>Le pitch : Raúl da Silva, taupe du contre-espionnage infiltrée dans le gouvernement d’Allende, n’aura pas su protéger sa compagne chilienne lors du coup d État de Pinochet. En 1992, lorsqu’il se retrouve au coeur de la guerre en Bosnie-Herzégovine, le destin frappe à nouveau, manquant lui arracher pour la seconde fois la femme qu’il aime. De retour en France, Raúl est amené à enquêter sur les séquelles des réseaux d’exfiltration des criminels de guerre mis en place par le Vatican après la Seconde Guerre mondiale.
[Cette critique a été rédigée par Arribat, auteur du site Avatarpage et dont vous pouvez retrouver l'ensemble des critiques sur Amazon]
> Pour tout dire, la quatrième de couverture fait craindre le pire. Filières d’exfiltration de criminels nazis par les réseaux du Vatican, trafic d’œuvres d’art volées aux Juifs durant la guerre, élimination d’Allende, guerre en ex Yougoslavie, Opus Dei, transfuges soviétiques et j’en passe, voilà un menu bien chargé qui peut mener très vite à l’indigestion surtout s’il nous faut l’avaler en 202 pages, poids net. De quoi se sentir lilliputiens à la table de gargantua avec en prime l’insidieuse incertitude de l’abstinent soudain chargé d’apprécier la carte des vins.
On comprend que l’affaire plonge ses racines dans des règlements de comptes avortés de fin 1944 où l’on pressent qu’un personnage douteux ressemblant à Joseph Joanovici va servir de fil conducteur à l’aventure. Sitôt dit, on se retrouve au Chili au moment où Allende est passé en pertes et profits. Là, nous faisons la connaissance de Raul (da Silva) notre héros de service en mauvaise passe. Sitôt fait, nous le retrouvons en Bosnie-Herzégovine toujours dans de sales draps. C’est sur ces trois repères temporels que l’auteur installe son sujet sur un fond historique maîtrisé et bien documenté, faisant à l’occasion disparaître nos appréhensions.
Mais nous voilà tout aussi soudainement éjectés dans ce qui ressemble à un Vercors année 1993 en compagnie de notre barbouse inoxydable, et totalement ignorant de ce qu’il serait sensé faire dans ce trou où un comité d’accueil lui joue la version live des tontons flingueurs dans un dialogue à la Audiard du genre « on tire d’abord, on cause après ». Une fois la partie de baballe terminée sans que la maison poulaga pointe son nez, débarque enfin l’éminence grise, le seigneur du destin, le maître du jeu qui littéralement se la pète grave dans le genre « mon royaume n’est pas de ce monde ».
S’en suit un dialogue tout en flagornerie et suffisance, entre cet alien et da Silva, destiné à nous faire comprendre que l’on est là dans le Saint des Saints de l’élégance culturelle. Loin de nous convaincre cet échange de banalités ampoulées vire au cliché. Et l’auteur qui recherche sans doute à donner de la profondeur à son personnage nous donne l’impression de vouloir décorer le château de Versailles en nous vantant les mérites du formica.
Exemples : « Vous avez une envergure certaine, monsieur da Silva », « Vous devez être très fort au poker monsieur da Silva, Néanmoins je suis doué d’une sorte de sixième sens… », « Je suis ravi de travailler avec vous da Silva ! vous êtes surprenant, j’aime cela » Et ainsi de suite… Pommade à tous les étages.
Désolé d’être aussi catégorique quand on sait la difficulté d’écrire. Mais, pour être convaincant, l’auteur doit approfondir la psychologie de ses personnages, car ce n’est pas en balayant les références historique tous azimuts, en inventant des baroudeurs XXL ou laissant à un protagoniste le soin d’assurer le cirage de pompe interne que l’on parviendra à nous convaincre que la montagne accouche d’autre chose que d’une souris. Ce que nous craignions au début se confirme donc, à tirer dans tous les sens, l’auteur rate sa cible. Pourtant, il possède un évident talent d’écriture qui serait parfaitement adapté à la catégorie essai avec laquelle il semble plus à l’aise. Ou alors il devra se satisfaire d’objectifs plus modestes. D’autres géants de l’écriture se sont tout autant cassé les dents à vouloir trop embrasser…
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Pensez-vous que Le crépuscule des hyènes pourrait vous intéresser ?
Ah, qu’il est doux de pouvoir vitrioler!
Dommage pour l’auteur, Arribat n’a pas aimé…
Dommage pour l’auteur encore, Arribat sait admirablement jouer de la grenade lacrymogène… Deux phrases tirées de sa critique:
« De quoi se sentit lilliputiens à la table de Gargantua » et surtout, surtout le cuirassé pourfendeur et terrible à la Guitry « l’auteur (…) nous donne l’impression de vouloir décorer le chateau de Versailles en nous vantant les mérites du formica ».
Cette dernière phrase, qu’elle est délicieusement assassine !
je sens le vent du reproche, mais il est fait avec une particulière élégance. Il est vrai que le langage imagé est fait pour distraire de la routine, si possible aller à l’essentiel. Mais parfois le premier distrait c’est moi et j’oublie que mes boulets peuvent aussi blesser.
Mais il reste que ce langage traduit mon impression qui vous le noterez est loin d’être totalement négative.
Ah, qu’il est doux de pouvoir vitrioler!
Dommage pour l’auteur, Arribat n’a pas aimé…
Dommage pour l’auteur encore, Arribat sait admirablement jouer de la grenade lacrymogène… Deux phrases tirées de sa critique:
« De quoi se sentit lilliputiens à la table de Gargantua » et surtout, surtout le cuirassé pourfendeur et terrible à la Guitry « l’auteur (…) nous donne l’impression de vouloir décorer le chateau de Versailles en nous vantant les mérites du formica ».
Cette dernière phrase, qu’elle est délicieusement assassine !
je sens le vent du reproche, mais il est fait avec une particulière élégance. Il est vrai que le langage imagé est fait pour distraire de la routine, si possible aller à l’essentiel. Mais parfois le premier distrait c’est moi et j’oublie que mes boulets peuvent aussi blesser.
Mais il reste que ce langage traduit mon impression qui vous le noterez est loin d’être totalement négative.