> Le livre :Brigate Rosse, une histoire italienne, de Mario Moretti avec Carla Mosca et Rossana Rossanda, traduit de l’italien par Olivier Doubre, éditions Amsterdam, 355 pages, 19 €.
> Le pitch : Au début des années 1990, Mario Moretti, principal dirigeant des Brigades rouges pendant les années 1970, est incarcéré à Milan. Il accorde alors un long entretien à deux célèbres journalistes italiennes, Carla Mosca et Rossana Rossanda, ancienne dirigeante du Parti communiste italien. Publié pour la première fois en France, ce témoignage unique restitue au plus près l’histoire italienne des « années de plomb », la situation d’exception qui régnait alors, ainsi que le mouvement massif d’insubordination révolutionnaire qui secouait la péninsule transalpine.
> Comme annoncé dans le résumé, Brigate Rosse, une histoire italienne est la transcription d’un entretien entre Mario Moretti, Carla Mosca et Rossana Rossanda. Le livre est divisé en dix parties cohérentes chronologiquement : l’avant-propos du traducteur, l’introduction de Rossana Rossanda, puis « De l’usine à la clandestinité », « Pourquoi la lutte armée », « Les premières colonnes », « L’État est notre ennemi (1974-1977) », « Les 55 jours », « L’enlèvement d’Aldo Moro : jamais aussi forts, jamais aussi faibles », « Fin de la légendaire unité des Brigades rouges (1979-1981) » et « Le courage d’observer, le courage d’en finir» .
Les questions sont apparentes, en italique, assez synthétiques et peu naturelles (sans précision du nom de la journaliste). Les réponses de Mario Moretti, en revanche, sont beaucoup plus fluides, il y a un flot d’informations important dans chacun de ses paragraphes mais ils répondent, généralement, précisément aux questions.
Ce système de question/réponse est assez fréquent dans les livres d’entretiens politiques et cela ne gène pas vraiment la lecture. Les réponses sont d’ailleurs ici assez courtes (je ne me souviens pas en avoir vu une faire plus d’une page).
Sans réellement m’intéresser aux Brigades rouges jusqu’ici, j’avais entendu/lu tout et n’importe quoi à leur propos. L’entretien date de 1993, il n’y a donc pas de « scoop » à y découvrir au jour d’aujourd’hui, l’aveu du meurtre d’Aldo Moro date de presque vingt ans. C’était cela, à l ’époque de sa sortie, le scoop de Brigate Rosse, une histoire italienne.
Il est certain que je garderai ce témoignage de Mario Moretti comme référence. Qui peut en mieux en parler que l’homme qui en a été à la tête durant onze années ? On apprend ici que les Brigades rouges sont nées du mouvement ouvrier dans le nord du pays et non des mouvements étudiants, la première partie étant entièrement consacrée à la genèse des Brigades rouges. J’ai cherché à ne me faire ni juge ni avocate ni partie adverse mais je dois bien ajouter que Mario Moretti ne m’a pas convaincue, non pas dans son combat idéologique (il dit d’ailleurs lui même qu’il ne cherche pas à convertir le lecteur), mais dans les moyens mis en œuvre (assassinat, séquestrations, braquages, jambismes, attentats, etc.). Moretti cherche par moment à justifier ses actes et, même s’il ne convainc pas, il replace un contexte, explique et on comprend.
Il évoque également le mode de vie assez fermé, marginal, dû à la clandestinité du groupe et, même si Moretti ne semble pas démordre de ses choix passés, il y a une lucidité étonnante des derniers membres des Brigades rouges sur leur propre situation à la fin de l’existence du groupe.
Il y a énormément d’abréviations sur les noms des mouvances et partis politiques de l’époque et les divers protagonistes. Heureusement, une annexe répertorie les principaux sigles cités et les notes de bas de page sont très fournies. Au début de la lecture, face à la quantité de noms de personnages qui m’étaient pour la plupart inconnus, j’ai pris peur mais les notes de bas de pages sont assez fournies pour arriver à distinguer « qui est qui » et assez succinctes pour ne pas noyer le lecteur.
Je tiens à préciser que, malgré quelques coquilles (manque d’articles partitifs principalement) et une phrase incompréhensible au début de l’ouvrage, le traducteur a fait un travail formidable. Les livres de sociologie, de politique, traduits passent parfois à côté de concepts, de points d’histoire, qui ne sont pas universels. Son avant-propos est d’une utilité incontestable, un ami italien m’avait fait une mise à niveau sur le sujet, mais Olivier Doubre fait dans ces quelques pages un parallèle avec la France, notamment concernant les régimes spéciaux, qui aide à prendre compte de la situation des Brigades rouges aujourd’hui.
L’introduction de Rossana Rossanda permet quant à elle de poser le contexte des entretiens. Il n’est pas négligeable non plus, mais certains points qui y sont abordés sont rappelés dans la suite du texte, surtout dans la première partie de l’entretien et dans la dernière, ce qui peut donner l’impression de tourner en rond.
Je conseille vivement Brigate Rosse, une histoire italienne à ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Italie et à la politique. Il est vraiment accessible grâce à l’écriture fluide et les nombreuses explications données en marge de l’entretien.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de vous intéresser à Brigate rosse et, plus généralement, à l’histoire des années de plomb en Italie ?
Comme j’ai été conquis depuis longtemps, non par les brigades, mais par le punch de Marion, je ne résiste pas à transcrire la présentation qu’elle fait d’elle-même sur son blog: c’est du grand art. appréciez le petit bijou qui suit:
» J’aurais pu écrire un best-seller et devenir milliardaire. J’aurais pu devenir gourou d’une secte anti Lewis Hamilton puis partir vivre aux Seychelles. J’aurais pu être le 6ème membre des Strokes. J’aurais pu devenir le Robin des Bois du moment ou encore avouer à Sarkozy que j’étais sa fille et prendre le contrôle de l’UE. J’aurais pu tout ça et encore plus. Mais non, je reste ici pour vous. De rien. «
J’aime beaucoup, en effet, la présentation de Marion. Et bravo, effectivement, pour cette critique qui donne envie de s’intéresser de très près à ce livre.
Marion réussit des critiques très argumentées, comme toujours d’ailleurs. Bravo !
Comme j’ai été conquis depuis longtemps, non par les brigades, mais par le punch de Marion, je ne résiste pas à transcrire la présentation qu’elle fait d’elle-même sur son blog: c’est du grand art. appréciez le petit bijou qui suit:
» J’aurais pu écrire un best-seller et devenir milliardaire. J’aurais pu devenir gourou d’une secte anti Lewis Hamilton puis partir vivre aux Seychelles. J’aurais pu être le 6ème membre des Strokes. J’aurais pu devenir le Robin des Bois du moment ou encore avouer à Sarkozy que j’étais sa fille et prendre le contrôle de l’UE. J’aurais pu tout ça et encore plus. Mais non, je reste ici pour vous. De rien. «
J’aime beaucoup, en effet, la présentation de Marion. Et bravo, effectivement, pour cette critique qui donne envie de s’intéresser de très près à ce livre.