> Le livre : Les Grotesques de la musique
, de Hector Berlioz, éditions Symétrie, préface de Gérard Condé, 252 pages, 9,80 €.
> Présentation : « L’art musical est sans contredit celui de tous les arts qui fait naître les passions les plus étranges, les ambitions les plus saugrenues, je dirai même les monomanies les plus caractérisées. Je m’abstiendrai de parler à ce sujet des hommes de lettres, qui m’écrivent, soit en vers, soit en prose, sur des questions de théorie musicale dont ils n’ont pas la connaissance la plus élémentaire, en employant des mots dont ils ne comprennent pas le sens ; qui se passionnent de sang-froid pour d’anciens maîtres dont ils n’ont jamais entendu une note ; qui admirent en bloc et avec la même effusion de cœur, deux morceaux signés du même nom, dont l’un est beau en effet, quand l’autre est absurde ; qui disent et écrivent enfin ces étonnantes bouffonneries que pas un musicien ne peut entendre citer sans rire. Il est bien évident que les gens qui s’attribuent le droit de divaguer à propos de musique sans la savoir, et qui se garderaient pourtant d’émettre leur opinion sur l’architecture, sur la statuaire, ou tout autre art à eux étranger, sont dans le cas de monomanie. » [Hector Berlioz]
[Cette critique a été rédigée par Jul, auteure du blog Le Parfum Des Livres que nous vous invitons à découvrir.]
> Curieux titre mais tellement approprié que celui de « grotesques de la musique » que Berlioz attribue à ces imposteurs croyant connaître suffisamment la musique pour la critiquer. Pour la petite histoire, les choristes de l’Opéra de Paris, fort ennuyés de voir leur maître décerner un livre (Les soirées de l’orchestre) à des choristes allemands, ont réclamé dans une lettre à Berlioz « un volume de contes véritables, d’histoires fabuleuses, de farces même ». Les Grotesques de la musique en sont le résultat. C’est une compilation de textes plus ou moins longs que nous offre le compositeur, qui se révèle au fil du texte un fin critique doté d’une plume aiguisée, et qui sont le plus souvent à caractère caricatural. On peut d’ailleurs retrouver une bonne partie de ses textes dans La Gazette Musicale de Paris, qui y sont parus lorsque Berlioz y avait une place de critique.