> Présentation : Il se passe des choses étranges dans ce département français de Guyane où cohabitent différentes populations. Dans cette société informe, dominée par une administration omnipotente, Vincent voit s’effondrer le monde angélique et bien-pensant auquel il croyait. Comment découvrira-t-il les trames du complot dont il est l’innocente victime ? Comment se vengera-t-il de tous ceux qui ont conspiré à sa perte ?
[Cette critique a été rédigée par Ramettes, auteure du blog L’atelier de Ramettes que nous vous invitons à découvrir.]
> Pourquoi avoir choisi ce roman ? Tout d’abord, parce que la Guyane n’est pas souvent le décor des romans. Bien sûr, tout le monde a en tête les bagnes de Cayenne et des îles du Salut, mais dans la littérature contemporaine la Guyane a dû mal à trouver sa place. Vous pourrez toujours me citer des romanciers guyanais, mais les Antilles toutes proches leur volent la vedette.
Ensuite, le sous-titre « Roman déconseillé aux personnes politiquement correctes », titille la curiosité. J’avais entendu certaines anecdotes (réelles) qui m’ont fait penser à certains épisodes relatés. Je n’ai donc pas était surprise par la plupart des sujets abordés, même si l’auteur les pousse à leur paroxysme.
Enfin, car je n’avais jamais lu de romans des Editions de l’Harmattan. Livre agréable à tenir et à lire.
J’ai bien aimé les intrigues. On débute avec une situation de départ simple : une femme veut se débarrasser d’un mari gênant et engage un tueur à gages. Puis, petit à petit, ce fait qui semble évident fait penser à l’arbre qui cache la forêt. Quand on connaît géographiquement la forêt amazonienne, on se dit que calz va être particulièrement obscur.
De petits regrets, toutefois. On ne perçoit pas assez la moiteur qui joue un rôle dans l’histoire. L’intrigue se déroule pendant le carnaval et l’auteur y fait à peine deux petites allusions. Pourtant, d’après ce que j’en ai entendu dire, ses deux faits influencent psychologiquement les mœurs et humeurs des habitants.
Une petite chose m’a fait tiquer, il manque quelques vilaines bêtes dans le paysage : caïmans, anacondas, mygales, piranhas etc. mais peut-être que j’en demande trop ! On a quand même un grage, c’es-à-dire un crabe des mangroves…
L’auteur fait bien sentir qu les différentes populations cohabitent sans véritable métissage. Gérard Pince égratigne plusieurs communautés sans préférence. Parfois, de manière caricaturale, ce que la fiction permet, mais avec un grand fond de vérité. J’ai bien peur que ce roman n’est pas bonne presse en Guyane, et chez les Guyanais expatriés. La situation géopolitique de ce département d’outre-mer est propice a des aberrations qui dépassent la fiction. L’auteur établit des liens avec l’Afrique auxquels, de prime abord, je n’aurais pas pensé, mais qui, après réflexion, paraissent plausibles.
Dans sa préface, Georges Clément dit : « la structure de l’histoire est simple qui refait un homme en sept jours quand Dieu dans le même temps, créa le Monde. Gérard Pince eut-il la tentation ou la conscience du parallèle ? » Je ne sais pas, mais certaines discussions avec le vicaire donne à penser que l’auteur joue avec son personnage comme un Dieu avec des marionnettes.
Je me rends compte que je n’ai pas parlé de la vaste palette de personnages qui jalonnent cette histoire. Ils sont tous haut en couleur et l’auteur a privilégié la partie psychologique des protagonistes, ainsi que les relations entre la fonction sociale et leurs comportements.
Vous l’aurez compris, j’ai bien apprécié ce roman qui met en évidence des dysfonctionnements, comme peuvent le faire les polars et romans noirs. La chute, ou plutôt les chutes, sont assez brutales ! Merci à l’auteur ce dépaysement.
> Extraits :
«[…] Quand je pense que certains s’étonnent que l’Afrique ne se développe pas !
- Je suppose que nos coopérants y sont pour quelque chose ?
- Nos coopérants ! Mais ce sont eux qui ont inventé tous ces machins socialistes après la dépendance. Ils ont contribué à la ruine de l’Afrique. Dans ce registre, il faut faire place à part aux agronomes. Partout où ils sont passés, l’herbe n’est jamais repoussée ! » (p.116)
« Resté seul, Bonnard explosa de rage. La rebuffade du préfet, la corruption des syndicats, et lâchage de son siège venaient de faire déborder le vase. Toute sa vie, il avait dissimulé ses sentiments ou ses idées afin de ne pas compromettre sa carrière. A présent, il pouvait sortir de sa réserve et prendre les mesures que sa conscience professionnelle lui dictait. Il ne risquait plus rien puisqu’il avait déjà décidé de prendre sa retraite. En guise de cadeau d’adieu, il allait donner un grand coup de pied dans toute cette fourmilière !
Les deux inspecteurs de la commission bancaire entrèrent dans le bureau. Le premier personnage, un grand brun au visage maigre, en costume noir et cravate, affichait une suffisance insupportable. Sa collègue un peu plus jeune, portait une jupe et un cardigan. Elle écrivait sur de grandes feuilles jaunâtres utilisées dans les cabinets d’audit, et qui représentaient à ses yeux le symbole de sa compétence. Tous les deux provenaient de bonnes écoles de commerce et s’imaginaient incarner la rigueur et l’intégrité de leur génération face aux turpitudes et aux compromis des anciens. Bonnard devinait aisément que ces jeunots le percevaient comme un vieux crabe qu’il fallait démolir afin de libérer la place pour les copains ou copines ! » (p.116)*