« Le Psychopome », de Dominique Maisons

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> Le livre : Le Psychopompe de Dominique Maisons, éditions Les Nouveaux Auteurs, 562 pages, 19,90 €.

> Le pitch : Alfortville, hiver 2011, Alice, jeune professeure rentre chez elle. Elle est agressée par un vagabond qui ressemble trait pour trait à son mari, mort deux mois plus tôt. Totalement effrayée, elle va porter plainte et là, Victor Bellanger, flic à la marge, qui file un mauvais coton écoute son histoire. Commence alors pour tous les deux une recherche de la vérité qui les mènera vers des domaines qu’ils n’imaginent même pas.

[Cette critique a été rédigée par Yv, auteur du blog Lyvres que nous vous invitons à découvrir]

 

> Thriller absolument haletant, qui tient quasiment son lecteur de bout en bout. Mais avant de développer ce thème, j’aimerais faire ici état de mes quelques réserves sur le contenant :

- d’abord, le bandeau « gagnant prix VSD du polar 2011″ qui peut faire vendre mais qui,personnellement, aurait tendance à m’agacer, surtout lorsqu’on sait que les éditions Les Nouveaux auteurs sont liées aux éditions Prisma qui éditent… VSD. J’imagine qu’il a eu droit à un bel article dans le magazine !

- ensuite, le nombre incalculable de coquilles et de fautes  » il s’en rappelle » (p.256), « je [...] me débattus » (p.393), « si cette deuxième hypothèse s’avère exacte » (p.404) et il y en a d’autres, et le nombre impressionnant de tirets de fin de ligne pour couper un mot, placés n’importe comment sans tenir compte de la règle (j’en ai compté une quinzaine mais j’en ai sans doute oublié).

Pas rédhibitoire, mais le travail de correction et de mise en pages est très perfectible  !

 

> Venons-en maintenant au contenu. Heureusement, lui est de qualité : 562 pages qui passionnent. Bon, j’ai bien eu un petit moment de vide vers le milieu, comme souvent lorsque je m’attèle à des pavés, mais rien qui empêche d’aller au bout. Néanmoins, pour moi, on pourrait faire une petite coupe, supprimer quelques détails pour alléger le volumineux bouquin.

Maintenant, une petite explication sur le titre, ce mot qui est très très laid existe vraiment : le psychopompe, en grec ancien – ça le fait, non ? Citer du grec ancien pour une simple blogueur, c’est quand même assez classe ! – le psychopompe, disais-je, est le conducteur des âmes des morts.

C’est pourquoi, Dominique Maisons base son thriller sur le vaudou, ou plutôt sur l’ancêtre du vaudou « connu », le vodun. Né au Dahomey (le Bénin actuel), le vodun vénère un seul dieu, le dieu serpent. Évidemment, il est l’objet de beaucoup de fantasmes de notre part à nous Occidentaux prosaïques. Dominique Maisons est soit un spécialiste, soit il s’est documenté parce qu’il explique en long en large et en travers cette religion -on peut même parfois avoir l’impression d’être à un cours magistral. Pour donner un peu plus de fantastique, de surnaturel à son roman, et pour coller parfaitement au titre du livre, le vodun est là, mâtiné d’Expérience de Mort Imminente (EMI). Si vous êtes totalement allergique à tout ce qui n’est pas scientifique, prouvé et absolument imparable, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous ! Mais si vous aimez les ambiances ésotériques, surnaturelles, extra-ordinaires et sidérantes, restez-là et prenez le temps – il en faut, le livre est gros – d’ouvrir Le psychopompe.

« Le culte vaudou répandu de par le globe, avec ses oripeaux et ses diableries empruntées au catholicisme spectaculaire des missionnaires, était à l’origine un culte rendu au principe essentiel de la vie, à l’étincelle de conscience qui anime la chair et la rend humaine, et dont la présence différencie l’homme de la matière. En traversant les plaines et les océans, ce culte s’était travesti, édulcoré, oublié, perdu pour n’en garder que le nom et une partie des rituels. Cette dégénérescence s’était produite d’autant plus inéluctablement que ses sectateurs originels gardaient leur culte secret et que son expansion s’est faite contre leur gré, sous le joug des luttes ethniques et de l’esclavage transatlantique qui ont bouleversé la région d’Allada. » (p.347/348)

Très efficace donc ce premier roman, en plus d’être instructif et dépaysant. Bien construit également, pas linéaire, il tient en haleine le lecteur avec de courts chapitres qui alternent les actions des uns et des autres et la lettre testament de la maman d’Alice qui explique ses recherches concernant le passage des âmes. Ces chapitres, en italique sont très forts : ils expliquent la totalité de l’intrigue, bribes par bribes. Ce sont eux qui donnent l’armature du roman, qui nous plongent dans des mondes parallèles excitants et totalement irrationnels. Le livre est bien écrit, la lecture est plaisante. Son efficacité dramatique empêche en revanche un développement plus large des personnages. Ils pâtissent d’une action constante et d’une description quasi exhaustive du vodun. Je me dois de dire cependant que les méchants eux, sont très glauques – quelques scènes sont dures et violentes !

Franchement, je me suis laissé embarquer dans l’histoire dont je n’ai pas beaucoup parlé parce qu’elle est très difficile à résumer sans trop en dire, je vous laisse les surprises et notamment la plus grosse, celle de la fin, totalement imprévisible.

