux voies pour orienter son scénario. Je ne dirai pas laquelle, juste que ce n’est pas celle que je préfère !

Pourtant, je retiendrai pour leur force et leur écriture, plusieurs scènes remontées de la mémoire douloureuse de Fernand Maugrain. Il y a le bizutage du petit pensionnaire venu de la campagne. Toujours enfant, l’accident de barque et la noyade juste évitée. Plus tard, la fascination pour un grain de beauté  au visage d’une compagne, la folie violente qu’elle entraîne. Des scènes difficilement supportables de la guerre d’Algérie, de ses atrocités. Des réflexions originales sur le portrait photographique, le masque, qui sont pour l’auteur beaucoup plus que des représentations inertes. Chacune de ces histoires cruelles ferait à elle seule un point de départ romanesque intéressant, dans un recueil de textes courts.

Ce qui n’a pas bien fonctionné pour moi, c’est le montage, la progression de l’histoire, son découpage. Néanmoins, j’ai été sensible tout au long du roman à la tenue du style, et à l’attachement affectif de l’auteur pour son personnage principal, particulièrement dans ses grands moments de faiblesse. Pour moi, cela signe le plaisir d’écrire authentique et jubilatoire d’André Gardies.

Un léger bémol encore, concernant la présentation du livre. Édition de la Mouette s’appuie sur le système d’impression à la demande lulu.com. Très bien, mais y a-t-il un contrôle du fichier numérique imprimable par l’éditeur, ou bien tout repose-t-il sur l’auteur, comme pour une autoédition pure et simple ? J’ai été un petit peu gênée par le côté peu littéraire de la mise en page de l’ouvrage. Quelques unes des normes de présentation de base ne sont pas respectées. Ainsi, les pages précédant le début du texte proprement dit ne devraient pas être numérotées. Le titre et le nom de l’auteur qui courent en hauts de page ne se justifient guère, puisqu’ils ne changent jamais. La pagination serait mieux venue en milieu de bas de page.  Mais puisqu’il s’agit d’impression à la demande, des corrections cosmétiques doivent pouvoir être apportées à tout moment sans grever beaucoup le budget d’édition, non ?

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Le train sous la neige est en vente directement sur le site d’Edition de la Mouette.

 

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir Le train sous la neige ?

 

 

 

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4 Responses to « Le train sous la neige », d’André Gardies

  1. SAINT-LUC dit :

    Merci à Tilly (enfin de retour en France, on a du pot !) de m’avoir fait découvrir qu’un éditeur pouvait s’appuyer sur Lulu. Là, je tombe des nues: si l’éditeur ne réalise pas une mise en page pro et ne confie pas ensuite à un imprimeur, quel est son rôle, à part trouver une illustration (très belle au delmeurant) et mettre en vente sur son site web ?

  2. tilly dit :

    il fait déjà trop chaud (33° à Paris, France) pour risquer de faire monter encore plus le mercure par nos discussions… je vais juste dire que Pierre Lasne m’a déjà jugée bien sévère quant à son rôle (en commentaire sur mon blog)

     » Je suis l’éditeur de ce livre. Il a nécessité beaucoup de travail en collaboration avec l’auteur. Je ne suis absolument pas d’accord avec ce que vous appelez le bémol. Lulu.com fabrique les livres que j’édite, et je me sers (entre autres) de leur site pour vendre. C’est tout. Il ne s’agit absolument pas d’autoédition. La présentation du livre, sa mise en page ne vous plaisent pas. C’est votre droit de le dire. Comme j’ai le droit de dire que je ne suis absolument pas d’accord avec vos « recommandations » de mise en page. Par contre je trouve votre critique du contenu très pertinente et plutôt globalement positive.  »

    voici ma réponse :

     » Mon beau-frère est imprimeur-typographe c’est sans doute pour cela que je suis pointilleuse sur la présentation des livres… Votre mise en page correspond pour moi à la présentation d’un rapport scientifique ou technique, mais vous avez raison, c’est votre droit de trouver cela plus élégant ou moderne, contrairement à moi. J’ai sans doute publié trop de rapports techniques dans ma vie pour aimer en retrouver la forme quand je lis un roman. Une histoire de goût, sinon de couleurs !  »

    in fine, c’est l’auteur André Gardies qui pourrait nous éclairer sur la valeur ajoutée par l’éditeur dans ce cas qui nous trouble Saint-lu et moi : sous quelle forme et dans quel état de relecture a-t-il fourni son travail ?

    • A Tilly et Saint-Luc
      Oui, je peux comprendre cette perplexité. Passé un temps, je me suis posé ces mêmes questions. Bonnes surprises: tout d’abord un comité de lecture qui procède à une véritable sélection (l’éditeur ne publie que 10 livres par an), une relecture par l’éditeur, un service de presse organisé par lui (notamment l’envoi des ouvrages), un accompagnement important au niveau local et régional, des comptes arrêtés et réglés tous les deux mois. Sans compter la couverture. Bref une édition qui respecte ses auteurs.
      « lullu.com » offre, d’après l’éditeur, l’avantage (sur les imprimeurs traditionnels) des référencements.
      Voilà pour les quelques précisions que l’auteur (par ailleurs édité déjà chez d’autres éditeurs:cf mon site) peut apporter. Bien à vous.

      • tilly dit :

        Merci André, vos réponses sont tout à fait convaincantes !

        D’ailleurs le site de La Mouette que j’ai visité de fond en comble, montre des photos fort sympathiques de séances de lecture/dédicace :)

        Mes suspicions mal fondées reposaient sur le sentiment que les auteurs sont moins gâtés à Paris qu’en Province pour ce qui est du support éditorial. Même chose pour les salons du livre. Il paraît judicieux que les vrais « petits éditeurs » soient installés en Province et le plus loin possible de Paris…

        Bonne suite pour la promotion de votre roman, et l’écriture du prochain !
        Tilly

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