« La fumée qui gronde », de Philippe Zaouati

La fumée qui gronde

> Le livre : La fumée qui gronde de Philippe Zaouati, arHsens éditions, 208 pages, 17 €.

> Le pitch : Que se passe-t-il dans la tête d un golden boy porté au pinacle pendant deux décennies, considéré comme l’exemple même de la réussite sociale, et que l’on accuse soudain de tous les maux jusqu’à se réjouir de sa chute ? Que reste-t-il à un homme qui a construit son existence sur la domination, l’argent, l’apparence, et qui se retrouve du jour au lendemain humilié, jeté à la porte devant les caméras de télévision avec une boîte en carton dans les bras ? Face à la débâcle de sa vie, Emmanuel est contraint de se poser des questions qui ne l’ont jamais effleuré auparavant. Il se surprend à mesurer le prix de ses sacrifices et de ses renoncements.

[Cette critique a été rédigée par TrepanBouB, dont nous vous invitons à découvrir le profil sur Babelio]

 

> La fumée qui gronde est le premier roman de Philippe Zaouati, publié chez arHsens édiTions.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un point sur cet auteur pas comme les autres est nécessaire. Cadre dirigeant d’une grande banque française, c’est d’abord un passionné d’économie et de finance. Il a par ailleurs déjà publié deux ouvrages plus techniques parlant de gestion et d’investissement. Mais c’est aussi un passionné d’écriture depuis sa plus tendre enfance, et il vient enfin de franchir le pas avec ce roman.

La fumée qui gronde est un savant mélange de fiction et de crise financière malheureusement bien réelle. Le mélange est à tel point réussi qu’on en arrive à oublier que les personnages et leurs histoires sont fictifs. On a par moment l’impression de lire une autobiographie, qui pourrait très bien, pourquoi pas, être celle de l’auteur.

Philippe Zaouati se sert de la crise financière de 2008 comme fil conducteur à ce roman. Emmanuel, jeune trader travaillant chez Lehman Brothers à Londres, vient de subir de plein fouet les conséquences de la crise des subprimes venue des Etats‐Unis. En l’espace d’une journée, c’est tout son univers qui s’écroule. Les banques sont pointées du doigt, il faut un responsable à ce désastre financier. Les golden boy vont servir de fusibles à l’économie capitaliste et Emmanuel fait partie de ceux là.

Insomnie, dépression, divorce, syndrome du dimanche soir… Nous voilà transporté dans les méandres de la vie d’un jeune trader avec tous les mauvais côtés que cela représente. Page après page, on découvre à travers cinq villes qui ont marqué cette descente aux enfers, comment Emmanuel en est arrivé là. Comment, pour lui, le point de départ de cette déchéance se situe un certain 11 septembre 2001. La façon dont il va gérer plus ou
moins bien cette crise existentielle qui s’ajoute à celle financière.

La fumée qui gronde est un roman intéressant étant donné ce mélange fiction / événement réel. La narration est fluide, facile à lire. On entre aisément dans la vie du personnage principal. La crise financière étant bien réelle, on retrouve quelques éléments explicatifs sur le milieu de la finance et des traders. Philippe Zaouati sait de quoi il parle, et j’ai particulièrement apprécié les quelques remarques concernant le « tout capitalisme » de notre société.

> Extrait :

« Pendant la moitié de ma vie, j’ai joué sans vraiment le vouloir le rôle du héro aveugle et méprisable d’un monde brutal et injuste. Je plaide coupable avec le vague espoir de bénéficier des circonstances atténuantes. Ce monde vacille, mais je ne suis pas dupe. La cupidité des puissants est trop forte pour que l’édifice s’écroule vraiment. Les enjeux sont bien trop grands. Les riches du Nord sont trop habitués à la gabegie de dollars et de dérives carbonés en tous genres, et les pauvres du Sud ne rêvent qu’à y gouter enfin. Les pays occidentaux viennent de déployer en quelques mois plus d’énergie et d’argent pour sauver leur petit confort qu’ils n’en ont dépensé en un siècle pour combattre la pauvreté et la misère sur le reste de la planète. »

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : pour la petite parenthèse littéraire dans mes choix de lecture habituels et le plaisir que j’ai pris à lire ce roman.

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Pourriez-vous être intéressé parun roman qui parle de la crise financière ?




 

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10 Responses to « La fumée qui gronde », de Philippe Zaouati

  1. SAINT-LUC dit :

    Lorsqu’on sert un système, lorsqu’on le sert fidèlement et pendant un certain temps, on ne peut en être dupe, ou alors on est un imbécile.
    Les « pauvres » traders sortant de chez Lehman Bros, leur carton entre les mains, ne m’ont donc pas tiré de larmes.
    Pour nos parents ou grands-parents, le monde s’était écroulé en juin 1940, pour notre génération, c’est en 2008 qu’il a été effectivement complètement bouleversé, fermant ainsi une paranthèse initiée sous Reagan, magnifiée par Mitterand et Tapie, qui voyait en l’entreprise, la création de richesse, le risque, les épées des modernes seigneurs.
    Eh bien, je préfère mille fois le courage des pompiers anonymes ou infirmières mobilisées contre des nuits sans sommeil aux faiseurs de paillettes.
    Le conducteur de la locomotive qui menait à Dachau savait. Le trader également. Servants dévoués bien que modestes d’un système dont ils étaient à même de percer les finalités.

    • Le trader masqué :) dit :

      Saint Luc !!! nous récite les évangiles de la bêtise.
      Ne savez-vous pas que lorsqu’on ne trouve que les nazis et la Shoah comme point de comparaison, c’est un signe de pauvreté intellectuelle… ?
      Lisez plutôt le bouquin.

