> Le livre :Je jardine ma ville de Sylvie Cachin, échange avec Sylvie Ligny, Rue de l’échiquier, 96 pages, 12 €.
> Le pitch : « Je jardine ma ville » est un projet d’ensemble mis en place au niveau d’une commune. Celle-ci fournit plantes et compost, en échange de quoi les riverains s’engagent à créer et à entretenir des massifs sur les trottoirs, les talus ou les bandes de terre situées au pied des clôtures, le plus souvent dans le prolongement de leur jardin. Sylvie Ligny a voulu rendre compte de l’extraordinaire impact social et environnemental de cette expérience de jardinage citoyen menée par la paysagiste Sylvie Cachin.
[Cette critique a été rédigée par Renée Gaivort, auteur du blog Renesens que nous vous invitons à découvrir]
> Ce livre décrit une opération portant le même nom, créée par le CAUE 95 (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) et qui a pour but l’embellissement des rues d’une commune par les habitants eux-mêmes. Ce projet, initié par les élus locaux, se veut social, paysager et interactif. Et cela dure depuis une dizaine d’années dans une dizaine de petites communes.
Le principe est le suivant : après les réunions publiques réunissant élus et habitants, les études de terrain, les choix et commandes de plantes, chaque habitant (volontaire et bénévole) se voit attribuer un coin de rue ou de trottoir près de chez lui afin d’y créer un massif de plantes (soigneusement choisies : couleurs, espèces, besoins en eau, adaptation au sol…) et qu’il doit entretenir régulièrement. Il est difficile avec ce genre de livre de ne pas analyser le projet en lui-même. C’est donc ce que j’ai fait, en me basant sur ma propre expérience dans ce domaine.
Le format du livre est agréable. Il est illustré de photos, ce qui apporte un plus indéniable. Les échanges entre la journaliste et la personne responsable de ce projet au CAUE 95 sont riches et pertinents. Les deux femmes présentent bien le projet, dont on découvre les étapes successives.
L’intérêt majeur du projet réside dans le fait qu’il intègre à la fois la préservation du cadre de vie des habitants, la valeur paysagère d’un quartier, le lien social et les échanges entre les habitants et l’ensemble des acteurs (élus, CAUE, Conseil Général), et la préservation de l’environnement. Bref, c’est du développement durable au niveau local. On se rend compte que les habitants peuvent devenir de véritables acteurs de leur cadre de vie, tout en partageant des savoirs et savoir-faire. Tout ça dans la convivialité ! Quand on est motivé, ce qui est le cas de ces habitants volontaires, ce type de projet devient passionnant. Enfin, on touche presque à l’art et à la culture avec l’assimilation des massifs créés en tableaux vivants déployant leurs palettes de couleurs.
Cependant, je ne suis pas « emballée » à 100%. Quelques facettes du projet me chagrinent.
A mon sens, il est trop axé sur les plantes cultivées (à l’opposé des plantes plus sauvages) ; il manque une composante plus naturaliste et globale avec l’ensemble des êtres vivants liés au milieu : insectes, herbes folles, oiseaux, etc. Bref, de la biodiversité.
De plus, ce projet apparaît un peu rigide et soumis à des exigences : schémas précis de plantations, choix minutieux des plantes sur « catalogue », un habitant = un massif. Il en ressort un aspect « label » qui ne m’a pas plu. Il est même évoqué dans le livre de déposer le nom « Je jardine ma ville » à l’INPI. Je trouve cette démarche un peu exagérée dans ce type de projet d’utilité publique.
Enfin, nulle part ne sont mentionnés d’éventuelles opérations identiques qui auraient servi de modèle à « Je Jardine Ma Ville », ou de partenariats avec des associations de protection de la nature, ni de bibliographie.
Pour avoir travailler moi-même plusieurs années sur des projets similaires de développement et de promotion de la nature en ville, certes, avec une approche plus naturaliste, je ne peux m’empêcher d’être un peu gênée par l’aspect rigoureux et trop cadré de « Je Jardine Ma Ville ».
Ce type de projet est néanmoins indispensable pour la communauté et l’environnement : pour les communes (avec le concours des villages fleuris, le lien social, la proximité des élus), pour les habitants et bien entendu pour la nature. Il reste donc une belle réussite à encourager.
Au final, c’est le dernier chapitre, le plus court, qui m’a le plus plu : à l’évocation des perspectives de développement et d’amélioration du projet, avec par exemple l’introduction éventuelle de plantes mellifères pour participer à la sauvegarde des abeilles, ou encore l’idée d’en faire un observatoire de la faune (et la ville n’en manque pas : hérissons, chauve-souris, oiseaux…), je me suis sentie pousser des ailes et de me dire « Oui, il faut aller plus loin et intégrer le reste de la nature ! »
> Extraits :
« Notre finalité est d’harmoniser le fleurissement de l’espace public avec la complicité de tous les riverains ».
« Les herbes accueillent de nombreux insectes et protègent le sol. Vive les herbes ! ».
« Je Jardine Ma Ville » peut aussi être le prétexte à une sensibilisation aux enjeux environnementaux ».
« La nature, c’est le sol, l’eau, l’air, la faune, la flore, les milieux… Celle qu’on apprécie, comme les oiseaux dans les arbres ou les coquelicots qui poussent dans le bitume ».
« Par égard aux communes pionnières, le CAUE tient à ce que l’intitulé « Je Jardine Ma Ville » corresponde à certaines exigences paysagères, sociales et environnementales ».
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Etes-vous intéressé par ce genre de projets à l’impact social et environnemental ? En existe-t-il de similaires dans votre commune ? Pourriez-vous envisager d’y participer ?