> Le livre : Le temps perdu ne l’est pas pour tout le monde
, de Pierre Béhel, Cogitare éditions, 198 pages, 10 €, en vente sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Recueil de nouvelles. Si vous étiez un auteur à succès et qu’un illustre inconnu surgissait soudain avec votre oeuvre publiée des années avant vous, que feriez-vous ? La meilleure solution est encore de revenir dans le passé déposer votre oeuvre bien avant votre rival… C’est l’argument de « vacances plagiées », la première des nouvelles présentées ici. Toutes sont sur le thème du voyage dans le temps.
[Cette critique a été rédigée par Méloë auteure du blog leboudoirdemeloe que nous vous invitons à découvrir]
> J’ai aimé que, dans la plupart des nouvelles, la science-fiction ne soit finalement qu’un prétexte pour parler de beaucoup d’autres choses. Elle sait s’effacer pour laisser le récit nous émouvoir ou nous faire réfléchir. Le voyage dans le temps est juste là pour nous placer dans un contexte bien particulier, amener LA situation qui nous fera réagir.
J’ai aimé également sentir une sorte de fil rouge entre les nouvelles, comme s’il y avait malgré tout une certaine unité de temps, ce qui peut sembler paradoxal vu le thème du recueil. Comme si tous ces personnages et leurs histoires étaient plus ou moins liés. On découvre ainsi petit à petit une société pas si éloignée de la nôtre, régie par des lois précises, et qui se dévoile au fil des textes. Cette progression est très intéressante.
Le style ne m’a pas particulièrement subjuguée, mais je l’ai tout de même trouvé très fluide, permettant de tourner les pages et d’enchainer les nouvelles sans éprouver de lassitude.
> Mais passons maintenant au détail :
Vacances plagiées ne m’a pas particulièrement emballée. Si l’idée de départ est intéressante, je trouve les explications données par les personnages un peu confuses. En outre, le dernier chapitre fait retomber la tension. C’est dommage, il casse la chute intéressante qui clôturait le précédent chapitre.
Le malheur des uns, en revanche, m’a beaucoup plu. J’ai trouvé très intéressant de suivre ces personnes qui prennent leur pied en allant contempler sur place les grandes catastrophes du passé, avec un plaisir voyeur. Cela m’a beaucoup fait penser à notre rapport à la télé-réalité.
Nostalgie de la volupté est peut-être ma nouvelle préférée du recueil. Elle est très brève mais efficace, avec une chute parfaitement orchestrée, qui m’a laissée la gorge serrée.
Traumatisme d’enfance explore le thème assez classique du passage à l’âge adulte, de la perte de l’innocence. Un appel à la simplicité qui malgré sa brièveté nous pousse à réfléchir à nos choix.
Châtiment et crime et Fatalité coupable sont très émouvantes. J’ai aimé l’effet de surprise ménagé par l’auteur. Nous ne découvrons les raisons d’agir du personnage que dans les dernières lignes, juste avant de découvrir une chute très triste. Un sentiment de fatalité se dégage de ces nouvelles, comme si rien n’aurait jamais pu se passer différemment. Heureux jusqu’à la fin baigne également plus ou moins dans la même ambiance, et pour cela, m’a également bien plu. Malgré un thème commun, chacune de ces nouvelles à une saveur propre et on ne peut les confondre.
La vraie mort de Sherlock Holmes m’attirait beaucoup par son titre, mais elle m’a au final un peu déçue. Pas vraiment d’action ni de chute… On découvre simplement ce que devient la « science de la déduction », à une époque où le voyage dans le temps fait partie du quotidien. Mouais… Triste fin pour la fameuse méthode holmésienne…
Dans Argument d’autorité, il est d’avantage question de souvenir, d’héritage. Alors que le voyage dans le temps rend tout plus simple, les hommes ont perdu leur capacité à réfléchir, à analyser. Ils se contentent d’aller chercher des réponses toutes faites.
Souvenirs est extrêmement brève et, du coup, ne m’a laissé qu’une impression fugace, alors que le thème et la chute étaient intéressants. Elle est passée trop vite. Dommage…
Plaisir incognito et Attila le Hun n’ont pas su m’intéresser. Je ne me suis absolument pas reconnue dans le comportement de ces deux femmes. J’ai trouvé dans ces nouvelles une vision assez macho et cliché de la femme, que je n’ai pas aimée.
Cas de conscience historique et Pornoclastie mettent en scène les mêmes personnages. Si j’ai trouvé la première très intéressante et habilement menée, la seconde m’a laissée indifférente.
Naissance d’un dieu m’a beaucoup plu. J’ai trouvé la réflexion menée très intéressante et juste. Le monde est finalement créé par l’homme à partir du moment où il le définit, ou il lui donne un nom et des limites.
Si Plus dure est la chute démarre bien, j’ai finalement été déçue par la fin, car il n’y a justement pas de chute. Arrivée à la fin, je me suis dit, « c’est tout !? ». Je n’ai pas bien compris le but de cette nouvelle.
Alerte m’a beaucoup amusée en tant qu’habituée des contrôles de sécurité drastiques dans les aéroports. On y voit toute l’absurdité de certaines de ces règles sensées nous protéger et jusqu’où cela pourrait aller.
Le temps vraiment retrouvé est également amusante. Comme le titre l’indique, on y découvre une réécriture du texte de Proust. Désormais, il est possible de retourner dans le passé, humer pour de bon, l’odeur des madeleines. Il est intéressant de noter l’effort accompli sur le plan du style, afin de coller à l’œuvre de départ.
Simple vérification est excellente. Je ne savais pas bien à quoi m’attendre et j’ai été agréablement surprise. En outre, je me suis attachée au personnage d’Adélaïde, jeune femme consciencieuse qui aime son métier et souhaite le faire de son mieux, au contraire de son supérieur borné et blasé.
Biographie auto-réalisatrice aborde un autre grand classique de la littérature française, et j’ai trouvé le détournement vraiment réussi. Habilement mené pour que l’on puisse sans peine identifier le personnage dont il est question, mais sans lourdeur inutile.
Pas de panique a un petit côté absurde qui la rend intéressante et assez différente des autres. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire face au destin pourtant tragique du personnage principal. Cela est amené de telle façon que cela en devient assez drôle
Enfin, Anticipation intellectuelle m’a en revanche laissée perplexe. Tout repose sur un raisonnement logique que je n’ai pas compris. Je me suis embrouillée dans les explications, les trouvant trop confuses. Du coup, il m’est assez difficile de réellement donner un avis à son sujet…Dommage…
> Pour résumer, même si les textes sont assez inégaux, je suis fort contente d’avoir pu découvrir ce recueil à l’occasion de ce partenariat. En effet, certains textes ont vraiment su me séduire et il aurait été dommage de passer à côté ! A noter que j’ai repéré quelques coquilles, mais rien de bien gênant non plus.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait: 




> Le temps perdu ne l’est pas pour tout le monde
est en vente sur le site de l’éditeur.
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