> Le livre : La saison des arcs-en-ciel de Cyrille Cléran, éditions de la rue nantaise, 58 pages, 9,90 €, en vente directement sur le site de l’éditeur.
> Le pitch : Pièce de théâtre en 4 actes. Le corps sans vie de M. Victor Xian, richissime homme d’affaires chinois, a été retrouvé par Jean Dumont, son majordome. mis en examen, celui-ci nie. La police insiste. Louise, la femme de Jean, et Marie Topaze, sa meilleure amie, architecte d’intérieur, vont dès lors s’employer à prendre sa défense.
[Cette critique a été rédigée par Lydia, auteur du blog Livres et manuscrits, que nous vous invitons à découvrir]
> J’ai lu, ces derniers temps, bon nombre de pièces de théâtre sans qu’aucune ne sorte véritablement du lot. De la banale pièce se voulant comique à celle qui se veut philosophique (philo du café du commerce en général ! Au secours ! ), j’ai eu droit à tous les styles, du pompeux au simpliste.
Là, avec Cyrille Cléran, c’est une autre histoire et ce fut un véritable coup de cœur. Enfin un rayon de soleil dans l’univers des dramaturges. Car Cyrille Cléran joue dans une autre catégorie, dans la cour des grands. Sa pièce de théâtre, qui se lit très vite (48 pages) est un pur moment de plaisir. Entre le vaudeville et l’absurde, entre Feydeau et Beckett, elle permet de faire rire le lecteur tout en le rendant actif par la réflexion qu’elle engendre. Critique de la société, des forces de l’ordre, de la politique…. Elle se lit à plusieurs degrés et, passé le bon moment que l’on a pris à la lire, on se rend finalement compte que le message n’est pas anodin.
Ce pauvre Jean Dumont paraît pathétique, sans aucun alibi. Pourquoi, après tout, n’aurait-il pas tué son patron chinois ? Les forces de l’ordre, représentées ici par deux femmes, Rosalie Dubal et Viviane Goulu (on admirera les noms !) ne le sont pas moins. Elles se focalisent sur le fait que Jean Dumont a parcouru 16,7 kilomètres à vélo pour prévenir la police. Caricature du détail et de l’exigence hyperbolique dont elles peuvent faire preuve parfois, tout ceci prête à sourire. Quant aux autres femmes, qui vont se faire les avocates de Jean (Louise, sa femme, Marie Topaze, une amie architecte d’intérieur), elles apparaissent comme des gourdasses issues de la moyenne bourgeoisie. Tous les poncifs du genre sont mis en œuvre pour nous faire rire: cocufiage, Q.I avoisinant les pâquerettes…. Bref, tous les ressorts du vaudeville. Ah ! J’oubliais Véronique, sœur de Marie… qui téléphone pour dire qu’elle s’est faite agresser.. et qui fait une description enjolivée de son agresseur. Et Sabine, l’employée de maison serbe qui intervient toujours quand il ne faut pas. L’absurde dont je parlais au début, est souligné non seulement par ces situations caricaturales mais également par l’apparition d’un squelette qui parle, lors du deuxième acte, celui de l’interrogatoire de jean. On se croirait dans Hamlet.
Certains, ou plutôt certaines, pourront voir dans cette pièce une critique acerbe de la gente féminine. Cependant, je crois qu’il ne faut pas aller jusque-là, le Jean Dumont en prenant aussi pour son grade.
Un petit bémol dans tout ceci: je trouve que la fin arrive trop vite. Le lecteur n’est pas préparé. Ceci dit, je conseille vraiment de lire cette pièce.
> Extrait :
Sabine (immobile comme une statue) : Je crois qu’on a sonné.
Marie : Alors allez ouvrir au lieu de rester plantée là comme une andouille !
Sabine : Comme une quoi ?
Marie : Comme une buse.
Louise : C’est sûrement Jean.
Marie (attrapant son amie par la manche) : Tu sais Louise, entre lui et moi, c’est toujours resté à un niveau entièrement platonique ; nous ne nous sommes toujours rencontrés qu’en tout bien tout honneur.
Louise : Tu n’as pas besoin de me le dire ; j’ai une absolue confiance, en toi comme en lui.
Marie : Dieu merci. Je n’aurais pas aimé qu’une sombre histoire de meurtre sordide ne vienne polluer la belle relation d’amitié que toi et moi entretenons depuis tellement d’années.
Sabine (revenant seule, très embarrassée, un peu apeurée) : Madame ! Elles sont revenues !
Marie : Qui ça ?
Sabine : Les deux hyènes de tout à l’heure, elles sont revenues !
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> La saison des arcs-en-ciel est en vente directement sur le site des éditions de la rue nantaise.
> Lisez-vous régulièrement des pièces de théâtre ? Si oui, pensez-vous pouvoir étre séduit(e) par La saison des arcs-en-ciel ?
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La saison des arcs en ciel est une pièce originale, drôle,enlevée et très profonde… J’ai eu l’occasion de la faire lire à quatre personnes de mon entourage, adhésion totale et générale de ce livre. Et pour avoir lu des centaines et des centaines de pièces, je dois dire, que celle-ci sort de l’ordinaire…
Je recommande donc chaudement sa lecture.