> Très bon moment de lecture, avec un auteur qui signe là une entrée fracassante dans le thriller ; pour les amateurs du genre, écrivain à suivre !

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Cette critique vous a-t-elle donné envie de découvrir Le Psychopompe ? Que pensez-vous de l’idée d’allier thriller et vaudou ?



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7 Responses to « Le Psychopome », de Dominique Maisons

  1. arribat dit :

    Le vodun n’est pas l’ancêtre du vaudou. Le vodun est le nom donné aux divinités intermédiaires du culte vodun (vaudou)dans son pays d’origine le Bénin (Dahomey. Ces voduns sont devenus en Haïti les loas ou law.Ce culte correspond au culte voisin des Orisha des ethnies yoruba situées principalement au sud ouest du Nigéria et aussi sud est du Bénin.
    Ces deux régions avec l’ex royaume du Kongo sont les grand fournisseurs des syncrétismes afro-américains.

    Les origines Yoruba ont donné la santéria cubaine, le candomblé kétu ou nago du Brésil, et s’est amalgamées à d’autre croyances africaines et locales. Le vodun à donné le vaudou haïtien principalement, et les kongos ont donné le palo cubain , le candomblé angola etc..

    Il n’y a rien de scientifique dans ces religions qui sont des monothéismes et dont l’objet est d’assurer le lien entre les vivants et les morts.

    Vous pouvez consulter mon site avatarpage.net qui répertorie près d’une quarantaine de religions syncrétistes afro-américaines.

    La transmission des cultes est bien plus complexe que semble l’indiquer le texte repris dans votre com.

  2. arribat dit :

    autre chose
    Le vaudou est effectivement un monothéisme. Son Dieu unique (ou presque) s’appelle Mawu il est de sexe féminin mais fonctionne en couple avec Lisa de sexe masculin. Comme dans le culte des Orishas il n’est jamais rendu de culte à ce Dieu.
    Le dieu serpent, Dangbe, est une divinité principale de la ville d’Ouidah. Son nom Dan Home qui signifie grosso modo le ventre du serpent à donné le nom de Dahomey.

    Dans le vaudou chaque famille ou ville ou royauté possède ses propres divinités ou du moins en favorisent l’une plus que l’autre. L’histoire de la région est très conflictuelle et ne se limite pas à l’invasion des colon européens mais possède un lourd passif de luttes entre clan, royauté, ville état etc…

    Il en résulte un très grande diversité qui se retrouve d’ailleurs dans les syncrétismes afro-américains où certaines divinité sont favorisées en raison même de l’origine africaine des esclaves qui on perpétué les cultes.

    Enfin une particularité de religions africaines est l’adoption ou même parfois l’achat de divinité étrangères dont on évite ainsi de se faire des ennemis.

  3. pyrausta dit :

    l’intrigue me rappelle celle que je suis en train de lire : « valse macabre » de Preston et Child et au vu de ce que dit Arribat dans ses explications intéressantes,tous les rites vaudous sont bien plus étayés que dans ce roman.Ce qui ne m’empêchera pas forcement de le lire…

  4. Yv dit :

    Cher Arribat, vous avez sûrement raison, je ne me risquerais d’ailleurs pas à vous contredire. Je suis également d’accord avec vous sur le fait que la transmission des cultes est plus complexe que ce que j’en dis, mais dans mon billet, je me dois de parler de tout le livre et de l’intrigue également. Sinon, je fais un mémoire sur le vaudou (ce que je suis bien incapable de faire et qui ne m’intéresse pas). Je fais sans doute des raccourcis -mais l’auteur lui aussi, parce qu’il parle bien du vodun comme étant l’origine de cette religion qui s’est ensuite déplacée et adaptée.

    • arribat dit :

      Mes commentaires n’avaient pour seul objet que d’apporter quelques informations sur le vaudou. Je pense que ce qui fait aussi l’intérêt d’un site et des commentaires est la capacité de chacun d’apporter un peu de son savoir non pour étaler sa fameuse confiture mais pour tout simplement partager.
      Il se trouve que j’ai mis 3 ans à rédiger le site avatarpage.net partant sur le constat qu’il existait très peu d’information sur les 40/45 syncrétisme du type vaudou, alors qu’on est gavé par les religions du livre.

      Il ne s’agissait pas de reprendre votre commentaire qui est explicite et traduit votre sentiment(je n’ai pas lu le livre et de plus il s’agit d’un roman et non d’un essai) mais de le compléter. J’aurais dû sans doute le préciser.

      Cordialement

  5. Yv dit :

    Aucun problème, j’ai bien prix votre commentaire pour ce que vous dites qu’il est : des renseignements supplémentaires, très intéressants d’ailleurs. A mon tour, je vous précisais mon exercice du billet sur un livre qui m’oblige à résumer, parfois trop mais il ne faut pas faire trop long pour ne larguer personne en route. Merci de vos précisions et à bientôt sûrement.

    • arribat dit :

      C’est toute la difficulté d’un com. en dire assez sans en dire trop. C’est aussi l’avantage de ces avis qui permettent de se lâcher un peu dans le fond et la forme. En tous cas vous avez éveillé ma curiosité et je commanderai ce livre très prochainement.

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