« La part du feu », de Michèle Bus-Caporali

La part du feu

> Le livre: La part du feu, de Michèle Bus-Caporali, éditions Symétrie, 145 pages, 11 €.

> Présentation : Ton départ fulgurant n’a été qu’un immense appel, un cri total vers la vie, d’une intensité qui l’a transposé hors de l’audible. Étourdissant, il se perpétue en infrasons pour demeurer ici. Par bonheur, la musique était entrée en moi assez tôt pour me faire vibrer d’une autre manière. Ces derniers temps, je n’ai été que la fille adoptive du silence. L’heure est venue de réintégrer le domaine impalpable des sons pour y trouver le soulagement. Finie l’inaction totale qui éteint. Heureusement, en musique, il s’agit d’abord de planer sur des étendues calmes, en attendant de redevenir capable de se laisser filer pour descendre des rapides, animé d’une autre sorte d’émotion.

[Cette critique a été rédigée par Anne, du blog Des mots et des notes que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Ce récit (oui, récit plus que roman) est porté par la voix d’une mère qui dit le deuil impossible de sa fille. Claire est morte à 22 ans, et le doute qui plane dans les premières pages du roman est levé après un certain temps : il semble que la jeune fille se soit jetée sous un train. Pourquoi cette fille, brillante et belle, à qui tout semblait sourire dans la vie, a-t-elle donné fin à ses jours ? La mère, dont nous ne connaîtrons jamais le prénom, exprime sa colère, son déni, son impuissance à trouver des réponses. Elle dit la dépression qui a envahi ses jours, son incapacité à reprendre une vie normale, à retrouver le fil d’une vraie union avec son mari Gus, ses semblants de vie normale avec ses deux fils, Luc et Michel, qui ont réussi quand même à mener leur barque, à fonder une famille et à donner la vie à leur tour. Tandis que la mère de famille se laisse dévorer, brûler de l’intérieur par la douleur.

« Un train a traversé nos vies, laissant derrière lui le chaos. » (p. 112)

Elle raconte tout cela quinze ans après la mort de Claire... Un deuil qui semble impossible, une mère qui ferait tout pour retrouver son enfant. « Je me demande si retenir trop fort la mémoire des défunts n’empêche pas leur âme de décoller du sol pour rejoindre l’un ou l’autre de ces paradis que décrivent les hommes depuis la nuit des temps. » (p. 31) Car finalement, bien (trop ?) longtemps après, la mère se rend compte qu’elle a jusque là été enfermée dans sa propre souffrance, qu’elle s’est heurtée à des murs d’incompréhension fabriqués par elle-même en quelque sorte : elle a toujours voulu le meilleur pour ses enfants, elle a toujours placé la barre très haut, elle vivait sans doute une relation assez fusionnelle avec sa fille aînée. Celle-ci a voulu s’affranchir de l’autorité maternelle, chercher dans d’autres absolus épuisants une raison de vivre, et cela se termine tragiquement. Et même dans le déchirement de la séparation, la mère met encore un long temps avant de se mettre vraiment à l’écoute de la douleur de sa fille.

La mère réussira à sortir de la dépression grâce à la musique (magnifique description du Concerto pour la main gauche de Ravel, qui accompagne la douleur) et à la coupure radicale avec le village provençal où la famille s’était réfugiée après le drame. Elle quitte la campagne où le feu dévorant du deuil l’enfermait pour retrouver Marseille, et l’élément liquide de la Méditerranée, pour enfin revivre.

Il me faut l’avouer, j’ai eu un peu de mal à terminer ce livre. Légère panne de lecture ? Pas assez accrochée par un récit où la mère reste omniprésente ? Certes, le mode de narration la met sur le devant de la scène, mais j’ai peut-être été gênée par cette relation qui reste fusionnelle, obsessionnelle, jusque dans la mort. Certes, la mère réussit à s’en sortir, à vivre avec l’absente dans un nouveau mode de relation. J’ai peut-être frustrée par l’absence du point de vue des autres membres de la famille.

L’écriture est serrée, souvent poétique, parfois un peu lourde à vouloir en dire trop. Ce n’est pas évident d’aborder ces thèmes. Est-ce une histoire vraiment vécue ? C’est très intéressant (quoique parfois un peu artificiel) de voir la place de la musique dans cette renaissance.

Un livre difficile par son sujet, il faut accepter d’entrer dans l’intime d’une mère blessée, dévastée par le deuil et de remonter avec elle vers la lumière.

 

> Extrait :

“Une gerbe d’étincelles s’échappant de la fournaise a été ton bouquet final. Avec l’énergie d’une bombe, l’enfer de cette tempête de feu a fait voler en éclats tout ce qui, de près ou de loin, reflétait ta présence. Il a fait nuit en plein jour. Nul besoin d’être en contact direct avec de flammes d’une telle puissance pour être carbonisé” (p.648)

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

 

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