« La salle de bain d’Hortense », de Janine Teisson

La salle de bain d'Hortense

> Le livre : La salle de Bain d’Hortense de Janine Teisson, éditions Chèvre-feuille étoilée, 196 pages, 15 €.

> Le pitch : La rencontre improbable entre Patricia, une jeune fille en rupture poursuivie par « trois types en cuir noir et crânes rasés » et Hortense, une très vieille dame qui a plus d’un tour dans son sac, va déclencher une série d’événements dangereux, drôles ou touchants.

[Cette critique a été rédigée par Tilly, auteur du blogue de Tilly que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Janine Teisson aime raconter des histoires, et les écrire. Elle sait le faire. Elle est douée pour ça. Son style est vif, impeccable (à deux trois petites imprécisions près que j’ai relevées, mineures et vétilleuses). J’envie sa facilité à passer du dialogue à la narration, à assembler des scènes courtes et animées.

Si vous avez aimé la Lisbeth Salender de Stig Larsson, et Paulette, la vieille dame d’Anna Gavalda, vous aimerez Pat, Hortense, et leur salle de bains.

Maintenant, je ne le cacherai pas longtemps : je ne suis pas trop fan de Millénium, ni de Ensemble, c’est tout, ni de L’élégance du hérisson. Que j’ai lus. Sans déplaisir, je reconnais, mais sans enthousiasme. Pour la détente, et surtout parce que tout le monde m’en parlait.

Je dois quand même être un peu plus courageuse et dire ce qui m’a fait tiquer assez vite dans ma lecture de La salle de bain d’Hortense. A la page 35… la scène chez le docteur Lestouches, non pardon, Déline. Un médecin un peu spécial, rayé de l’ordre en 1948, un grand type décharné habillé de guenilles qui vit dans une bicoque encombrée, entouré de chats… Elle est maline, Janine ! Elle fait s’interroger son héroïne, née en 1970, devant le capharnaüm du bon docteur, en se disant avoir l’impression d’avoir déjà vu ce décor quelque part, en photo !

Je trouve ça un peu facile, un peu gros. Comme est facile, la description minutieuse et longue des plans d’une scène du film La Mort aux trousses. Je n’ai pas trop aimé non plus l’accumulation, un peu forcée à mon avis, de scènes de genre en tous genres, géographique et historique. En vrac : un hôpital sur le front en 1917, un palais à Venise servant de clinique psychiatrique à un faux médecin, une course poursuite et un flag dans Paris, une cérémonie vaudou, des scènes de l’Occupation et de la Libération, des fêtes de reconnaissance familiale dans la brousse africaine.

Mais je le sais bien, ce qui pour moi apparaît comme une faiblesse, n’en sera pas pour d’autres lecteurs. Et c’est heureux.

La salle de bain d’Hortense rassemble à l’évidence les qualités nécessaires pour plaire au public, comme on sait très nombreux et diversifié, de Larson, Gavalda, et Barbéry. C’est bien écrit, rythmé, je l’ai déjà dit. Les personnages sont pittoresques, attachants et drôles. Le lecteur voyage, il est baladé, allègrement. Le tout est empreint de bons sentiments, de compassion, même si la violence physique ou psychologique des situations est rarement éludée. Mais heureusement il n’y a ni sadisme criminel, ni flots d’hémoglobine dans la salle de bain d’Hortense !

> Je souhaite de tout cœur à Janine Teisson de pouvoir détourner une part confortable de leur lectorat, à ces pointures surdimensionnées de l’édition romanesque. En plus c’est à peine s’ils verraient la différence ! Ce serait aussi tout à fait mérité pour les éditions Chèvrefeuille étoilée qui ont un catalogue sympathique, marqué par la féminité, le sable et le soleil, la Méditerranée.


> Et s’il fallait mettre un note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Pensez-vous faire partie des lecteurs susceptibles d’apprécier La salle de bain d’Hortense ?


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One Response to « La salle de bain d’Hortense », de Janine Teisson

  1. Teisson dit :

    Je suis l’auteur de La salle de bain d’Hortense(mon trente deuxième livre). Bravo pour votre analyse critique, c’est si rare! Je suis consciente des défauts (ou particularités) que vous mettez en lumière, et aussi des qualités d’une histoire que j’ai écrite il y a longtemps, à l’époque où ni Gavalda ni Larsen n’existaient au firmament du roman à succès. J’ai écrit La salle de bain avec plaisir, je l’avoue, et tendresse. Avec une certaine révolte aussi. Ce roman, avec Rouge Rossignol (2000) est l’un des plus « doux » que j’aie écrit. J’espère que vous avez lu « Liens de sang », mon précédent roman. Vous n’y trouverez aucune trace gavaldienne et, j’espère, un grand plaisir de lecture. Merci d’avoir cité les éditions du Chèvre Feuille et leur courage. Car il en faut aux petit(e)s pour oser respirer au milieu des grand(e)s.
    J. Teisson

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