« La zygène de la filipendule », de Ricardo Salvador

La zygène de la filipendule

> Le livre: La zygène de la filipendule, de Ricardo Salvador, Kyklos Editions, 490 pages, 25 €.

> Présentation : Dans l’enceinte d’un zoo en faillite voué à une reconversion en centre de loisirs, un des repreneurs chargés de fermer le site est retrouvé assassiné. L’autopsie aboutit à un premier constat improbable : c’est un éléphant qui aurait fait le coup ! Ou un ours… ou peut-être bien les deux ? Mais ce n’est qu’un début, un second cadavre fait bientôt son apparition, puis un troisième… Ajoutez à cela des vautours rigolards, un orang-outan amateur d’équations différentielles, un lama psychopathe, un tigre végétarien, un couple de dendrobates, sans oublier la fameuse « zygène », et vous obtiendrez un roman dé-zoo-pilant…

[Cette critique a été rédigée par Anne, du blog Des mots et des notes que nous vous invitons à découvrir]

 

> Vous connaissez Cuvier ? Non, pas le garagiste, l’autre : le naturaliste du 18e siècle qui, à partir d’un os, de quelques fragments et traces, réussit à reconstituer un animal entier et son mode de vie. L’ancêtre des paléontologues, quoi ! Cela vous aiderait à comprendre ce qui se passe avec les animaux de Ricardo Salvador !

De drôles d’animaux, il y en a dans ce zoo miteux menacé de reconversion. Peut-être surtout les humains qui le gèrent et ceux qui y travaillent. Et il faut toute la bonhommie (et la rouerie) du commissaire Maigret, chargé de l’enquête, pour parvenir à dénouer l’écheveau des possibles. Euh… non, il y a bien un ours, un tigre, un lama mais… pas de chevaux dans ce zoo ?!

“Jeu de mots !” aurait dit maître Capello ! Des jeux de mots, il n’y a que cela dans ce roman, à commencer par les noms des personnages, qui auraient pu être le fruit d’un exercice créatif pour gamins amoureux de la langue française : les vétérinaires Loussore et Dubois-Lanuit, madame la sous-préfète et son mari Lapaud-de Loursse, monsieur O’Maverty, la première victime, toujours flanqué de son fidèle Vaudeux, etc, etc. Et bien sûr, le commissaire chargé de l’enquête s’appelle Maigret et ressemble au vrai en tout, adjoints y compris. D’autres jeux de langage ? Ce sont tous les titres de chapitres et toutes les références à des classiques de la littérature et du cinéma : Les trois mousquetaires, les Tontons flingueurs, Monsieur le sous-préfet aux champs…

Dans cette enquête à laquelle on peut peut-être reprocher quelques longueurs, on peut épingler aussi au passage quelques coups de griffes à l’establishment, à des fonctions politiques aux noms plus ronflants et plus longs que la réalité de travail qu’ils représentent, à la corruption, aux troquets trop chic, et peut-être même à l’art contemporain et aux critiques (mais allez savoir ce que pense réellement l’auteur…)

Je parlais d’enquête, je parlais de gamins amoureux de la langue et de la culture française : rien de péjoratif, au contraire. La Belge que je suis a peut-être reconnu dans ce récit déjanté une pointe de surréalisme, un goût de l’absurde bien belge. Car faire vivre tout un zoo, et surtout leurs pensionnaires officiels, y monter des crimes affreux et y faire mener l’enquête par un vieux flic familier n’aura sans doute été, à la manière d’un La Fontaine, qu’un prétexte pour l’auteur à observer les gens, nos contemporains et leurs drôles de manières parfois, à dresser un catalogue de références culturelles (je suis sûre de ne pas les avoir toutes repérées !)… et à jeter un regard légèrement cynique sur notre société. Dans le Nestor jumeau de Pollux, dans l’expédition nocturne des quatre à la fin, j’ai même cru reconnaître des allusions au monde de la BD (Tintin, Les Dalton…), en tout cas il n’était pas difficile de se projeter dans ce neuvième art pour se fabriquer des images du roman.

En bref, un divertissement bien agréable et efficace, en ce temps de vacances, pour se détendre les zygomatiques !

 

> Extraits :

Des jeux de mots ou un esprit déjanté : “Il (le directeur du zoo) avait rangé le dossier dans un tiroir, sorti du même tiroir un révolver et projeté un instant de se loger une balle dans le crâne. Ce qu’il ne fit pas. Il avait préféré se resservir un Bourbon, ça fait mal à la tête aussi mais c’est moins définitif. Son dimanche matin défila ainsi, entre coup de blues, coup de pompe et coup de Bourbon.” (p. 48)

Désorientés par cet imprévu, ils (les membres du CA) se regardèrent mutuellement un bon moment puis décidèrent d’organiser une autre réunion impromptue chez l’un d’entre eux pour remplacer cette réunion annulée. Le décès fut jugé, par note à main levée, comme un motif valable et monsieur O’Maverty fut excusé.” (p. 49)

Sur le personnage de Maigret : « L’érotisme, c’est comme la blanquette de veau, ça réduit à la cuisson. » (p. 268)

« Quoi qu’on puisse en dire, une aventure sans lendemain vaudra toujours mieux qu’un lendemain sans aventure. Ce soir, il se taperait sûrement une bonne blanquette de veau. » (p. 277)

 

> Et s’il fallait donner une note, ce serait :

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de vous embarquer pour l’univers déjanté de La zygène de la filipendule ?

 


 

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