> Le livre: Cinq Cubains à Miami, de Maurice Lemoine, Don Quichotte éditions, 1048 pages, 24 €.
> Présentation: Le 12 septembre 1998, un détachement de policiers américains digne de l’ébouriffante démesure dont sait faire preuve le pays est envoyé pour arrêter cinq Cubains. Ils sont en fait des agents du régime castriste envoyés à Miami infiltrer les réseaux locaux des « traitres à la révolution ». Accusés d’espionnage par les Etats-Unis, leur procès inique sera le prétexte à assoir la fierté benoîte des services fédéraux américains.
[Cette critique a été rédigée par Frédéric Javelas, auteur du blog Madamedub que nous vous invitons à consulter.]
> Il faut commencer pour évoquer cet ouvrage par envisager la personnalité – supposée – de son auteur (Maurice Lemoine est l’ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique) mais également la richesse de sa documentation. Car se taille ici le maître argument en faveur de ce roman : l’intelligence avec laquelle son auteur parvient à mêler une documentation extrême à une fiction astucieuse et brillamment ciselée. Rapidement s’installe un climat où on ne parvient plus clairement à déterminer si le roman sert de prétexte au document ou l’inverse, et c’est cette ambivalence qui rend en fait un roman intéressant (et le rend digeste soyons franc).
L’ensemble est plutôt bien servi par un style moderne, qui va, vient et rebondit entre les lieux et les personnages. Et ils sont légion dans ce roman qui entraine le lecteur de Cuba à Miami bien évidement, en passant par l’URSS et l’Angola, et on ne saurait s’essayer à n’en retenir que certains sous peine de se voir hypothéquer la compréhension des pages qui suivent.
Mais le trop est l’ennemi du bien, et Maurice Lemoine aura plusieurs fois l’occasion de nous le prouver : l’auteur est un passionné, à aucun moment il n’est laissé l’opportunité d’en douter. Ce marathonien de la documentation pousse par trop loin son désir d’épuiser le thème, d’en embrasser les moindres subtilités.
Un roman de cette ampleur gagne à plus de légèreté, ou à plus encore d’un sérieux affirmé. Mais cet entre deux rend ici le roman très dense. Et malheureusement on s’y perd. On s’accroche, puis est chaviré derechef.
Pris en lui même, le style de l’auteur est pour le moins agréable : une légèreté surprenante, qui impose un véritable rythme au roman. Mais, en de nombreux endroits, cette dynamique étourdis, et lorsqu’elle cesse de servir le roman elle le plombe complètement.
Il faut cependant retenir de Cinq Cubains à Miami la fascinante mise en lumière d’une géopolitique bien actuelle et cruelle. Ce roman est une plongée immédiate dans un imbroglio d’autant plus intéressant que nous n’en n’avons que peu d’échos.
Certes, le roman pèche de vouloir trop bien faire … mais au final est-ce vraiment un défaut ?
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? A t-elle éveillé votre intérêt pour Cinq Cubains à Miami ?