« Eloge de la limite », de A. Filo

Eloge de la limite

> Le livre : Eloge de la limite, de A. Filo, Filosphère, 144 pages, 16 €, en vente sur le site de l’éditeur.

> Présentation : Un recueil de textes conjuguant poésie, philosophie, spiritualité, érotisme, surréalisme. Certains sont crus, d’autres questionnent, révèlent, affirment, ou font juste rêver. La limite est faite pour être explorée et dépassée.

[Cette critique a été rédigée par Stéphanie, auteur du blog Imperceptible passage du temps, que nous vous invitons à découvrir]

 

> Matériellement, Eloge de la limite est un ouvrage agréable à lire. D’un format A5, couverture brillante représentant une ombre sur un fond (sol ou mur) où apparaît des inscriptions (pas vraiment des mots mais des fragments de mots), comme un support sur lequel on écrirait et réécrirait sans cesse. Le nom de l’auteur et celui de l’éditeur se font discrets, le titre est également assez en retrait. L’image de cette couverture est intitulée « autoportraits par l’auteur ». Le dos de l’ouvrage est illustré d’une photo de rocher gris et rose avec une grosse trace noire, comme un vestige d’inscription. La 4e de couverture nous indique qu’il s’agit d’une seconde édition comportant quelques textes supplémentaires mais sans les photos et musique présentes dans une première édition chez un autre éditeur.

En ce qui concerne le contenu, la 4e de couverture nous annonce une « poésie étrange, métaphysique ou crue… » Je ne saurais mieux qualifier les poèmes de ce recueil. Sur environ 135 pages, les poèmes se succèdent, plus ou moins longs, plus ou moins poétiques. C’est une poésie réellement étrange, ni vraiment « classique » ni vraiment loufoque. Elle parle aussi bien de la vie quotidienne que des sentiments. Et c’est ce qui me gêne ici, cet éternel entre-deux : ni vraiment ceci, ni tout à fait cela. A la longue, cela devient difficile à suivre.

Les poèmes les plus philosophiques le sont tellement qu’il faut se pencher dessus comme sur un devoir de terminale (ah, sacrés souvenirs !) pour comprendre un minimum de quoi il s’agit. Ce n’est pas une poésie qui va de soi : on sent l’effort dans les jeux de sonorités, on sent le labeur, cela ne coule pas tout seul. C’est dommage car, parfois, perce une certaine poésie, celle que j’aime c’est à dire l’inverse du quotidien et du trivial, une poésie qui évade et fais rêver, une poésie qui appelle à nos sentiments et nous fait ressentir les états d’âmes de l’auteur. Ici, tout me semble assez plat : l’auteur fait son travail, il écrit… mais rien ne se passe au final pour son lecteur – pour ma part en tout cas, je ne suis pas emportée – et c’est décevant.

Voici deux exemples, le premier est un extrait de poème parmi ceux que j’ai apprécié,  et le second est un extrait parmi ceux qui m’ont rebutée.

 

>Les vides et les silences.

[...] Un vent de nulle part
me souffle aux oreilles
qu’il est trop tard
pour accomplir
mes rêves

Que j’avais du temps
et l’ai gaspillé

Que les vides et les silences
étaient plus importants
que le fait de les combler.

 

> Apogée-hurloir

L’intrusion d’un ciel retors
au poids d’incontinences
lacrymales et impudiques

interdits les soubresauts extrudés
de ma bouche
mangeant ma bouche [...]

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : parce que bel objet bien édité (pour les plus), mais difficile à suivre (pour les moins).

> Eloge de la limite est en vente directement sur le site de l’éditeur.


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