> Le livre :Gurs 10.39, de Patrick Amand, Editions du Caïman, 184 pages, 10 €.
> Présentation : Gregorio Valmy n’avait plus qu’à informer le client que son père était mort accidentellement, en pleine campagne poitevine et encaisser son chèque. Mais l’enquête ne ne s’arrête pas là, plongeant Valmy et son fidèle Jéjé dans les méandres de l’Histoire, celle de la guerre civile espagnole, des Brigades Internationales aux camps d’internement français… De 1936 à 1944. Dans le même temps, la ville retient son souffle : quelqu’un s’amuse à pendre d’honnêtes habitants, de-ci, de-là… Un serial killer à Poitiers ? Du jamais vu…
[Cette critique a été rédigée parCorboland78 auteur du blog que nous vous invitons à découvrir.]
> Un polar donc, avec Gregorio Valmy le privé, héros récurrent de Patrick Amand si j’ai bien compris. L’action se déroule dans la région de Poitiers et débute par une enquête banale sur les circonstances du décès d’un vieil homme, trouvé mort au pied de son châtaignier, tombé de son échelle très certainement, mais son fils a quelques doutes. Ce premier mort dans une région qui semble calme habituellement crée l’évènement, mais quand d’autres cadavres vont être retrouvés les uns après les autres, pendus dans divers endroits de la ville, l’affaire prend une ampleur majeure.
Gregorio Valmy prend désormais l’enquête au sérieux, fouinant à droite et à gauche, usant d’amitiés anciennes pour accéder à des dossiers administratifs et d’un « adjoint » peu regardant sur la légalité pour obtenir des informations cachées. De fil en aiguille, la piste remonte le temps et entre dans l’Histoire, celle de la guerre civile en Espagne, des Brigades Internationales et des camps d’internement en France durant cette époque trouble, de 1936 à 1944. Alors que la police recherche un serial killer, Valmy est sur la piste d’une vengeance qui trouve sa motivation dans le passé.
Patrick Amand a écrit un polar très français dans le style, pour ne pas dire carrément « franchouillard » et je pense qu’il doit le revendiquer, comme sa marque de fabrique. On peut y voir un hommage à Léo Malet (1909-1996) ou Frédéric Fajardie (1947-2008) peut-être, on peut aussi trouver cela un peu lourd parfois. Le privé qui picole beaucoup et mate le cul des serveuses, le commissaire Castelli et ses hommes, lourdauds et pas malins, « Ce gros con de Castelli »… On connaît par cœur tous ces clichés qui sont aussi les repères basiques autant que classiques du polar bas de gamme.
L’enquête se traîne un peu, sans rebondissements spectaculaires mais par des avancées au bonheur la chance qui font dire à Valmy « Je ne sais pas si on va avoir du bol longtemps comme ça… ». Des digressions viennent épaissir le roman, comme les « exploits » sexuels de son compère ou une scène désopilante dans un collège avec un proviseur qui veut qu’un élève beur descende de l’arbre où il est perché et cherchant une réplique imparable annonce « … ils obtempèrent ! » qui se comprend aussi comme « zob ton père ! », d’où quiproquo. Pas très fin, mais drôle quand même.
Néanmoins, le volet historique est très instructif et mériterait qu’on s’y attarde par ailleurs, c’est cet angle culturel qui sauve ce roman. Je pense que l’auteur devrait abandonner la veine de la gaudriole qui est dépassée sous cette forme de nos jours, trouver un ton plus profond et personnel tout en continuant à écrire des polars sur un fond historique, ce qui serait là une bien meilleure « marque de fabrique ».
Le roman n’est donc pas mauvais, mais il n’est pas non plus inoubliable en l’état. Le côté positif, c’est que je suis certain que Patrick Amand peut faire mieux en hissant son niveau d’ambition.
> Extrait :
« A force de faire l’aller-retour entre Poitiers et Dissay, Gregorio Valmy avait eu l’occasion de se promener dans le bourg de la petite commune. Juste le temps de découvrir, plus que le château qui faisait la renommée de Dissay, les saucisses du boucher charcutier de la place Grand Cour, Stéphane Vincent. Après les avoir testées, il revenait dès qu’il le pouvait s’approvisionner en saucisses de bœuf à l’échalote, au piment d’Espelette, à la vigneronne… et autres saucisses de veau et de canard. Mais en ce mois d’août, les clients s’arrachaient la nouveauté de l’été : la Chipouillette. La Chipouillette, qui méritait une majuscule selon les dires du maître des lieux, n’était ni plus ni moins qu’une chipolata d’andouillette. Mais il fallait y penser. Preuve que le Génie français pouvait très bien s’exercer dans le domaine de la saucisse. Mais là, l’heure n’était pas à la bonne chère. »