> Le livre:Desolation Road, de Jérôme Noirez , Gulf Stream Editeur , 198 pages, 12 €.
> Présentation: Californie, 1930. Dans le quartier des femmes de la prison de San Quentin, une jeune fille de dix-sept ans attend le jour de son exécution. Elle s’appelle June, a une bouille d’ange, parle avec maladresse et timidité. Elle raconte ce qui l’a menée là, sur la Desolation Road, la route de la désolation qu’on emprunte un jour et qu’on ne peut plus jamais quitter : une passion absolue, déchirante, pour un garçon nommé David, une histoire d’amour ponctuée par le vol, le kidnapping et le meurtre à travers la Californie de la Grande Dépression, en compagnie des parias, des criminels et des fantômes.
[Cette chronique a été rédigée par Daniel Fattore, du blog Fattorius.que nous vous invitons à découvrir]
> Roman jeunesse que « Desolation Road », mais roman riche aussi. Le romancier Jérôme Noirez raconte ici une road story dramatique et sanglante mettant en scène deux jeunes gens que rien ne préparait à tant d’épisodes terribles.
Riche roman destiné à la jeunesse, ai-je dit. En effet, l’auteur y aborde plusieurs questions sociales difficiles. Le choix de camper son récit à l’époque de la Grande Dépression, aux Etats-Unis, lui permet d’approcher d’un seul coup plus d’un élément social sensible. Il y a naturellement la misère, omniprésente en période de crise prolongée : June et David sont en permanence en butte à des soucis d’argent dans leur cavale, même si certains plans s’avèrent lucratifs et leur permettent d’éphémères bonheurs matériels. Autour d’eux, des personnages restés dans le droit chemin ont de la peine à joindre les deux bouts ; dès lors, comment ne pas sombrer dans la criminalité ? Peut-être parce que celle-ci ne met personne à l’abri du risque.
Activités malhonnêtes ? Le trafic d’alcool en est une, particulièrement lucrative à l’époque de la Prohibition. L’auteur exploite ce filon également, quitte à glisser ici vers un autre thème encore, d’une troublante actualité : la force indéboulonnable des puissants face à deux personnages finalement peu organisés, se contentant de tirer profit, de manière naïve, des opportunités qui se présentent à eux.
Et puis, l’auteur dépeint une image rétro savoureuse des Etats-Unis des années 1920/1930. Elle saura séduire les amateurs de westerns, tant il est vrai que l’image renvoyée ressemble à celle qu’on peut découvrir en regardant de vieux films ou en feuilletant un album de Lucky Luke – le drame en plus. Ainsi trouve-t-on dans ce roman des clochards qui sautent dans des trains de marchandises et même une ville fantôme en bois pourri. A lire les aventures de ces Bonnie and Clyde d’occasion à travers l’Ouest américain, en effet, le lecteur ne pourra qu’être frappé par le fait qu’au fond, rien n’a bougé ou presque depuis le temps des diligences et des Indiens – sauf, peut-être, l’irruption de l’essence et de la voiture toute-puissante : David et June roulent en Ford A, ce que l’illustration de couverture illustre à la perfection.
A l’instar de celle d’un western, l’intrigue est simple et solide. En introduisant le personnage du journaliste Gayle Hudson, l’auteur s’offre l’occasion de créer un récit à deux voix et, ainsi, de diversifier la musique de sa narration, sans jamais sombrer dans les excès de style. Ainsi se confrontent la voix du narrateur, factuelle et sobre comme une dépêche d’agence, et celle de June, qui relate sa destinée avec ses mots à elle, empreints d’oralité et d’une certaine maladresse qui sonne vrai – à telle enseigne que l’auteur parvient à faire en sorte que le lecteur s’attache, finalement, à June, meurtrière parce que son destin l’a ainsi voulu, et condamnée en tant que telle. Toute de subtilité et d’équilibre, allant en permanence à l’essentiel tout en sachant varier quand il le faut, la prose de l’auteur se dévore donc avec bonheur.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : .
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir Desolation Road… ou de la faire découvrir à vos enfants ?