> Le livre : Conte de la rivière, de Sarah Masson, La boîte à bulles, collection champ livre, 16 €.
> Présentation : Émile, grand chef, a choisi de prendre sa retraite pour s’adonner aux activités qui lui tiennent vraiment à cœur : culture potagère, parties de pêche entre amis et surtout recherches culinaires sans contraintes. A travers la (non-)histoire de pêche d’un « esox lucius », un fabuleux brochet d’au moins 1 mètre et pesant 15kg, Conte de la rivière révèle différentes manières d’envisager la création et le rapport au monde, au travers de ses trois principaux protagonistes, en mêlant ambiances délicates et personnages délicieusement ciselés.
[Cette critique a été rédigée par Tilly, auteur du blogue de tilly, dont vous pouvez découvrir le portrait, et plusieurs critiques sur ce site.]
> Ce que ne disent ni le titre, ni le pitch, c’est le principal : Conte de la rivière est un livre dessiné, enfin je ne sais pas si c’est comme cela que l’on dit car je n’ai pas l’habitude. Je n’ai pas lu beaucoup de bandes dessinées, mais je suis sûre que ce n’en est pas une. J’ai lu jadis des livres illustrés, mais ce n’en est pas un non plus.
C’est plutôt une fresque picturale poétique mise en pages et en chapitres :
- Quand les touristes longent la rivière et qu’ils rencontrent Emile
- Quand Régis arrive dans le potager et que le pari s’engage
- Quand la forêt est proche et que l’enfant s’y plaît
- Quand Régis prépare ses mouches et que la fenêtre est entr’ouverte
- Quand la pleine lune éclaire les environs et que la rivière parle
- Quand Emile prépare sa recette et que la fenêtre est ouverte
- Quand on passe à table et qu’on y raconte des histoires
Cela rappelle bien sûr les légendes des albums pour enfants, ceux sur lesquels les mamans brodent l’histoire qu’elles lisent au coucher, mais ce n’est pas un album pour enfants. Il y a dans les bulles, peu nombreuses, les paroles ou les pensées des personnages, mais je l’ai déjà dit, ce n’est pas une BD.
Le dessin n’est pas réaliste, mais il est simple à interpréter (j’allais écrire : à lire) et mieux, il donne à rêver. L’exécution m’a paru d’une très grande complexité, d’une grande subtilité technique. On dirait des papiers collés, ou des jeux de calques. Les couleurs sont douces, franches et évocatrices, même quand le chat est orangé ! Les pages nocturnes, bleu de nuit, sont envoûtantes. Il y a quelque chose de japonais dans le symbolisme, les motifs, la représentation de la nature… mais ce n’est pas un manga !
Mon dessin préféré est celui d’Emile faussant compagnie à son copain et disparaissant littéralement dans la nature. Il est là pourtant comme transparent, au milieu des feuillages, c’est le seul dessin sans aplat de couleurs, juste une bulle qui contient l’appel de celui qui cherche et qu’on ne voit pas sur cette planche.
C’est un très beau livre. Mais je ne sais pas dire à qui il s’adresse ! Peu habituée aux livres graphiques, j’ai été surtout surprise et séduite par la forme. L’histoire, le scénario, m’ont laissé sur ma faim. Enfin façon de parler, puisque la dernière scène est celle d’un festin improvisé !