« Histoires pornographiques », de Valentine Abé

Histoires pornographiques

> Le livre : Histoires pornographiques, de Valentine Abé,  éditions La Musardine, 172 pages, 15 €.

> Présentation: Pendant deux ans, Valentine Abé écrit des histoires à son amant. Parfois, l’homme lui en écrit à son tour, lui donne des consignes, ils s’inventent et se mettent en scène, avec leur entourage, les amis de l’homme, les conjoints, ou même des inconnus.

[Cette critique a été rédigée par Audrey Denjean du blog lesderanges-audrey que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Pornographie : Représentation […] de choses obscènes, sans préoccupation artistique et avec l’intention délibérée de provoquer l’excitation sexuelle du public auquel elles sont destinées. (Source définition : TLFI)

Ainsi donc Valentine Abé nous prévient clairement dans son titre quant aux teneurs d’Histoires pornographiques. Sous sa couverture explicite, les feuilles sont maculées de foutre (et autre, comme chez Le petit Vieux). Nulles broderies ni ornements lexicaux pour décrire les relations sexuelles qui unissent les personnages, plus lubriques les uns que les autres.

Au commencement du livre, le décor est planté sans ambages :

—  C’est ça que tu veux ? (demande un des deux hommes à l’héroïne)

—    Oui… Et quand tu m’auras fait jouir ainsi, tu me lècheras et tu glisseras ta queue dans l’autre trou (lui répond-elle en introduisant son index humide entre ses fesses)

Les présentations ainsi faites (titre de cette première nouvelle), Valentine Abé nous invite à épier les jeux érotiques de trois nouveaux personnages. Nous retrouvons la narratrice, dans un café. Elle attend son amant, habillée de la manière dont il le lui a demandé. Très vite, un inconnu vient la rejoindre. Sans aucune forme de politesse, il lui demande ce qu’elle porte sous sa jupe et… l’héroïne lui répond le plus simplement du monde (avec le feu aux joues tout de même) avant de retirer sa culotte. Quelques paragraphes plus tard, nous retrouvons ces deux là cachés dans un coin du café… en compagnie de l’amant de la jeune femme qui les a rejoint.

Quinze autres histoires s’en suivent. Derrière un paravent, durant une lecture ou face à des miroirs, l’auteur y met en scène ses personnages à plusieurs, entre membres d’une même famille et /ou du même sexe. Les protagonistes s’adonnent aux plaisirs de la chair avec une aisance que je qualifierais : d’extraterrestre. Extraterrestre, car au fil des pages, les héros se briquent et s’imbriquent avec un tel naturel que l’on finit par se demander si ces histoires ne se dérouleraient pas sur une planète où luxure et débauche seraient le lot quotidien de tout un chacun. Nul accès de pruderie de ma part, mais les situations de certaines histoires sont tellement burlesques que cela perd (parfois) en crédibilité, particulièrement dans Cambriolage… (N’oublions pas, cependant, que ce recueil est le fruit d’échanges épistolaires entre l’auteur et son amant. Ceci peut donc expliquer le côté farfelu de certaines situations — de certains fantasmes.)

Autres points négatifs et pas des moindres : les scènes de viols, d’incestes et de pédophilies. Le but de cette chronique est de faire découvrir le livre, pas d’entrer dans le débat qui consiste à savoir si, oui ou non, au nom de l’Art/ et ou de la littérature tout est permis… Je précise juste que ces scènes existent dans ce livre, ce qui, pour ma part a été (on s’en sera douté) désagréable à lire. Pornographie rimant, certes, avec provocation mais pas pour autant avec crimes sexuels…

Heureusement, il y a, aussi, dans ce livre de l’humour comme au début de L’arrière-Pays où la narratrice adresse ces quelques mots à son correspondant (et par là même, aux lecteurs impatients !) « Mon brûlant, voici encore pour toi cette histoire, car je sais que tu l’aimes et je cède à tous tes caprices. Ne mollis pas d’impatience si le préambule te semble long… » De l’humour, on en retrouve aussi dans Notre jeu préféré, dont la chute m’a fait rire.

Enfin, je tiens à souligner que si la plume rose de Valentine Abé est très crue, sa plume classique est agréable à lire, ce qui, en évinçant les trois histoires glauques évoquées précédemment, fait « d’histoires pornographiques » un bon livre… pour les amateurs du genre. Car, pour m’en référer une dernière fois à la définition : la pornographie a pour intention de provoquer l’excitation sexuelle du public auquel elle est destinée. Donc, âmes romantiques… s’abstenir d’ouvrir ce livre. Pour les autres vous passerez (je présume) d’agréables moments (en faisant l’impasse sur : La voisine, Terrible petite histoire de la jeune fille en levrette et Ma tante, puisque, pour toutes personnes normalement constituées, ces histoires ne devraient attiser aucun désir).

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait:

 

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