> Le pitch : De la Nouvelle Calédonie à la banlieue brestoise. Bigames, cocus magnifiques, petites frappes, amants diaboliques, arnaqueurs, maris moyens, femmes communes, ils ont tous été pétris dans la même mauvaise glaise. Rugueux, réaliste, saisissant et violemment efficace, En courant vers le Minotaure jette un regard sans complaisance ni pitié sur un monde en décrépitude qui crache son malaise et hurle son désespoir.
[Cette critique a été rédigée par Ramettes, auteure du blog L’atelier de Ramettes que nous vous invitons à découvrir]
> En courant vers le Minotaure… J’avoue que je cours toujours pour trouver un sens à ce titre, je n’y ai vu ni labyrinthe, ni Thésée, ni Minotaure, ni fil d’Ariane ! Les chapitres sont courts avec comme titre le nom du personnage dont il est question à ce moment là, c’est une bonne idée car cela facilite le repérage du lecteur.
Le prologue est surprenant et assez intense. S’en suit une rupture totale qui déstabilise. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Mais, heureusement passé le premier quart j’ai eu le déclic et je me suis laissé entraîner par la dynamique de l’intrigue.
J’ai pris plaisir à trouver des mots ou des tournures de phrases qui sortent de l’ordinaire. Ceci est bien sûr subjectif. Certains vocables m’interpellent, alors que pour d’autres ils passeront inaperçus. Pour moi, trouver des mots comme « anomie », « chromolithographie », « mâchure » , « effluence », « crépidule » me faisait penser à des petites perles qui finissent par former comme un collier. J’attendais la prochaine trouvaille.
Le texte est émaillé de mots bretons et kanaks. Ce qui donne lieu à 15 notes en bas de pages, comme p. 80 « une fille de Lifou » note 10 « Une île de Loyauté, archipel situé sur la côté est de la Grande-Terre de Nouvelle Calédonie. »
Parlons de l’intrigue, à chaque personnage son histoire. L’auteur retrace l’historique de chacun. Des personnages qui ne devraient pas se rencontrer sont en fait liés sans le savoir. Le narrateur nous dévide non pas un fil d’Ariane mais une toile d’araignée.
Dès le départ, on connaît la cible : Marcus Dillard et on se dit : « mais bon sang quand va-t-il mourir ? » Pour ce qui est du comment, on se doute juste que cela sera de manière atroce. Les rebondissements sur le dernier quart du roman accélèrent le rythme de lecture.
Les personnages sont comme vous ou moi et, pourtant, ils vont se retrouver embarqués dans une drôle d’histoire. Je ne me suis attachée à aucun personnage. Je suis restée à l’extérieur.
Il y a un côté absurde et inéluctable qui ferait presque sourire, mais il manque un petit quelque chose pour atteindre l’ironie. Ce n’est certainement pas le but de l’auteur mais cela aurait donné un peu de sel… Ce polar se lit facilement, bien qu’annoncé comme un « roman policier », j’y vois plus le côté sombre de l’humain que le côté enquête.
L’auteur a d’autres romans à son actif et cela serait intéressant de voir si, dans les autres histoires, la Nouvelle Calédonie est encore plus présente que dans celui-ci. Je ne connais pas cette partie du monde, ni la littérature qui s’y réfère, mais je n’ai pas l’impression que ce décor soit souvent utilisé en Métropole.
> Extraits :
« Quand il ratait son premier sommeil, comme ce soir, Marcus s’avouait de plus en plus terrifié par la fuite des jours, par la dégradation du temps intérieur, par le ressassement des ruptures incomplètes et des hésitations définitives, par l’accumulation des rêves qu’il n’avait pu réaliser. » (p.119)
« Wil dormait. Morgane avait récité ses leçons. Un travail maigre comme dans toutes les écoles de France, des DOM et des TOM. Partout les même consignes : ne pas fatiguer l’enfant, renforcer son estime de soi en ne le mettant pas en difficulté, diluer l’apprentissage jusqu’à ce qu’il ressemble à une granule homéopathique. Résultat : les gamins avaient une mémoire d’eau claire. » (p.103)
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? En courant vers le Minotaure est-il le genre de livres susceptible de vous intéresser ?