« Derrière les ponts », d’André Gardies

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> Le livre : Derrière les ponts d’André Gardies, Comedia, 150 pages, 12 €, en vente directement auprès de l’auteur.

> Le pitch : Dans chaque ville, il existe ces quartiers éloignés du centre où les rues ne sont pas encore goudronnées, où le ruisseau sert de dépotoir. C’est là-bas, « derrière les ponts ». Il n’y a rien à voir. Mais tout est à vivre. Car l’enfance fait feu de tout bois pour construire l’imaginaire.

[Cette critique a été rédigée par Clara, auteur du blog Moi, Clara et les mots, que nous vous invitons à découvrir]

 

> L’auteur revisite son  enfance dans les années 50. Une enfance en Provence, élevé par l’oncle maternel. A travers de courts chapitres,  il pose son regard sur le monde qui l’entoure.

Ce récit écrit à la troisième personne m’a rappelé les livres de Philippe Delerm. On y retrouve ces détails infimes, ces instants du quotidien captés et immortalisés par les mots. A partir d’un objet ou d’un lieu, l’auteur nous raconte ses souvenirs. Mais ici, le  narrateur porte le poids d’une culpabilité. Le narrateur n’a plus ses parents : sa mère est morte lors de naissance et cinq années plus tard, son père la rejoint.  L’enfant est élevé par un oncle et une tante, il a rejoint une famille et doit y trouver sa place. Dans le contexte des années 50, il s’agit de son enfance qu’il nous fait revivre.

Les effluves de la mémoire sont  teintées de nostalgie au charme désuet, mais ô combien attachant. Et, il nous fait de ses propres émois. Avec beaucoup de pudeur. L’éveil de l’adolescence  qui s’amorce, les premiers contacts avec le sexe opposé et sa place dans une famille qui devient la sienne. L’écriture est travaillée, riche, très riche. J’ai visualisé chaque scène. Et j’ai un avis mitigé sur ce point. Car l’écriture paraît à force peu naturelle comme si l’auteur avait  tourné et retourné des formulations.

Il s’agit d’une lecture agréable mais qui, je pense, aurait suscité plus d’intérêt de ma part si, justement, elle était apparue plus intemporelle. Beaucoup d’éléments nous replacent dans les années 50 et je suis restée insensible à certains souvenirs. Une lecture en demi-teinte dans l’ensemble.

 

> Extrait :

« LES W-C
En dépit de leur appellation et d’un bel euphémisme, les lieux d’aisance, en ce temps-là, étaient toujours inconfortables : réduits obscurs et humides au fond d’une cour, guérite plantée à l’autre bout du jardin, abris précaires aux matériaux hétéroclites, installations sommaires de plein-vent (un trou, deux planches), à quoi il convient d’ajouter les innombrables, les inopinés et souvent ingénieux points de chute que le besoin, l’imagination, la poussée de l’urgence surtout, inventaient subitement au milieu des taillis, dans l’encoignure d’un mur de clôture, au pied d’un talus, derrière un tronc d’arbre ou parmi les hautes herbes, toujours chatouilleuses.

Par un miracle constant, les portes, lorsqu’il y en avait, ne fermaient jamais. Cela donnait naissance à une véritable poétique du bricolage : cordelette que l’on tirait à soi en l’agrippant afin de préserver un équilibre périlleux, clou recourbé faisant office de targette et que concurrençaient les bouts de ficelle usés par le frottement, les chevilles de bois taillé, remplacées bien souvent par de simples bâtonnets ramassés avant d’entrer, la chaînette rouillée dont les anneaux cédaient un à un, ou encore le crochet vissé dans lequel bleuissait l’index. Lorsque le temps, l’usage ou la négligence avait eu raison de toute cette ingéniosité, il ne restait plus, bras tendu, accroupi, en équilibre sur la pointe des orteils, qu’à tirer la porte vers soi, la tenir d’une main crispée tout en guettant les moindres bruits et crier avant qu’il ne soit trop tard :  » y a quelqu’un ! ». »

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait

> Derrière les ponts est en vente directement auprès de l’auteur.


> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Et de l’extrait choisi ? Pensez-vous pouvoir être sensible à l’univers d’André Gardies ?


 

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One Response to « Derrière les ponts », d’André Gardies

  1. SAINT-LUC dit :

    J’aime le style de l’auteur, style travaillé à l’évidence (mais le gore ou la bit-lit, c’est pas trop mon trip, et je préfère un style travaillé à pas de style du tout) et comme ces années là évoquent quelque chose de profond chez moi, je vais acheter ce bouquin.

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