« Ida Rubinstein », de Donald Flanell Friedman

Ida Rubinstein

> Le livre: Ida Rubinstein, de  Donald Flanell Friedman,  éditions Salvator, 315 pages, 22 €.

 > Présentation : Ecrite à la première personne par un auteur possédé par son sujet, voici une biographie romancée d’Ida Lvovna Rubinstein, célèbre danseuse et mécène ukrainienne d’origine juive qui fut une véritable icône pour la société de la Belle Epoque et travailla notamment avec les Ballets russes de Diaghilev. Dans un style baroque et pourtant bizarrement éthéré, Donald Flanell Friedman nous restitue l’image d’une femme folle de sa beauté et de son talent, tantôt admirable, tantôt exaspérante.

[Cette critique a été rédigée par Woland pour le blog Les Manuscrits Ne Brûlent Pas que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Née en Ukraine le 5 octobre 1885, sous le signe sensuel et amoureux du beau de la Balance, Ida Rubinstein n’est sans doute pas la plus célèbre des ballerines engendrées par les grandes écoles russes de la fin du XIXe siècle. Orpheline, élevée par une tante qui la voyait avant tout faire un beau mariage, elle commença en effet bien trop tard son apprentissage de danseuse classique et n’apprit de cet art que les rudiments.

Mais elle avait, et la chose est trop souvent rapportée pour être fausse, une présence scénique incroyable et ce que certains appellent « la flamme sacrée. » Ainsi que Friedman le lui fait dire dans cette biographie romancée, elle savait qu’elle était née pour la Danse et pour célébrer l’Art et la Beauté. Les photographies qui nous sont restées de ses passages sur scène, notamment pour la « Cléopâtre » de Diaghilev en 1911, attestent ce charisme de quasi déesse, cette certitude éblouissante d’être née pour briller et plus encore pour exprimer une certaine forme d’art.

Le revers de la médaille, c’est le narcissisme. Si l’on en croit Friedman, ou plutôt sa reconstitution de l’esprit qui animait Ida Rubinstein, ce narcissisme, dont la principale intéressée ne paraissait pas se rendre compte, était souvent à la limite du supportable pour l’entourage. Se sentant très jeune – et à tort ou à raison – unique en son genre, la petite Ida fait d’elle-même le soleil du monde qu’elle se crée après la mort de ses parents. Compréhensible et tolérable durant l’enfance, cette conception de l’univers, à laquelle elle ne renonce pas devenue adolescente, puis adulte – à laquelle, plus précisément, elle ne songe pas à renoncer puisque, à ses yeux, c’est là une attitude normale – devient envahissante et même parasitaire avec l’âge.

C’est là que l’ancienne danseuse exécute son ultime pirouette : dans les dernières années de sa vie, elle se tourne vers la spiritualité. Une spiritualité où, si Dieu conserve la première place qui est la sienne, Ida se voit tout de même en esprit exceptionnel.

Donald Flanell Friedman rend avec brio cet esprit. Avec une adresse confondante, il emprunte, pour nous décrire les faits et gestes de son sujet, un style qui colle tout à fait au personnage : baroque et éthéré, excessif et humble, flamboyant et affadi par un narcissisme omniprésent. A lire.

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait:


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