> Le livre :L’Africaine du Havre de Léo Lapointe, éditions Ravet-Anceau, 176 pages, 9 €.
> Le pitch : Au dernier étage d’une belle maison du Havre, on découvre le cadavre d’une vieille dame. Malade, elle vivait recluse en compagnie de sa gouvernante, une Africaine sans-papiers. Le comportement de son fils, un homme d’affaires prêt à tout pour empocher l’héritage, attire l’attention de la police qui le soupçonne d’avoir accéléré le décès de sa mère. Malgré de fortes présomptions, rien ne prouve qu’il soit coupable. Un policier et une journaliste décident de mener une enquête à charge afin de dénoncer ses activités. Parmi les zones d’ombre auxquels ils sont confrontés : le rôle de l’Africaine, victime ou complice ? Murée dans son silence, elle détient la clé de l’énigme.
[Cette critique a été rédigée par Blueverbena, auteur du blog Blueverbena’s que nous vous invitons à découvrir.]
> L’Africaine du Havre a tout d’abord été pour moi l’occasion de découvrir les Editions Ravet-Anceau et sa collection Polars en Nord, avec des titres aussi rocambolesques que La Veuve de Béthune ou Le Vampire du Stade Bollaert: avouez, si ça ne fait pas rêver, au moins, cela intrigue, forcément !
Question planté de décor, donc, l’intrigue se déroule principalement au Havre, plus précisément dans le quartier Saint-François, parce qu’il ne faut pas croire comme cela, mais pour un Havrais de souche, cela semble avoir son importance. Le portrait de la ville et de ses habitants est loin d’être tendre : une architecture de béton déprimante à souhait, une population à l’ignorance crasse d’un racisme ordinaire ; il ne fait pas bon repousser les carcans de cette micro-société ! Une ambiance un peu à la Maigret, pipes et liqueurs de prune en moins…. J’adore! Non, sans rire, cela nous change des thrillers made in LA option Jet Set et paillettes.
Grand coup de coeur aussi pour les en-têtes des chapitres qui viennent apporter leur touche d’humour à un milieu et une enquête assez glauques, jugez plutôt: » Quand t’en es rendu là, t’as intérêt à avoir préparé ta brosse à dents et dit au revoir à tes enfants » ou encore: « Quand on part à l’aventure, il faut avoir des petites culottes de rechange« , alors que le chapitre en question fait état des atrocités commises au mur de la honte, à Melilla.
L’écriture en elle-même est simple, directe, efficace, mais soignée ; on est loin d’un polar de seconde zone, écrit à la va-vite, histoire de faire du chiffre. L’enquête policière dirigée par le jeune (et fringuant) Vincent Guillon ne manque pas d’intérêt ; bon, après, l’histoire d’amour avec la journaliste, blonde à forte… motivation, pourquoi pas?
Même si je ne suis pas trop branchée » immigrés clandestins », j’ai lu ce roman d’une traite : une très chouette découverte pour laquelle je remercie chaleureusement Les Agents Littéraires ; à quand Béthune, 2 minutes d’arrêt ?
> Extraits :
« Les mouettes gueulaient, mais ne parvenaient pas à couvrir la sirène du ferry à la sortie du port. La silhouette blanche et les cheminées jaunes du Côte d’ Albâtre glissaient entre deux pâtés de maisons carrées de quelques étages, bien au-dessus des considérations terriennes. »
« …Elle sortait invariablement le matin, un peu après 10 heures, quel que soit le temps ou le jour de la semaine. Elle allait tout aussi régulièrement retirer de l’argent à un guichet automatique, toujours le même et à peu près dans les mêmes heures. Mais personne, absolument personne n’avait discuté avec elle. Aucune de ses voisines ne connaissait son nom, pas même la langue qu’elle parlait. Une ombre noire, sans nom, sans voix, qui n’avait commencé à exister que par son odeur… »
Dès le premier chapitre, j’ai été attirée et me suis identifiée secrètement au personnage central de la jeune femme, présentée d’abord comme une passante anonyme, une ombre silencieuse à qui l’auteur donne peu à peu, à travers la dureté des situations, une vraie singularité. Pour autant , l’Africaine conserve assez de mystère pour continuer à incarner toutes ses sœurs clandestines.
Le personnage a laissé une trace en moi.
Un peu de laconisme, d’amertume légèrement jubilatoire dans la narration donnent un effet de distance, que je perçois comme de la pudeur devant différentes formes de détresse du corps face auxquelles l’auteur ne s’est pas dérobé.
La révélation finale s’abat et donne, selon moi, tout son sens au roman…
Puisque ce polar rappelle un Maigret, je vais me le procurer. Je n’ai pas grand goût pour la mode actuelle du polar gore, mais j’aime beaucoup « les ambiances ». Achetons donc…
Je rejoins le commentaire précédent.
Dès le premier chapitre, j’ai été attirée et me suis identifiée secrètement au personnage central de la jeune femme, présentée d’abord comme une passante anonyme, une ombre silencieuse à qui l’auteur donne peu à peu, à travers la dureté des situations, une vraie singularité. Pour autant , l’Africaine conserve assez de mystère pour continuer à incarner toutes ses sœurs clandestines.
Le personnage a laissé une trace en moi.
Un peu de laconisme, d’amertume légèrement jubilatoire dans la narration donnent un effet de distance, que je perçois comme de la pudeur devant différentes formes de détresse du corps face auxquelles l’auteur ne s’est pas dérobé.
La révélation finale s’abat et donne, selon moi, tout son sens au roman…
Martine
Puisque ce polar rappelle un Maigret, je vais me le procurer. Je n’ai pas grand goût pour la mode actuelle du polar gore, mais j’aime beaucoup « les ambiances ». Achetons donc…