« Clair Obscur », de Eliette Abécassis, Yasmina Khadra, Maxence Fermine, Linda Lê, Thierry Maugenest, Leonora Miano, Minh Tranh Huy, Emmanuelle Pagano, Pia Petersen, Mary Relindes Ellis

Clair Obscur

> Le livre : Clair Obscur, recueil de nouvelles de  Eliette Abécassis, Yasmina Khadra, Maxence Fermine, Linda Lê, Thierry Maugenest, Leonora Miano, Minh Tranh Huy, Emmanuelle Pagano, Pia Petersen, Mary Relindes Ellis,  JBZ & Cie (Hugo & Cie), 157 pages, 15 €.

> Présentation : 10 grands auteurs mettent leur talent au service d’un recueil de nouvelles et abandonnent leurs droits au profit de Pour un Sourire d’Enfant. Avec leur sensibilité, leurs mots, leur vision du monde, ces auteurs issus de quatre continents nous conduisent du Vietnam aux plaines sauvages du Dakota, des routes de France aux ruelles d’une Venise hivernale, des villages cambodgiens à une ville littorale de la Méditerranée.

[Cette critique a été rédigée par Matilda auteur du blog  Raison et sentiments que nous vous invitons à découvrir]


> Clair obscur est un recueil de nouvelles dont les auteurs ont cédé leurs droits pour l’association Pour un sourire d’enfant qui aide les enfants chiffonniers de Phnom Penh. Si j’ai accepté de lire ce livre, c’est que j’aime beaucoup les nouvelles, et que je voulais découvrir les auteurs regroupés ici, Eliette Abécassis, Yasmina Khadra, Maxence Fermine, etc. Et cela a plutôt été une agréable lecture malgré quelques déconvenues.

Mais commençons par la nouvelle d’Eliette Abécassis : je n’avais jamais lu un seul de ses romans et j’étais curieuse, autant dire que maintenant je pense ne pas chercher à la découvrir plus avant. La lecture de sa nouvelle m’a fait le même effet que celle de L’échappée belle d’Anna Gavalda ; des phrases courtes qui énoncent des platitudes à la pelle mais qui les présentent comme le saint Graal de la philosophie cosmique du millénaire. Être mère ça change une vie, il ne faut surtout pas toucher au lien entre la mère et l’enfant, le papa est vilain de se venger après qu’elle ait accepté ses infidélités, il refuse de lui donner le divorce religieux, etc. Oui, OK, mais encore ? Heureusement que l’histoire est courte.

Ensuite la nouvelle de Yasmina Khadra, Absence : je dois dire que j’ai été agréablement surprise, l’écriture est très belle, très construite et intéressante comparée à celle d’Eliette Abécassis. L’auteur abuse un peu des métaphores mythologiques à mon goût, mais que son héros qui flirte avec la « folie » et des genres d’hallucinations ma beaucoup plu, on se demande jusqu’où cela va pouvoir aller. Si j’ai apprécié ces aspects, je ne suis pas trop satisfaite par la fin. Elle arrive, et on se dit : « tout ça pour ça ? »

Mademoiselle Loan de Maxence Fermine commençait bien, j’aimais bien sa formulation et son ambiance, mais crac c’est parti en sucette. Des trucs trop faciles, une histoire joliette mais dont je n’ai pas pu comprendre la transcendance. L’Autre de Lina Lê est dix fois mieux ! L’écriture est belle, les répétitions n’alourdissent pas mais donne un rythme, une poésie. L’histoire est originale et j’ai aimé la suivre. Cependant j’ai trouvé que son procédé narratif s’essoufflait un peu à la fin et qu’elle aurait pu retrancher son histoire de deux ou trois pages.

Silence de Venise de Thierry Maugenet ne m’a pas plu : son narrateur mêle la narration de sa vie présente à Venise (dont j’ai aimé la description cependant) et son passé de peintre à Monmartre. Mais on s’embrouille avec ces sauts de paragraphes récurrents, et pas seulement quand on change d’époque. Son histoire d’amour annoncée tragique est un peu ronflante et inutilement arrosée de pathos. En plus, elle est longue, sa nouvelle…

The man I love de Leonora Miano a l’heur d’être une vraie nouvelle et d’avoir ce qu’il faut dans le ventre pour contenter un lecteur sur quelques pages (je me demande si Eliette Abécassis était au courant…). Oh, elle n’est pas fabuleuse et a des défauts, mais son « intrigue » et sa fin sont bien dosées et agréables à lire. On découvre une autre culture Afro-Européenne et c’est intéressant. L’histoire en elle-même, même si elle se lit sans problème, ne m’a pas fait grimper au rideau, j’ai été exaspérée par la description de la « première fois » de la narratrice et de son fiancé. Des marques de vêtements que portent ces dames, des platitudes sur les régimes, l’acceptation de soi et ce genre de choses.

En revanche, Lundi matin de Min Tran Huy est une vrai belle découverte. J’aime l’idée de lire des lettres écrites sur un bout de papier, de voir les évènements au jour le jour et que le tout soit entrecoupé de coupures de journaux. Je sentais venir le tragique, cela me rendait triste et m’appelait en même temps et j’ai dévoré ces trop courtes pages (enfin, il y avait tout ce qu’il fallait). Min Tran Huy maîtrise son format et sa plume, c’est beau, c’est triste, c’est prenant. Certains trucs sont un peu « connus », mais franchement, si j’avais été dans ma chambre et pas dans le train quand je l’ai lu, j’aurais bien versé quelques larmes.

Le type qui n’avait pas de parents fixes d’Emmanuelle Pagano ne m’a ni déplu ni emballé. C’est plutôt bien écrit et l’histoire est sympa, mais c’est tout. Je n’ai pas vibré comme pour Lundi matin. Idem pour Il suffira d’une goute d’eau de Pia Pettersen. Bien écrit, intéressant, mais j’ai trouvé qu’à un moment les propos s’emmêlaient les pinceaux et, même si j’affectionne ce genre de fin, je n’ai pas été séduite.

Par contre, Chiaroscuro de Mary Relindes Ellis est l’une de mes autres belles découvertes du recueil ; plus longue, 30 pages, elle développe une vraie histoire attachante et prenante. Elle a presque réussi à me faire trouver les chiens du couple attendrissants, moi qui n’aime pas ces boules de poils d’ordinaire. L’écriture est belle et construite, comme je l’ai dit l’histoire est prenante. On s’attache à cette femme et on déteste immédiatement son abruti et méchant de mari.

En deux mots : Un bilan mitigé, ou plutôt dilué pour ce recueil, d’un côté des textes qui m’ont laissé indifférente ou m’ont gonflé (Eliette Abécassis, Maxence Fermine, Thierry Maugenet), mais d’un autre de belles découvertes (Yasmina Khadra, Linda Lê, Min Tran Huy, Mary Relindes Ellis). Clair obscur n’est certes pas le meilleur recueil de nouvelles que j’ai pu lire, et certaines m’ont bien décidé à ne pas lire leurs auteurs plus avant (Eliette Abécassis, Maxence Fermine), mais il contient de très intéressant « objets », des petites textes très bien écrits et émouvants, et une plus longue nouvelle passionnante (Chiaroscuro). Je vous le conseillerais pour passer un après-midi tranquille et découvrir des auteurs de littérature contemporaine que vous ne connaissez peut-être pas encore. En plus, en achetant ce livre, vous aidez l’association Pour un sourire d’enfant et c’est encore mieux.

 

> S’il fallait mettre une note, ce serait :

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir Clair Obscur, et les textes des 10 auteurs qui ont participé à ce recueil ?

 

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