> Le livre : La Canine impériale, de Pierre Charmoz et Studio Lou Petitou, Sous la Cape, 376 pages, 20 € en format papier, contribution libre en format numérique.
> Le pitch : 1853. Monsieur et madame Badinguet sont à peine installés aux Tuileries que le pavé parisien regorge de cadavres exsangues. Vidocq et Renan mènent l’enquête, secondés par Prosper Enfantin, les Saint-Simoniens et l’énigmatique Van Helse. Sans oublier Anaïs, Élisabeth et la marquise de Las Maresmas, bien décidées à en remontrer aux hommes pour l’efficacité de la chasse anti-vampires.
[Nous vous proposons conjointement les critiques de deux de nos contributeurs, La ptite Julie et Iluze, auteur du blog Chez iluze , afin de vous permettre de bénéficier d'une meilleure confrontation des points de vue]
> La critique de La ptite Julie
Enfin une vraie histoire de vampires ! C’est ce que je me suis dit en commençant ce livre. Il est vrai que ces derniers temps les vampires étaient devenus, par effet de mode, gentils, romantiques voir bons fondamentalement. Mais pas ici. Et c’est ce qui m’a tout de suite plus dans ce roman. La canine impériale conserve l’imaginaire vampirique des plus classiques avec ses aspects envoutants, passionnels mais avant tout cruels.
Qui plus est, ce roman s’inscrit dans des faits historiques réels, avec des personnages ayant existé. Les aspects historiques, d’ailleurs (mis à part de légers anachronismes dont est averti le lecteur), sont fidèles à la réalité. Il y a derrière cet écrit un vrai travail d’historien ! Et cela donne à ce roman fantastique un côté de troublant de vérité. Le lecteur aura tendance à se faire balader aisément entre Histoire (avec un grand H) et histoires. De quoi rendre la lecture troublante, comme sous une influence vampirique.
Cependant, j’émettrais quelques réserves tout de même. Malgré une écriture fluide et une histoire très intéressante, le lecteur aura tendance à décrocher facilement s’il ne lit pas ce roman d’une seule traite. En effet, les personnages sont nombreux, les histoires s’entrecoupent parfois de façon hasardeuse ce qui peut faire perdre le fil. J’ai moi-même dû relire certaines pages parfois pour situer un personnage ou comprendre un passage du livre. Et je ne l’ai pourtant lu qu’en une semaine. C’est le gros bémol selon moi pour cet ouvrage. La complexité de l’histoire découragera sans doute certains lecteurs également.
Enfin, La Canine impériale n’est pas destinée à des lecteurs jeunes en raison de passages orgiaques et/ou très libertins. Attention donc à ne pas proposer ce livre à la légère à votre adolescente fan d’histoires de vampires !
> Extrait : « [...]de très jeunes filles, elles, disparaîtraient – on en retrouverait parfois, cousettes et lingères, au fond d’une cour ou dans un recoin d’escalier, exsangues, le visage figé dans une expression de terreur indicible. La plupart, orphelines ou abandonnées. Des malheureuses, que nul ne réclame. Des enfants aussi, des petits cadavres non pas gonflés mais vidés de tout leur sang, au fil de la Seine, qu’on repêche du côté de Suresnes. »
> La critique d’Iluze
J’étais vraiment très intéressée de découvrir cette oeuvre, car cela fait déjà un petit temps que je n’avais plus lu de récits sur les vampires. Ce qui m’a tout de suite sauté aux yeux est le style des auteurs. Il est particulièrement riche. J’ai même souvent dû aller consulter le dictionnaire. Le style est gracieux et les descriptions sont conséquentes.
J’ai aimé découvrir les différentes époques mentionnées dans le roman. Il y avait évidemment le Second Empire, mais aussi de nombreuses « mini-histoires » racontées par certains personnages.
J’ai aussi apprécié les références religieuses. J’ai toujours été intéressée par l’Histoire chrétienne et j’ai aimé suivre les personnages de certains des prêtes et des religieuses du roman.
Mais, malheureusement, ces points positifs n’ont pas suffi à me faire apprécier cette lecture. Je trouve que l’histoire avance beaucoup trop lentement. Je me suis beaucoup ennuyée, je décrochais très vite. J’ai dû prendre mon courage à deux mains pour terminer ce livre. Heureusement que l’action est plus présente vers la fin du roman, c’est ce qui m’a fait tenir le coup.
J’ai aussi été assez déçue des vampires. Leurs attributs sont tout à fait classiques et, vu le style très riche des auteurs, je pensais que ces personnages seraient plus élaborés, plus originaux que dans un roman bit lit par exemple (la bit lit, littéralement « littérature mordante pour jeunes filles » est un sous genre de la Fantasy urbaine, ndlr).
De plus, le récit est parsemé de scènes sexuelles qui sont bien trop nombreuses à mon goût, surtout qu’elles n’apportent la plupart du temps aucun intérêt à l’intrigue. Et cela rejoint un peu ce que je disais juste avant. Pourquoi les vampires devraient-ils être forcément sensuels ?
La Canine impériale est loin d’être un navet, mais il n’a pas su me passionner comme je l’espérais.
> Extrait :
Un petit cri la réveille. Marie, une des plus jeunes orphelines, une douce enfant, un ange, vient d’entailler son pouce avec un couteau en épluchant des pommes de terre.
– Petite maladroite ! la réprimande gentiment sœur Léonice.
La fillette se met à pleurer.
– Ne la grondez pas, dit la belle dame. Marie, viens me voir.
La jeune enfant tend à Ninon un petit pouce dodu d’où perlent quelques gouttes de sang. Celle-ci y porte vivement ses lèvres et suçote la blessure – plus qu’il n’est nécessaire, semble-t-il, puisque la petite Marie essaie de retirer son pouce de la bouche de son « infirmière ». Elle gigote et recommence à pleurer.
– Petite sotte ! s’impatiente sœur Léonice. Madame Ninon est bien bonne de soigner ta blessure. C’est une sainte, elle va te guérir.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> La Canine impériale est en vente sur le site des éditions Sous la Cape
> Qu’avez-vous pensé de ces critiques ? Ces deux points de vue vous ont-ils donné envie de découvrir La Canine impériale ?
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Je crois (mais je demande l’indulgence en cas d’inexactitude) qu’il s’agit de la première fois où deux critiques d’un même ouvrage sont présentées ensemble. Cette approche semble fondée, car elle permet de lire des points de vue différents.
Dans le cas présent,ceux-ci se complètent admirablement. Un bémol néanmoins: le style des deux blogueuses me semble très supérieur à celui de l’extrait de l’oeuvre: est-ce logique ?
@ Saint-Luc : Effectivement, c’est la première fois ! (ou plutôt, non, je dis une bêtise, ça avait déjà été le cas une fois avec les Blogalams)
Nous allons essayer de renouveler cette approche aussi souvent que possible, mais il faut pour cela que le « timing » des contributeurs concorde et qu’ils nous envoient leurs critiques de manière simultanée.
C’est, en creux, un très beau compliment que vous faites à La ptite Julie et Iluze, concernant leur style !
J’ai déjà lu « Le vampire de Wall Street » des mêmes auteurs (Pierre Charmoz et le Studio Lou Petitou), j’ai trouvé cette histoire captivante. Alors du coup ça me tenterais bien de récidiver avec « La Canine Impériale », vos avis donnent envie malgré votre ressenti mitigé.
@Illuze : Un vampire c’est forcément sensuel, pour séduire ses victimes sans éveiller les soupçons
@Fildediane: Justement, on pourrait imaginer d’autres types d’approches de la victime ^^.