« Le jour où le soleil s’est levé au pays de Djibétoa », de Francis Barbey Wéabey

Le Jour où le soleil s'est levé

> Le livre : Le Jour où le soleil s’est levé au pays de Djibétoa de Francis Barbey Wéabey, Publibook, 118 pages, 16 €.

> Le pitch : Début des années 2000, la guerre gronde aux frontières de la Côte d’Ivoire. Dans une province reculée, en pays kroumen, on n’y croit pas. Mais lorsque les premiers coups de kalachnikov résonnent aux portes de Grabo, les habitants doivent se résoudre à la triste réalité : les bandes armées sont bien là.

 

> La Côte d’Ivoire a occupé, plus souvent qu’à son tour, le devant de la scène africaine ces dernières années. Tentatives de coup d’Etat, massacres, exode précipité des étrangers… Le tout s’étant achevé, le 11 avril dernier, par l’arrestation de l’ex-Président Laurent Gbagbo, au terme d’une décennie particulièrement meurtrière et déstabilisatrice. Vu de l’extérieur (c’est-à-dire, en l’occurrence, de France) ces événements sont difficiles à comprendre. D’une part, parce que le traitement de l’information par les médias est, il faut bien le dire, relativement indigent. D’autre part, parce que la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, joue souvent un rôle trouble qu’il est difficile de cerner. Par conséquent, c’est avec beaucoup d’intérêt que je me suis plongé dans Le Jour où le soleil s’est levé au pays de Djibétoa, en me disant que ce roman allait peut-être me permettre d’avoir une vision plus claire des conflits et rapports de force qui ont ensanglanté la Côte d’Ivoire.

De ce point de vue, disons le tout de suite, je n’ai pas été déçu. Non seulement Francis Barbey Wéabey – qui, soit dit en passant, est à la fois universitaire et prêtre catholique – maîtrise parfaitement son sujet, mais il ambitionne de toute évidence à donner à son roman pédagogique. Il est très clair pour lui qu’il est impossible pour le lecteur lambda de comprendre quoi que ce soit à la situation de la Côte d’Ivoire, sans un minimum de remise en contexte sur l’histoire du pays. On trouve donc, en début de roman, des chapitres très courts mais extrêmement utiles, où sont récapitulés l’histoire de Grabo, la ville  cadre de l’histoire « siège de la royauté tépo« , l’organisation sociale des ethnies locales, le rapport que celles-ci ont entretenu avec les Occidentaux depuis l’esclavage et le commerce triangulaire. De même, les dialogues entre les personnages sont souvent très explicatifs. Ainsi, ces mots mis dans la bouche d’un « vieux sage » du village discutant avec son fils : « Nos  forêts ont été confisquées pour créer des agro-industries qui ont finalement été privatisées. Des exploitant forestiers, permis en main ont pillé nos essences ».

Le résultat est que l’on ressort avec de la lecture du Jour où le soleil s’est levé au pays de Djibétoa avec une vision  précise et, surtout, contrastée des problèmes géopolitiques de la Côte d’Ivoire, et notamment de la fameuse question de l’ « ivoirité » (un concept politique inventé, à l’origine en 1945, pour fédérer une vraie nation ivoirienne, et ayant conduit, à force d’instrumentalisations successives, à l’exclusion de  pans entiers de la population, en raison de leur origine géographique, de leur nom de famille, de leur religion, etc.). Francis Barbey Wéabey remplit ainsi son contrat : faire partager au lecteur la connaissance intime qu’il a du peuple ivoirien, de ses contradictions, de ses forces et de ses faiblesses.

En revanche, là où le roman m’a sans doute moins enthousiasmé, c’est sur le plan de l’histoire en elle-même.  En effet, le roman est court (118 pages). Si l’on enlève les apartés historiques, et les dialogues qui, pour la plupart, sont là bien moins pour poser des personnages que dans un objectif didactique, il reste donc peu de place pour que se construise une vraie trame narrative. De ce fait, on ressort de la lecture avec l’impression d’avoir survolé les personnages sans s’y être attachés et, du coup, d’être restés des spectateurs trop extérieurs d’un drame pourtant souvent très violent (« Non loin de l’église, dont un côté fut littéralement détruit, gisait une dame complètement foudroyée. A vingt centimètres d’elle, des enfants dont un seul s’en était tiré avec le bras droit fracassé, les intestins dehors, et qui semblait ne plus avoir de forces et de voix pour pleurer »).

 

> Le bilan : un livre que je conseillerais très fortement à ceux qui ont été touchés par la situation qu’a traversé la Côté d’ivoire ces dernières années, un peu moins à ceux qui recherchent un récit rythmé et incisif.

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait

 

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir Le Jour où le soleil s’est levé au pays de Djibétoa ?

 

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