« Le Livre des Proscrits », du Père Marie-Antoine de Lavaur

Le Livre des Proscrits

> Le livre : Le Livre des Proscrits, du Père Marie-Antoine de Lavaur, Éditions du Pech, 217 pages, 14,50 €, en vente sur le site de l’éditeur.

> Présentation : Ce livre a été publié en 1880, moins d’un mois après les dernières expulsions en France de 6 000 religieux hors de 261 couvents. Il a été écrit dans un mouvement de souffrance qui peut s’imaginer, parunrude missionnaire au cœur tendre mais pugnace, qu’on ne saurait faire taire. Et qui continue à croire, en toute certitude, que, de ce combat où Dieu met dans la balance son infinie miséricorde et donc sa puissance, la victoire sera, inéluctablement, au bout. Au-delà du témoignage partagé entre larmes et colère blessée, ces pages présentent une série de reportages glanées dans les journaux, dans les informations orales de religieux, toutes communautés confondues, sur les chemins de l’exil. La diversité des sources, le tableau très complet des ordres après ce cataclysme, et ses conséquences à long terme, en font un document inestimable.

[Cette critique a été rédigée par Lydia, auteur du site Livres et manuscrits, que nous vous invitons à découvrir.]

 

> J’ai découvert le Père Marie-Antoine de Lavaur grâce à Nos plaies sociales et la mission de Bernadette, texte paru chez le même éditeur. De son vrai nom Léon Clergue, ce capucin atypique n’hésite pas, par ses textes, à mettre en relief les dysfonctionnements de sa société. Voltaire en puissance, il s’indigne, s’insurge, ne craignant rien ni personne, vociférant à tour de bras.

Dans Le Livre des Proscrits, il relate cet épisode que nous connaissons peu, l’éviction des religieux à partir de 1880. Que se passe-t-il à ce moment-là ? Les lois Ferry entrent en vigueur : gratuité de l’école primaire d’un côté et enseignement obligatoire et laïque de l’autre. Et si nous retenons surtout la séparation de l’Église et de l’État, séparation ayant pris un caractère officiel en 1905, on oublie souvent que les lois Ferry ont été une amorce en la matière. Les répressions furent violentes, parfois sanglantes et le Père Marie-Antoine de Lavaur explique ici, à sa manière, le sort réservé aux religieux. De manière structurée, il argumente son discours en mettant en exergue les faits historiques. S’ensuivent ensuite ses opinions et, pour renforcer le tout, quelques passages ayant trait à la religion. Véritable tempête littéraire, le texte est intéressant à tous les niveaux. Il est mis en relief par quelques dessins et photographies d’époque, éléments non négligeables aidant à la compréhension et surtout renforçant la véracité des faits et actions.

Encore une fois, ce livre peut être lu par tous. Que les plus récalcitrants à toute forme de religion se rassurent, ce livre est plus à prendre comme un témoignage et comme une mine de ressources historiques à exploiter que comme un plaidoyer à visée d’endoctrinement. Il est intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un ayant vécu cette situation, d’autant plus, je le répète, quand celui-ci, même s’il ne peut pas être tout à fait objectif bien sûr, avance des faits.

On apprend énormément de choses lorsqu’on lit les écrits du Père Marie-Antoine de Lavaur. Les amateurs d’Histoire, et notamment de celle de cette fin du XIX ème siècle, seront conquis. Un grand merci aux Éditions du Pech et aux Agents Littéraires pour ce partenariat qui, encore une fois, est ô combien enrichissant.

 

> Extrait :

« Prenons garde, prenons garde…, » se disaient entre eux, tout doucement et à l’oreille, et préfet et commissaires de police, et agents et argousins de toute espèce. « Prenons garde, prenons garde…, vous ne savez pas ? – Et quoi ? – Oh ! C’est terrible… là-haut, à la Côte-Pavée, nous y serons engloutis certainement, engloutis vivants !… Prenez la lorgnette, allez voir, mais tenez-vous loin, ne passez pas trop au-delà du chemin de fer. – Il est terrible, ce couvent des Capucins ! Ce Père Marie-Antoine est capable de tout ! Il veut s’engloutir tout vivant et nous engloutir par-dessus le marché ! Tout est miné, il y a de la dynamite !… tenez, je vous passe la lorgnette, regardez en face, du côté du mur de clôture, ne voyez-vous pas une bouche béante d’un canon braqué et d’un canon de gros calibre ?»
Et les escouades d’agents arrivaient, et successivement toutes les figures pâlissaient, et ces frayeurs terribles ont duré, combien diriez-vous ? Plus de quinze jours et toujours crescendo. Ce canon braqué n’est ni plus ni moins qu’une vieille carcasse d’ophicléide enrhumée que nos jeunes défenseurs, aussi spirituels, aussi saintement gais que belliqueux et intrépides, avaient placée sur un affût, la gueule béante, et toujours dirigée vers nos argousins. »


> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Le Livre des Proscrits est en vente directement sur le site de l’éditeur.

 

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