      • SAINT-LUC dit :

        je suis donc plus pauvre que Job puisque, non content de n’être point riche, j’ai également de gros trous dans le cervelet (dans mon cas, n’évoquons pas un cerveau entier, ce serait par trop prétentieux).
        Revendiquant donc toujours ma pauvreté intellectuelle, et poussez donc jusqu’à ma bêtise si celà vous fait plaisir, je maintiens: les traders savaient, et savaient parfaitement. Les seuls éléments qu’ils ignoraient, étaient la date et le fait déclencheur.
        Il est vrai que le syndicat des conducteurs de trains, s’il existe, pourrait, lui, s’offusquer de la comparaison, et là encore pourtant je maintiens.
        On m’objectera qu’à leur places respectives, ni les traders ni les conducteurs n’auraient, individuellement, changé quoi que ce soit au système. C’est vrai, mais est-ce une excuse si valable pour accepter de rester inclus dans le système ? Chacun porte en soi la réponse…
        Et je préfère toujours les pompiers bénévoles et les infirmières !

      • arribat dit :

        Voilà typiquement le ton à éviter, car à vrai dire comme un boomerang il se retournera contre son auteur. pour moi l’insulte même légère en introduction disqualifie et en l’occurrence à part un rejet sans véritable originalité des arguments de SL vous n’apportez rien de constructif ni d’intéressant. C’est le genre de remarques que l’on rencontre sur tous les mauvais blogs et qui désespèrent toute personne raisonnable de voir internet devenir le lard donné au cochons.

  2. arribat dit :

    L’état américain a donné en 2009 270 milliards de dollars aux organismes de crédits et banques pour les sauver de la faillite. 10 milliards sont venus renflouer Goldman Sachs qui s’est empressé d’affecter ces liquidités au paiement des primes annuelles de ses 443 dirigeants (12milliards) et à l’occasion, de les récompenser de la baise de 47% des résultats pour 2008. Bienvenue dans le monde merveilleux à cette classe Alpha méprisant les masses subalternes comme nous l’a décrite Huxley.
    Dans le même temps ce même état encouragé par les banques laissait la crise des subprimes jeter à la rue des individus incapables de payer leur crédit pour ne pas créer un fâcheux précédent.
    Géométrie variable dans le monde du capitalisme ou depuis longtemps la loi a remplacé la justice.

    Alors totalement d’accord avec Saint-Luc sauf que les années Reagan et son cortège de l’école de Chicago ne sont pas encore vaincus.(voir plus haut)

  3. Vincent dit :

    @ Le trader masqué : La crise financière constitue un sujet extrêmement polémique, surtout lorsqu’on analyse ses causes et qu’on essaie d’identifier ses responsables. C’est d’ailleurs à mon sens tout l’intérêt de « La fumée qui gronde » que de proposer une approche originale de ce sujet, par le roman. Dans ce contexte, il est tout à fait normal que s’expriment à ce sujet des points de vue différents et, qui plus est, des points de vue avec lesquels vous ne soyez pas d’accord. Et c’est un des intérêts de ce site de permettre, à partir d’un livre, d’ouvrir le débat sur des problématiques plus larges.

    Toutefois, il y a une limite à ne pas franchir, qui est de passer du terrain des idées à celui de l’attaque ad personam. C’est la raison pour laquelle j’ai modéré une partie de votre réponse à Saint Luc. Il serait en revanche tout à la fait intéressant que vous développiez votre pensée, et expliquiez ce qui vous semble contestable dans le point de vue de Saint Luc, et pour quelles raisons.

    Bonne soirée !

  4. Philippe Zaouati dit :

    Je me permets juste d’intervenir pour dire que je suis tout à fait d’accord avec la plupart des choses dites par Saint Luc et arribat concernant la crise financière, les errements de la finance et ses conséquences.
    Ce que je trouve dommage en revanche, c’est de s’en tenir à ce niveau de la critique et de refuser de comprendre que toutes les couches de la société sont composées d’êtres humains, avec leur histoire, leur parcours, leurs questionnements, leurs doutes.
    C’est cette richesse humaine qui est essentielle et qui fait que la littérature sera toujours supérieure à des débats finalement relativement simplistes que l’on trouve justement partout sur internet.
    J’ai tenté de montrer ces questionnements, ces déchirures intérieures, mais aussi le danger de procès de banquiers à la mode Torquemada.
    On peut aimer les pompiers et les infirmières et détester les traders … ce n’est pas très héroïque et c’est plus facile à vrai dire que l’inverse. Ce qui m’intéresse, c’est de dépasser l’habit qui comme chacun sait ne fait pas toujours le moine !
    Bonne soirée à tous et si l’un des commentateurs voulaient prendre un peu de son temps pour lire mon livre et le commenter plutôt que de surfer sur ce billet pour y affirmer ses points de vue … je trouverais cela sympa !

    • TrepanBouB dit :

      Tout à fait d’accord avec vous …

      Comment peut on parler d’un livre sans l’avoir lu ?!!?

      C’est quand même dommage que vous soyez obligé de vous justifier de ce que vous avez écrit.

      En tous cas, j’ai pris un certain plaisir à lire et à « critiquer » votre roman.

  5. SAINT-LUC dit :

    @ TREPANBOUB:
    Ni Arribat ni moi ne parlions du livre, ni de la critique d’ailleurs.
    il s’agissait juste d’une opinion sur les errements et conséquences des marchés à terme.
    L’auteur ne justifiait pas ce qu’il a écrit, et n’en avait d’ailleurs nul besoin: je n’ai pas vu ici la moindre attaque, ni contre l’auteur, ni contre son livre.
    D’ailleurs, puisque vous avez pris plaisir à lire le roman, c’est qu’il vaut certainement le coup.

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